Archive for octobre, 2009

Pensée du 27 octobre

« La nécessité est dure, mais seule la nécessité permet à l’homme de montrer s’il a du fond. N’importe qui peut vivre arbitrairement.»

Goethe, Lettre de janvier 1781 à Johano friedrich KRAFFRT

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GRILLE DE LECTURE

La nécessité est le propre de l’homme, elle est la catégorie substantielle de l’homme. Elle est au-delà de toutes les contingences de la vie et demeure comme le substrat de l’existence humaine en tant que telle. L’homme est appelé à vivre la nécessité de son être. Vivre la nécessité de son être, c’est ne pas vivre arbitrairement et ne pas vivre arbitrairement c’est échapper à la contingence, à l’accidentel, au superficiel. En clair, c’est se décider au sens, revenir à soi-même comme à son plus sûr logis et ne devoir son bonheur qu’à soi. Ceci ne révèle pas autre chose que le désir d’un centre, d’un chez soi.

Centre signifie ce qui me permet de rester moi-même, de jouir d’une sorte de fraîcheur, de retrouver mon intimité. Dans l’absence de ce centre, je sors de plus en plus de moi pour m’éparpiller. L’éparpillement ne traduit point que j’acquiers ainsi densité ! Au contraire, en allant dans toutes les directions, je m’épuise. Essoufflé, je tombe dans la distraction, le divertissement qui au lieu de me ramener à moi-même m’enfonce loin de mon centre. Seule la nécessité peut me ramener à moi-même. Cet effort de retour à soi est violence faite sur soi-même, la conquête de la nécessité est endurance c’est pourquoi elle est dure.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 26 octobre

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Mentor

Une vie sans relation est sèche et stérile. On ne s’épanouit vraiment, on ne se réalise pleinement vivant que dans l’actualisation constante d’une “écologie de la relation”. Enfant, nous avons pour nous orienter (nous conduire vers l’orient lumineux) les nôtres, nos familiers. Adolescents puis adultes, nous avons à parfaire notre éducation (ex ducere, conduire vers, hors de…Notre odyssée se poursuit!) à la vie haute, noble et sublime en société. A chacune de ces étapes et pour peu que l’on sache lire les signes entre (et sur) les lignes de la vie, un mentor se présente qui nous apprend à être. Le mentor est le moteur du caractère, le potier de l’âme pensante. Avec lui se tisse une relation dialectique, une “tension à la fois heuristique et cognitive (?) au terme de laquelle, par un jeu de questions et réponses, l’on se fait instruire par le mentor en le forçant à toujours s’élever parce qu’il doit entraîner à sa suite celui qu’il forme.

Le mentor est le pédagogue par excellence. Il deviendra enseignant lorsque l’enfant lui donnera des gages de maturité. Car il s’agit de conduire le fils d’homme à l’intelligence des signes. C’est une œuvre de longue haleine qui se réalise véritablement lorsque nous en arrivons à faire la fierté de ceux qui, en nous enseignant, nous présentent des signes que nous décryptons. Le maître mot ici est discipline. De lui découle une fierté légitime qui n’est ni morgue, ni orgueil, mais repos dans la lumière !

Mejnour te salue !

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Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 26 octobre

« Il n’existe un même, certain d’être comme il est, que si peut exister au moins un autre que le même n’est pas, mais auquel il ne cesse de renvoyer comme à ce dans quoi il paraît. »

DIBI KOUADIO AUGUSTIN, L’Afrique et son Autre, la différence libérée.

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GRILLE DE LECTURE

Le même n’est pas l’autre mais, de ne pas l’être, il le nécessite afin d’être tel qu’il est. On pourrait se demander ce que serait la vie, sans la possibilité de l’autre en général. Rien, dans ces conditions, n’aurait pu exister. Exister renvoie à l’idée d’être venu au jour, de se tenir hors de, en un mot, d’être né. Etre né ne suggère-t-il pas le fait de s’être, au moins, distingué de quelque chose ? En un sens métaphysique, l’existence n’implique-t-elle pas la pure possibilité de l’être deux ?

