Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Pensée du 21 novembre 09

« Je jugeai que je pouvais prendre pour règle générale, que les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement, sont toutes vraies ; mais qu’il y a seulement quelque difficulté à bien remarquer quelles sont celles que nous concevons distinctement.»

René DESCARTES, Discours de la méthode

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GRILLE DE LECTURE

Par sa clarté, l’acte réflexif du « cogito » livre à Descartes la certitude qui justifie le doute qui le précède et fonde les découvertes qui suivent. Ayant abouti à cela, Descartes « jugea qu’il pouvait prendre pour règle générale que ce que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies. » Dans ses Principes de Philosophie, Descartes entend par idées claires et distinctes celles qui sont présentes et manifestes à l’esprit, et celles qui sont si précises qu’elles se qu’elles se distinguent nettement des autres.  C’est ainsi que doit être toute connaissance sur laquelle doit se porter un jugement indubitable.

La pensée des « idées claires et distinctes  est le propre de la raison. Tout ce que nous concevons à la lumière de la raison se veut clair et distinct, donc vrai. Tant que nous discernerons les choses clairement et distinctement, nous nous ne prendrons pas le faux pour le vrai.  Dans son Discours de la méthode, Descartes observe tout de même un écueil, il se rend bien compte qu’il y a quelque difficulté à bien remarquer quelles sont les idées que nous concevons clairement et distinctement. Comme s’il disait qu’il y a quelque difficulté à bien juger et à bien user de notre raison, de notre faculté de discernement. La difficulté réside dans la manière de considérer les choses, car il est difficile de considérer les choses comme il faut.

A la suite de la règle de l’évidence, Descartes se mit à réfléchir sur le fait qu’il doute. « En suite de quoi, faisant réflexion sur ce que je doutais. » Le doute nous est présenté comme une étape essentielle du parcours de Descartes. Il est même l’étape initiale de la recherche de Descartes. Pour s’assurer de la solidité de ses connaissances, il lui a fallu trouver une bonne fois pour toutes un fondement inébranlable à partir duquel il pouvait déduire tout le reste. Ainsi peut-on dire que la méthode cartésienne commence en réalité par la mise en doute systématique de toutes les connaissances qui nous semblent évidentes.

Le doute, c’est la mise en question et la réfutation volontaire et méthodique des connaissances. Il délivre de toutes sortes de préjugés ou de connaissances tâchées de germes obscurs. Il nous prépare le chemin pour accoutumer notre esprit à se détacher des sens et à s’élever à la certitude métaphysique, lieu de rencontre avec Dieu. Pour parvenir à la certitude du « cogito », Descartes s’est donc mis à douter de son savoir. Mais la nouveauté ici, c’est que Descartes fait réflexion sur le fait qu’il doute. Ce retour sur lui-même permet à Descartes de savoir qu’il n’était « pas tout parfait ». Il lui apparaît en pleine lumière que « c’était une plus grande perfection de connaître que de douter ».

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 20 novembre

L’academos

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Le billet de Mejnour 50

NON CONTRADICTION

La pensée occidentale a pour ancrage le principe aristotélicien de non contradiction. Cette exigence a rendu nécessaire l’érection de la clarté comme norme de discours. Puis est venue la nécessité de cheminer ensemble vers le bien penser. Dans la mesure où « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée », il est nécessaire de penser ensemble pour surmonter les contradictions qui, en dressant les hommes les uns contre les autres, favorisent la construction de remparts avilissants contre l’humain.

Notre époque doit également à la pensée des Lumières l’inestimable privilège de penser par soi, de réclamer pour l’homme la liberté qui lui est substantielle. Plus près de nous dans le temps, à la suite des Guerres, la question de l’intersubjectivité a investi le domaine de la philosophie où elle est encore très présente. Tout ceci ne visait, en définitive, qu’un objectif : que les hommes, faisant un judicieux usage de leur pensée, en viennent à surmonter leurs contradictions de tous ordre. Ce serait le gage d’un monde unifié, pacifié, lumineux. En attendant un tel monde, il est bon d’en rêver. Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 20 novembre 09

« Le sens de la recherche herméneutique est de dévoiler le miracle de la compréhension et non pas la communication mystérieuse des âmes ».

Hans Georg GADAMER, Le problème de la conscience historique

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GRILLE DE LECTURE

L’objectif que Gadamer assigne à son herméneutique est le comprendre en tant que tel. En passant, nous pouvons dire que Gadamer est tributaire de l’herméneutique existentiale du Dasein qu’avait élaborée Heidegger. Il suit l’analyse heideggérienne de la temporalité du Dasein, et souligne que comprendre n’est pas un mode de comportement d’un sujet parmi d’autres, mais un mode d’être du Dasein lui-même. Dans le même sens, on pourrait dire que l’herméneutique qui, pour Gadamer, est synonyme de compréhension est le mode d’être par excellence du Dasein.

