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Pensée du 03 juin 11

« Nous ne commençons à vivre réellement qu’au bout de la philosophie, sur sa ruine, quand nous avons compris sa terrible nullité, et qu’il était inutile de recourir à elle, qu’elle n’est d’aucun secours. »

Emil Cioran, Précis de la décomposition, Editions Gallimard, 1949.

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GRILLE DE LECTURE

Cette pensée de Cioran est tirée d’un texte du Précis de la décomposition que l’auteur intitule « Adieu à la philosophie ». Nous ne commençons à cueillir les délices de la vie qu’au moment où nous avons compris que la pensée rationnelle est et était nulle et d’aucun secours, qu’au moment où nous faisons notre adieu à la philosophie. De la pensée de Cioran, il semble ressortir deux évidences contradictoires qu’on peut résumer ainsi : de la nécessité de la pratique philosophique pour se rendre compte de son inutilité. Posons-nous deux questions.

La première : pourquoi faut-il dire adieu à la philosophie ? Deux sortes de réponses : d’abord, parce c’est un métier sans destin qui remplit d’idées volumineuses les heures vacantes, un « refuge auprès d’idées anémiques » et « de brillantes tautologies ». Or, « on ne discute pas l’univers, on l’exprime.» Malheureusement, la philosophie ne l’exprime pas. L’activité philosophique ne saurait donc être féconde. Ensuite, parce que la philosophie est « le recours de tous ceux qui esquivent l’exubérance corruptive de la vie ». Elle semble faite pour les purs qui rechignent à se laisser corrompre par les passions existentielles. Or, note Cioran, on ne peut éluder l’existence par des constructions creuses, on ne peut que la subir, l’aimer ou la haïr, l’adorer ou la craindre… En clair, c’est pour aimer et adorer la vie au lieu de la subir qu’il faut apprendre à quitter la philosophie, à prendre son envol sur ses décombres.

La deuxième question est la première inversée : pourquoi la philosophie est-elle nécessaire en tout temps ? Il ne faut jamais dire adieu à la philosophie, car le philosophe témoigne de la dignité suprême de la pensée dans la cité. Loin de le noyer dans des idées creuses, la philosophie montre ce qui en l’homme est éternel. Elle stimule sa soif de pure connaissance, de connaissance désintéressée. N’est-ce pas ce qu’exprime avec assez de profondeur Jacques Maritain en ces termes : « La philosophie, prise en elle-même est au-dessus de l’utile. Et pour cette raison même, la philosophie est éminemment nécessaire aux hommes. »

Il n’y a pas à quitter la philosophie pour une quelconque infécondité si tant est que sa vocation première est d’ouvrir l’homme à la connaissance des réalités fondamentales telles la nature des choses, la nature de l’esprit, l’homme lui-même, Dieu, le temps, toutes choses qui sont au-dessus des sens, indépendantes de tout ce que nous pouvons créer ou produire. La philosophie n’est d’aucun secours, mais elle s’intéresse aux questions ultimes qui déterminent notre existence, notre action, nos choix vitaux… Encore faut-il avoir déjà philosophé pour affirmer qu’il ne sert à rien de philosopher. L’influence de la philosophie sur l’histoire humaine est notable. On ne s’en passe pas impunément.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 02 juin 11

« Ne doutons pas, ma chère amie, que cette opinion de l’existence et du pouvoir d’un Dieu dispensateur des biens et des maux ne soit la base de toutes les religions de la terre. Mais laquelle préférer de toutes ces traditions ? Toutes allèguent des révélations faites en leur faveur, toutes citent des livres, ouvrages de leurs dieux, et toutes veulent exclusivement l’emporter l’une sur l’autre. Pour m’éclairer dans ce choix difficile, je n’ai que ma raison pour guide, et dès qu’à son flambeau j’examine toutes ces prétentions, toutes ces fables, je ne vois plus qu’un tas d’extravagances et de platitudes qui m’impatientent et me révoltent. »

Marquis de Sade, « Dieu, l’immortalité de l’âme et autre chimères », in Histoire de Juliette, ou les prospérités du vice.

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Pensée du 01 juin 11

« L’authenticité d’une interprétation se mesure aux possibilités nouvelles que, dans l’œuvre, elle met au jour, menant ainsi cette œuvre comme au-delà d’elle-même. »

Alphonse de Waelhens, in Kant et le problème de la métaphysique, Introduction, Paris, Gallimard, 1953.

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GRILLE DE LECTURE

Le propre d’une interprétation est d’ouvrir un dialogue avec le philosophe, l’artiste ou le poète qu’elle interprète. Ce dialogue a la particularité d’être créateur ou recréateur d’une œuvre. Le dialogue avec un auteur est créateur ou recréateur de son œuvre parce qu’il n’est authentique que s’il renouvelle radicalement le sens de cette œuvre littéraire ou artistique en cours. Dans un mouvement impitoyable d’échange d’interrogations et de réponses, l’interprète fait entrer avec une certaine violence l’œuvre de son auteur dans une nouvelle histoire, celle de son (ses) lecteur(s). C’est peut-être à cette condition que l’œuvre atteindra sa véritable existence littéraire, celle d’échapper définitivement à son auteur. Pour entrer dans l’intelligence interprétative de la pensée d’Alphonse de Waelhens, faisons maintenant trois observations.