Vivre c’est vivre-avec, être c’est être-avec. Avec qui pourrait-on être sinon l’autre ? Je ne peux dire Je qu’à partir du moment où je me trouve en face d’un Tu. La constitution d’autrui ne vient pas après celle de mon corps, autrui et mon corps naissent ensemble de l’extase originelle. Nous appartenons à une seule corporéité, à un seul Etre. L’autre me révèle ma singularité existentielle. Le même est même par rapport à l’autre. Ce que je perçois d’abord, c’est une autre sensibilité, et, à partir de là seulement, un autre homme et une autre pensée. L’autre est un absolu qui vient à moi, mais lui et moi sommes comme les organes d’une seule intercorporéité. Autrui m’apparaît donc par extension de cette comprésence.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 25 octobre

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Le temps de l’âme chez Saint Augustin

L’Atelier des concepts, Par Emmanuel AVONYO, op

Semaine du 26 octobre 2009

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L’atelier de cette semaine s’intéresse à la pensée de saint Augustin sur le temps. Elle est à situer sous le prisme de la méditation sur la condition temporelle de l’existence humaine. Qu’est-ce que le temps ? Comment le mesurer ? Voici les deux questions qui mettent Augustin en recherche dans le livre XI des Confessions. Pour Augustin, le temps n’a pas d’être réel. On ne le mesure qu’à son écoulement. Le temps n’a pas d’être en lui-même. Il n’existe que dans l’esprit. Notre passé et notre futur sont au présent, et le présent est en écoulement continu.

Cette conception du temps a une lourde conséquence pour l’histoire de la philosophie : le temps sera désormais une catégorie de l’être. C’est pour cela que le philosophe Merleau-Ponty écrira que le temps n’est pas une dimension de notre savoir mais une dimension de notre être (MERLEAU-PONTY, Phénoménologie de la perception, Gallimard, p. 475). Cette définition très augustinienne du temps pourrait inscrire ce dernier au nombre des existentiaux en langage heideggérien. Et quelle convergence avec la temporalité chez Kant ! Le temps est un existential, parce qu’il était avec Kant une structure de l’esprit humain. Mais allons à l’essentiel de la description du temps chez Augustin. L’auteur des Confessions ne fera qu’accentuer le paradoxe du temps.

Le temps n’existe que dans la mesure où il tend à ne plus être, dans la mesure où il cesse d’être. S’il restait toujours présent, il serait l’éternité. Saint Augustin distingue ainsi temps et éternité : le temps n’est fait que de « la succession d’une multitude d’instants, qui ne peuvent se dérouler simultanément… Au contraire, dans l’éternité, rien n’est successif, tout est présent, alors que le temps ne saurait être présent tout à la fois »[1]. Si cette définition est assez claire, elle ne fait qu’alimenter les interrogations. Le temps, dit saint Augustin, est fait d’instants successifs. Pour prolonger son idée, nous dirons que c’est cette successivité des instants qui rend possible l’enchaînement du présent, du passé et du futur dans le temps. Augustin affirme encore que le passé et le futur tirent leur être et leur cours de l’éternel présent qui seul est stable. Il est facile d’entrevoir une indiscrète connivence entre temps et éternité, si le présent éternel était l’éternité, et que le passé et l’avenir n’ont d’être que dans une saisie au présent. Or le présent lui aussi n’existe pas. Il n’y d’être que du présent éternel.

L’équivocité de la position d’Augustin est remarquable à ce niveau. Si l’éternité (présent éternel) détermine le futur et le passé, le temps, conçu comme la succession du passé, du présent et de l’avenir, n’est-il pas déjà une sorte d’éternité ? Le temps humain participe-t-il vraiment de l’éternité ? Le temps (le présent) serait-il la présence de l’éternité ? Ces questions sont laissées à l’appréciation du lecteur qui est invité à se reporter aux Confessions afin de se faire son idée de cette possible imbrication du temps et de l’éternité par le truchement du présent éternel. Quoi qu’il en soit le temps est une existence fuyante, c’est la principale thèse d’Augustin. Le présent, pour être du temps, rejoint aussi le passé, et le futur qui n’est pas encore, n’aura d’être qu’à la condition de ne plus être.