En suivant Heidegger, l’herméneutique gadamérienne se démarque de l’herméneutique subjectivo-psychologique de Schleiermacher où il s’agit d’un acte divinatoire, de la communion mystérieuse des âmes. Pour Schleiermacher l’esprit dans son dynamisme créateur recèle toujours une marge inattendue. Et c’est ce qui doit orienter la tâche de l’herméneute. C’est en cela qu’il appelle à l’herméneute ou l’interprète d’une œuvre à s’identifier à la vie intérieure et extérieure de l’auteur de celle-ci par une approche quasiment divinatoire.

Gadamer fidèle disciple de Martin Heidegger jusqu’à un moment donné pense que la compréhension d’un texte est déterminée par la pré-compréhension de l’interprète. C’est pour cela qu’il considère que l’anticipation du sens qui nous amène à comprendre un texte n’est pas un acte subjectif, mais elle est déterminée par le lien commun avec la tradition. C’est en ce sens qu’il affirme que « Le sens de la recherche herméneutique est de dévoiler le miracle de la compréhension et non pas la communication mystérieuse des âmes ».

Mervy Monsoleil AMADI, op

Le billet de Mejnour 49

ABSTRACTIONS

Qu’exprime la réalité des murs ? La clôture d’une maison, par exemple, décrit une abstraction. Elle marque le fait que cette maison « se retire » d’un uni-vers. La clôture est un décret d’autarcie. Elle pose un absolu fragile exposé à des hostilités multiples et multiformes. Elle suppose une agression.

La pensée, lorsqu’elle se désincarne pour devenir allusions et suspicions, silence et distance, devient une abstraction. Elle convoque dans une collusion de l’anonymat des individualités qui auraient pu, par la confrontation entre leurs différences, construire un monde plus convivial. C’est ainsi que le concept devient idéologie pour forger dans les cœurs des murs insurmontables dont la chute est toujours et nécessairement fracassante.

L’homme, animal social, a le devoir de penser par soi. Ce devoir atteint sa perfection dans une pensée qui rencontre celle de l’autre, dans un souci d’édification intérieure mutuelle. Philosopher vraiment, c’est, à la manière des anciens, mettre en commun (communiquer) nos motifs d’étonnement. Concrètement. Et Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 19 novembre 09

« L’homme est inséparable des mots. Il est sans eux insaisissable. »

OCTAVIO PAZ, L’Arc et la Lyre

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GRILLE DE LECTURE

Octavio Paz nous livre dans ces quelques mots poétiques ce qu’est l’homme selon sa manière de voir les choses. Que serait l’homme sans les mots ? Telle est la question qui se dégage de cette pensée du jour. A la différence des animaux et autres êtres qui existent sur la terre, seul l’homme a ce privilège de posséder les mots. Les mots sont ce qui fait la spécificité de l’homme. L’homme se dit à travers les mots qu’il prononce. Il se laisse saisir pleinement dans les mots qui sont comme le corps de sa pensée. Les mots, à notre avis, sont le mode fondamental d’accomplissement de l’être-homme-au-monde. La perception de l’homme se fait de deux manières : l’une par la présence au monde, par son corps, l’autre par le langage qui trouve son lieu propre dans les mots. Sans les mots nous ne resterons que sur la première perception qui est la présence au monde. Cette saisie est cela qui est commun à tous les êtres qui existent ou qui sont au monde. Ce qui fait de l’homme qu’il est homme ce sont les mots à travers lesquels il s’exprime.

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Mervy Monsoleil AMADI, op

Le billet de Mejnour 48

STRATEGIES

Vingt et un siècles d’histoires ont offert à l’homme l’immense pouvoir de dompter la nature. Et de provoquer une inquiétude, toute moderne, appelée du beau nom d’écologie. En interrogeant l’écologie, que nous est-il donné de voir ? Il nous est moins donné de voir que de deviner une humanité perdue à la recherche de sa nature intrinsèque, de ses racines les plus fermes.

Etre homme, c’est pouvoir discerner, au-delà des parasitages de l’histoire et du progrès, ce par quoi l’autre me ressemble infiniment et m’assigne le devoir de ne point le tuer. Pour ne pas me suicider.

De là découlerait la vanité de cet art de la guerre : la stratégie. S’il est vrai que la victoire dépend, à la guerre, d’une bonne connaissance de l’ennemi, est-il encore besoin de l’abattre ? Le connaître, n’est-ce pas aussi être capable de le pacifier à force d’arguments ? Sur ce, Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 18 novembre 09

« La crise de l’humanisme à notre époque a, sans doute, sa source dans l’expérience de l’inefficacité humaine qu’accusent l’abondance de nos moyens d’agir et l’étendue de nos ambitions. »

Emmanuel LEVINAS, Humanisme de l’autre homme

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GRILLE DE LECTURE

L’injustice dans le monde, les conflits interhumains et les guerres fratricides etc. qui chaque jour endeuillent l’humanité, posent le problème du sens de l’humain. Notre monde est celui de l’efficience où l’homme oublie l’autre homme au profit du matériel. La question qui ressort de cette citation qui nous est donnée à penser est celle de savoir « quel humanisme pour notre monde d’aujourd’hui ? »

Levinas en appelle à un nouvel humanisme fondé sur la morale, l’éthique de l’autre, du visage, pour redonner sens à l’autre homme. L’expérience de l’inefficacité humaine est une inefficacité intellectuelle à penser un vrai humanisme de l’autre homme. Il y a comme une crise de l’intellectualisme au niveau de la pensée philosophique.