Le temps existe en tant que durée instable car même le présent cesse d’être. Heidegger traduit élégamment cette idée quand il soutient que le temps appartient à la « clairière du se retirer » en apportant avec lui l’être, la présence[2]. Il n’y a le temps que parce que l’avenir n’est pas encore, le passé n’est plus, et le présent se contente de s’abolir dans le ne-plus-être. Heidegger est complètement en phase avec Saint Augustin sur ce point. Le présent est la disparition de l’avenir dans le passé, l’engloutissement de ce qui n’est pas encore dans ce qui n’est plus.

En affirmant que le temps est fugace, Augustin est loin de nier l’existence du temps comme succession des instants. Si ni le passé, ni le présent, ni l’avenir n’étaient, il n’y aurait pas le temps, c’est-à-dire la succession instable des instants. « Si rien ne passait, il n’y aurait pas du temps passé ; si rien n’arrivait, il n’y aurait pas de temps à venir ; si rien n’était, il n’y aurait pas de temps présent »[3]. Le temps passé et le temps futur sont à la condition de passer et d’arriver. Quant au présent, il est comme une éclaircie entre deux nuits, une lueur de présence entre deux absences, le devenir entre deux néants. Le temps présent est sous la menace de sa négation que symbolise le passé. Le paradoxe du temps s’illustre chez saint Augustin comme le paradoxe d’un présent absent, condition d’existence du temps.

C’est alors que se pose le problème de la mesure du temps. Peut-on mesurer ce qui n’est pas, c’est-à-dire le passé et le futur ? Saint Augustin répond que seul le présent est mesurable. Réponse difficile à corroborer, si nous restons dans la logique de la première critique. Car il est tout de même curieux de soutenir que ce qui n’est pas toujours, ce qui n’est pas encore fini, le présent, a une longueur. Difficile de mesurer ce qui n’a pas d’étendue. Comment se passe la mesure du temps présent ? Pour Augustin, c’est le temps en train de passer que nous mesurons par la conscience que nous en prenons. Le passé et l’avenir existent parce qu’ils sont conçus par l’esprit humain.

Notre mémoire en effet ne garde que des empreintes du passé, elle ne projette que des images anciennes sur l’avenir par préméditation. De cette manière, le futur et le passé ne sont qu’en tant que rendus à l’existence présente par l’esprit humain qui en a gardé les traces mémorielles. Le seul temps qui soit mesurable, c’est le présent. En tant que représentation de notre esprit, mesure de la durée du mouvement et du repos, le temps demeure une distension de l’âme. S’il est vrai que la conception de la durée est variable selon les individus et selon la teneur de l’événement que l’on mesure, la mesure du temps au présent est toujours le souvenir du passé et l’attente de l’avenir par notre esprit. C’est la psychologie du temps chez Augustin.

L’on peut noter que saint Augustin ne semble pas se démarquer largement d’Aristote. Le temps de l’âme chez Augustin est le temps que mesure notre conscience de la succession des instants. Aristote aussi avait perçu l’intellect comme la faculté de l’âme qui nombre le temps. Le temps psychologique augustinien mesure le mouvement (et pas le contraire), il ne dépend plus des mouvements circulaires des astres célestes. Augustin « sort » le temps de l’espace (l’homme est dans l’espace ? l’espace est-il une dimension de l’homme ?) et le loge dans le sujet humain. Le temps cosmologique est le même partout et en toute chose, il existe sans l’âme. Le temps psychologique ne veut pas confondre le temps et ce qui en est le signe (le mouvement). Il n’est qu’à la condition de cesser d’être. Il est fonction de la mesure de l’esprit humain.

Cette petite comparaison faite en compagnie d’Aristote, que retenir du temps chez saint Augustin ? Le passé et le futur ne sont jamais au présent, donc ne sont pas. Mieux, ils ne sont que pour l’homme. Quand au présent, il est de façon instable. Le présent éternel seul est stable, il s’appelle éternité. Le temps qui passe ne convoque-t-il pas l’homme vers une existence infinie, qui, elle, ne passe ni ne finit ? Le fleuve des choses temporelles nous entraîne vers des horizons d’être inconnus. Le temps s’écoule, et avec lui, l’être de l’homme.

Soulignons pour finir qu’en réfléchissant sur l’être fugace du temps, Augustin souligne que l’homme est un être qui passe, l’homme est un être en quête d’éternité, une éternité qui est enfouie dans sa mémoire. Cette anthropologie du temps a des accents théologiques indéniables. Les années de l’homme vont et viennent, contrairement à celles de Dieu. L’homme est en mal d’être, il est éphémère. Le temps comme l’homme n’auront d’être que dans leur tension vers l’Etre éternel et immuable. L’ontologie du temps ou l’anthropologie augustinienne du temps se révèle en définitive comme une eschatologie du temps. Augustin a-t-il réussi à dépasser Aristote ? A suivre>>> La critique ricoeurienne du concept du temps chez Aristote et Augustin

>>>LE TEMPS

UN CONCEPT PARADOXAL

LE TEMPS DU MONDE CHEZ ARISTOTE


[1] Saint Augustin, Les Confessions, Garnier-Flammarion, Paris, 1964, p.261.

[2] Martin Heidegger, Questions 3 & 4, Gallimard, 1976, p. 348.

[3] Saint Augustin, Les Confessions, Garnier-Flammarion, Paris, 1964, p.261.

MYTHES

Des rencontres édifiantes, c’est ce qui donne à nos jours leurs couleurs, à nos vies leur beauté, à nos fins leur sens. Tant et si bien que notre vie devient une œuvre d’art en laquelle devraient se conjuguer la pensée, le sentiment, l’action. Tout l’humain et tout homme se trouvent contenus dans l’harmonieuse combinaison de ces trois facteurs de vie. La mythologie gréco romaine a offert à la postérité des héros caractéristiques de chacun desdits moteurs de vie : Mentor, les Muses, Hercule. Nous allons explorer le contenu d’une belle vie en prenant appui sur eux. Nous verrons bien comment, si nous sommes sensibles à l’éloquence des signes, faire notre profit de ce que nous lègue une tradition culturelle multiséculaire. Et, fidèle à la tradition brechtienne de la distanciation, cher ami, nous nous évertuerons à parler de tous sans nommer personne. “Homo sum, humani nihil a me alienum puto” (je suis un homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger).

Mejnour te salue !

>>>LE BILLET DE MEJNOUR, RENCONTRES EDIFIANTES>>>

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Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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RENCONTRES EDIFIANTES

Il est des rencontres qui, mieux que toutes, érigent en nous les colonnes de l’humain. Elles ne se programment pas. Mais elles semblent survenir alors que les conditions les plus appropriées sont réunies pour leur avènement. Ce sont ces rencontres qui encouragent à vivre bien. C’est par exemple la rencontre d’une fille de la lumière – Lucie – qui nous offre le loisir de penser, de réfléchir, de donner à l’univers les teintes fraîches d’un noble idéal. Dante ALIGHIERI en a donné un bel exemple avec la symbolique Béatrice PORTINARI qui lui a fait visiter le ciel dans sa divine comédie. Mais il n’y a pas que les femmes qui construisent et instruisent…

Il est des maîtres qui s’ignorent. Ceux là ont la simplicité, l’humilité requises pour communiquer librement leur science. La connaissance vraie ne connaît les limites d’aucune prison. Et ceux qui la dispensent donnent à nos jours de savoureuses tonalités, de pressantes invitations au bonheur dont l’expression la plus achevée est le savoir. Grâce à ces maîtres, l’on apprend ce qu’est une belle vie. Que nos rencontres de ce jour, cher ami, soient édifiantes. Qu’elles nous portent à réaliser la beauté, la valeur de la vie.

Mejnour te salue !