Au fond de cette citation se glisse une subtile critique du totalitarisme hitlérien et du national-socialisme qui vidaient le concept humain de son contenu. L’humain est réifié, il perd son sens, il devient l’objet de ses propres œuvres, l’homme perd son sens d’être rationnel, il perd ses privilèges dans le monde. L’humain est sacrifié sur l’autel de la chosification. C’est pourquoi la pensée de Levinas donne la primauté à l’éthique comme philosophie première.

Mervy Monsoleil AMADI, op    Sommaire >>>

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Le billet de Mejnour 47

TEMPS MODERNES

C’est le titre d’une revue fondée par Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Souffrez que nous nous attardions sur un article paru dans le numéro 655, de septembre-octobre 2009. Son titre paraît explicite : « La littérature nous dirait-elle quelque chose plutôt que rien ? » Son auteur, Jean-Pierre Martin, relance à frais nouveaux le débat d’une certaine philosophie inhérente aux textes littéraires.

Est-il pertinent de concevoir un rideau de fer entre philosophie et littérature. Que faut-il au texte littéraire pour revendiquer l’épithète de philosophique ? La philosophie n’est-elle pas, comme la littérature, une activité langagière mettant aux prises l’Homme confronté à lui-même et au monde ? A la transcendance et à l’immanence. A quel moment se dessine et se précise la frontière entre littérature et philosophie ? Le débat est ouvert, rouvert. Et Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Le billet de Mejnour 46

MURS

Il y a quelques jours, sous les caméras de la planète entière, le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin a été célébré.

Vingt ans qui devraient rappeler tous les efforts humains pour délayer les frontières qui éloignent les hommes. Vingt siècles que l’homme s’invente des amitiés, formule des normes de relations intersubjectives. Mais il ne faut point ignorer que toute amitié réclame une part de mystère. Ce mystère – cette part de mystère – il ne veut nullement se laisser effaroucher. Le mystère est le socle de la vie et de la mort. De l’amitié comme de l’inimitié. Car il est des amitiés marginales qu’il y a lieu de laisser à leur juste et bonne place.

Pour nous, cher compagnon, ce qui compte, c’est de cheminer avec notre amie la sagesse. C’est avec elle que nous allons tourner nos regards vers quelques uns des murs conceptuels auxquels se heurte l’ardeur de nos réflexions. Nous allons scruter ces murs qui nous séparent et nous affaiblissent. A défaut de faire tomber tous les murs humains, nous en escaladerons quelques uns. En espérant y trouver matière à philosophie. Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 17 novembre 09

« Nous appelons personnaliste toute doctrine, toute civilisation affirmant le primat de la personne humaine sur les nécessités matérielles et sur les appareils collectifs qui soutiennent son développement ».

Emmanuel MOUNIER, Manifeste du personnalisme.

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GRILLE DE LECTURE

Le personnalisme est un courant de pensée qui pose l’absoluité de la personne. Il veut donc affirmer le caractère absolu de la personne humaine. Nous savons qu’une personne est un individu en relation, en rapport avec les autres. C’est dire qu’une personne ne peut qu’être relationnelle. Elle est au cœur de tout ce qui est fait pour son bonheur, son développement, son mieux-être social. L’absoluité de la personne humaine vient dire aussi l’absoluité de sa vie, de son existence. Nous pensons alors que tout ce qui constitue sa vie, son existence, ses réalités, son histoire est absolu, c’est-à-dire qu’il n’est pas à relativiser. Il prime absolument sur tout.

Toutes les actions qui concernent la personne humaine ne peuvent avoir de sens que si elles sont orientées vers la personne humaine. Dans cette pensée que nous sommes en train de méditer, Mounier veut nous montrer que toute entreprise concernant la personne ne peut la surpasser, se passer de ses réelles aspirations profondes et existentielles.  La personne doit être à l’origine, au centre et à la fin de tout cela. Une civilisation, une quelconque œuvre, un quelconque faire ne peut faire et ne doit faire fie de la personne humaine. Tout doit être orienté vers elle. Le personnalisme vient rappeler que toutes les politiques, toutes les entreprises humaines sont pour la personne humaine.

On peut dire que la personne humaine est aux yeux du personnalisme « sacrée » et son être, « sacré ». Le développement en société ne sera développement que dans la mesure où il prend en compte la personne humaine. Dans cette ère de la technologie pointue, le personnalisme tire la sonnette d’alarme pour la considération de la personne. La vie humaine n’est pas à dénaturer. La personne n’est pas à aliéner, à dénaturer. Tout doit se faire par l’homme et pour l’homme. La recherche effrénée des produits, du matériel de tout genre (posé comme ce qui est visé et donc ce qui est absolument la fin des entreprises technoscientifiques) est un dérapage. Tout ce qui menace la vie humaine, la personne humaine doit être banni pour son bonheur. La personne est valorisée dans toute conception personnaliste. La personne comme un être « absolu » prime sur tout.

fr Aristide BASSE, op

Pensée du 16 novembre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE>>>

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