>>>LE BILLET DE MEJNOUR : DECOR>>>

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Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 25 octobre

« Je suis un gardeur de troupeaux. Le troupeau, ce sont mes pensées et mes pensées sont des sensations. Je pense avec les yeux et avec les oreilles et avec les mains et avec les pieds et avec le nez et avec la bouche. Penser une fleur c’est la voir et la respirer et manger un fruit c’est en savoir le sens. »

Fernando PESSOA, Le gardeur de troupeau.

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GRILLE DE LECTURE

Le gardeur est celui qui veille sur… ; garder c’est prendre soin de… Le poète nous invite aujourd’hui à prendre soin de nos pensées. Mais qui suis-je sinon mon corps ? L’appel à être le gardeur de mes pensées n’est-il pas une subtile invitation à considérer l’aspect corporéitique de mes pensées ? Nous pensons que cette hymne poétique est une description de la vie, de l’exister, de la présence et de l’absence, du métissage du corps et de l’esprit. Elle nous rend à nous-mêmes au gré de nos errances et de nos certitudes comme de nos projets, en ce qu’elle nous permet essentiellement de nous appartenir, en nous ouvrant à la complexité vécue de notre lien charnel avec le monde et les choses.

Il n’y a pas de pensée sans corps ni de corps sans pensée. Le rapport entre la pensée et le corps n’est pas dialectique mais chiasmatique ; ils s’imbriquent, s’enjambent et s’enveloppent. L’entrelacs du corps et de la pensée permet à l’esprit humain de scruter dans le sensible le sens des choses qui s’offrent à lui. A travers la corporéité de la pensée, l’esprit se sensibilise et le corps se spiritualise. D’un point de vue phénoménologique, l’esprit et le corps sont inséparables. Tout se passe comme si les choses étaient des fruits dont la peau retenant captive la pulpe, tout en annonçant au-dehors la suavité de sa chair, elle-même ramassée autour de son centre qu’est l’amande.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 24 octobre

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Pensée du 24 octobre

«  La beauté n’est certes pas seule à être proche, et l’horreur nous stupéfie d’une proximité absolue et fascinante qui toujours interdit déjà toute tentative pour l’éloigner. »

Jean-Louis CHRETIEN, L’effroi du beau

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GRILLE DE LECTURE

Devant une belle fleur, une belle œuvre d’art, en écoutant une musique classique du genre Mozart, Jean Sébastien BACH, nous sommes comme saisis d’une émotion, d’une émotion certes esthétique. Cette émotion esthétique nous vient du fait que la beauté de la fleur, de la peinture, ou l’harmonieux son de la musique nous saisit du fond de notre être. La beauté de la fleur nous est d’une telle splendeur qu’à sa rencontre, nous sommes comme pris et compris par elle. Le beau nous est d’une telle proximité qu’il ne peut pas nous laisser indemnes. La beauté nous éprouve, nous blesse d’une blessure sublime, sa rencontre est joie mais d’une joie douloureuse, tellement douloureuse qu’elle laisse ses traces. Les traces du beau nous rappellent à chaque moment de la vie la proximité du beau. Ses traces viennent dire l’absence d’un il y a. Mais l’absence d’une chose à sa place est cela qui révèle du même coup qu’il lui était essentiel d’avoir une place constitutive de son mode d’être.

Le clignotement du proche à travers ses traces dit sa présence. Le présent est présent du lointain. Du coup, l’oubli de la beauté devient difficile dans le sens où l’oubli d’une chose dans la proximité familière n’est jmais disparition négatrice ; mais la chose oubliée fait corps avec son surgissement comme chose disponible, toujours et déjà-là dans une présence absente. Certes, la beauté n’est pas seule à être proche, mais elle est la seule à nous éprouver d’une épreuve esthétique. La beauté qui se suffit pourtant elle nous appelle,  nous  impose sans esquive possible, la charge de lui répondre et de lui correspondre. Cette réponse ne peut qu’être l’acte de louer. Or nos louanges, pour paraphraser l’un des grands chantres de la beauté divine, n’ajoutent rien à la splendeur de la beauté mais elles nous rapprochent d’elle d’une proximité absolue.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 23 octobre

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Décor

« Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi ». Hugo, penseur de l’intersubjectivité avant l’heure ? Pourquoi pas ? Toujours est-il que le propos de Mejnour est de parler à tous l’unique langue des hommes, celle du cœur. Car c’est elle qui, sous l’infinie variété des facettes de vies humaines, dit l’unité de notre humanité en nous convoquant par exemple, sur la toile, cette gigantesque assemblée où voudrait se dire l’éclatante simplicité de la vérité pure et nue. C’est la vérité qui réconcilie l’homme avec l’humain. C’est ici que la rature de Ricoeur prend sens et consistance : par une patiente et persévérante purification de nos schémas de pensées (et donc des tendances qu’ils charrient), nous pourrons – et ce sera la fierté du Ciel – briller de l’éclat radieux du soleil. La pensée, mon ami, la pensée. Et par la pensée, la liberté. La pensée te fortifie et te distingue de tous et de tout durant cette longue aventure collective de l’humanité, j’ai nommé l’histoire. Ainsi est planté le décor.

Mejnour te salue !

>>> VOIR AUSSI,  FIAT LUX>>>

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Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 23 octobre

« Dans quelque domaine que ce soit…, un être satisfait, un être qui déclare lui-même qu’il a tout ce qu’il lui faut, est déjà en voie de décomposition. »

Gabriel MARCEL, Etre et avoir

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GRILLE DE LECTURE

L’homme est un être de désir. Nous savons que ne peut désirer que celui qui est en manque de…, celui qui est tendu vers… Dire que l’homme est un être de désir, c’est lui donner un mouvement qui lui est essentiel : celui d’une réponse ou de la recherche d’une réponse à l’appel entendu. Et c’est ce vocare qui révèle le vide et crée l’élan vers ce qui permet de combler ce vide, vers la réalité endormie qui promet une présence comblante. Le désir de l’homme est un désir sublime qui le tend vers…, qui l’élève du milieu des ténèbres caverneuses du commun des mortels. Sortant du milieu du commun des mortels, il reçoit une vocation, un appel venant de l’Etre, le convoquant à s’envoler vers la cité de la vérité. Qu’y a-t-il de plus beau à désirer sinon le désir de la lumière ? L’homme éclairé fuit les ténèbres qui sont le lieu de l’abîme, lieu où rampe la raison. Désormais, il est en quête d’une aile pour aller vers la région supérieure où l’âme, en liberté, se déploie. Qui a vu la lumière ne saurait plus la renier pour une existence inférieure, parce que l’essence de l’intelligence est d’être ouverte.

L’envoler contemplatif exige de nous un détachement, une souplesse. Comme un chercheur de la lumière de la vérité, l’homme est semblable à un pèlerin qui se détache de toutes ses bonnes recettes, pour ne recevoir que le rien de soi-même, pour ne posséder que le rien de l’aventure. Mais qui peut se satisfaire du rien ? Dans un monde absorbé par l’avoir, où l’on cherche à s’installer dans le conformisme, à s’attacher à des choses fixes, se détacher est d’ailleurs jugé comme un acte anormal, propre à quelqu’un qui n’a pas les pieds sur terre,  ainsi que le commun des mortels se plaît ironiquement à le répéter sans cesse. En un sens profondément métaphysique, celui qui refuse le détachement veut tout avoir immédiatement. Ce qui signifie qu’il cherche simplement un sol pour se reposer confortablement. Mais ce repos prolongé le rend lourd. Alors, il devient un dépôt, un déchet.

Il existe en effet, une parenté intime entre la satisfaction et la mort. La satisfaction se réalise essentiellement en quatre murs, dans ce qui est clos. Elle ne connaît pas de création et ne peut plus tirer l’âme vers l’avant. Au contraire, elle alourdit l’âme dans son envoler admiratif. Cette idée se trouve bien traduite par l’image d’un corps en putréfaction. Une fois abandonné au monde, aux forces de la nature extérieure, le corps est désormais la proie des basses vitalités de la matière qui le tirent dans toutes les directions, en le rendant de plus en plus extérieur à lui-même. C’est pourquoi le propre du cadavre est d’être en-terré c’est-à-dire mis dans la terre, dans une horizontalité décompositive.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 22 octobre

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