Selon la première, il y a un triple mouvement qui s’entrecroise dans toute interprétation : un mouvement entrant, de l’interprète vers le texte, un mouvement local du texte dans le texte et un mouvement sortant, du texte vers un au-delà du texte. De toute évidence, l’échange et la compréhension mutuelle réclament distinction et distance, en ce sens que le dialogue engagé avec une œuvre suppose que l’interprète y fasse prévaloir son propre point de vue. L’étonnement philosophique qu’une œuvre suscite en nous finit par rencontrer une espèce d’assentiment intérieur qui coïncide avec l’affirmation de notre propre point de vue. Ce premier mouvement personnel va vers le mouvement local qui consiste à investir son propre regard dans la justification de l’œuvre, à montrer que la naissance et l’existence de celle-ci étaient historiquement nécessaires, à retrouver le fondement qui porte l’œuvre tout entière et lui prête sa signification historique.

Deuxièmement, autant l’interprète ne doit pas se borner à son propre regard, autant il ne doit pas boucler l’horizon d’un texte lors de son explicitation justificative. L’étonnement philosophique fait sauter en quelque sorte les barrières constitutives du texte – c’est la condition première du dialogue littéraire – pour ensuite faire épanouir son sens latent. Ainsi, la force d’une interprétation réside dans sa vocation à mener l’objet interprété au-delà de lui-même, à faire comprendre un texte plus que son propre auteur ne l’ait compris et à conduire sa lecture et sa compréhension le plus loin possible. L’interprétation est une relecture, une reprise créatrice ou une répétition qui dépasse l’objet lu en le conservant. L’idée de reprise ou de répétition vise à souligner l’importance du mouvement local. C’est dans une œuvre que des possibilités nouvelles doivent naître.

Troisièmement, la recréation d’une œuvre par l’interprétation ne consiste pas à violenter au sens propre celle-ci, mais à lui ouvrir de nouvelles perspectives, à lui créer un avenir. C’est pourquoi écrire l’histoire d’une pensée équivaut à la réinterpréter, à en recommencer l’entreprise. L’interprète qui s’obstine à s’en tenir au sens manifeste d’un texte, le détruit en le privant de son mouvement dynamique et créateur. Selon Alphonse de Waelhens, il est caractéristique de toutes les grandes œuvres humaines d’être comprises de diverses manières, de fournir une issue à toutes les voies par lesquelles on s’efforce de les pénétrer : « elles peuvent ainsi vivre au travers des siècles, non parce qu’elles sont équivoques ou obscures, mais parce que leur richesse est si grande qu’elles rendent légitimes et fécondes les perspectives multiples sous lesquelles elles sont abordées… »

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 31 mai 11

« En réalité s’ouvrir aux « dires d’autrui », d’un texte, etc., implique d’ores et déjà qu’ils soient situés dans le système de mes opinions, ou bien que je me situe moi-même par rapport à eux… L’herméneutique doit partir du fait que comprendre, c’est être en rapport à la fois avec la chose elle-même qui se manifeste par la tradition  et avec une tradition d’où la « chose » puisse me parler. »

Hans-Georg Gadamer, Le problème de la conscience historique, trad. Pierre FRUCHON, Paris, Ed. du Seuil, 1996, p.80 et 85.

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Pensée du 30 mai 11

« L’affirmation que le mythe appartient au monde de l’apparence, de l’illusion, de la fable, se fonde sur l’idée préconçue d’un développement rationnel de l’esprit humain. »

Michel Meslin, « Mythe et Sacré », Initiation à la pratique de la théologie, introduction, p. 64.

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GRILLE DE LECTURE

Michel Meslin pense qu’une simple observation du langage contemporain révèle une fréquente opposition entre ce qui est considéré comme réel, rationnel et ce qui est qualifié de mythique et que l’on tient pour illusoire et fictif. Qu’il suffise de penser aux philosophies qui qualifient le monde mythique et merveilleux de domaine de l’obscurantisme, de l’irrationnel, ou d’une connaissance doxique. On se rappelle que Platon a bien sérié opinion et savoir dans le Livre VI de la République. André Lalande définit le mythe comme « Un récit fabuleux, d’origine populaire et non réfléchie » qui met en jeu des forces de la nature et des êtres dont les actions et les aventures ont un sens symbolique. Le monde du mythe est-il celui des représentations enfantines de l’humanité ? Sur quoi repose cette opposition sémantique ?

Michel Meslin répond que cette catégorisation se fonde sur l’existence de deux formes différentes d’organisation mentale selon lesquelles une forme réaliste, logique, scientifique et créative s’opposerait à une forme intuitive, prélogique et symbolique. La définition de Lalande ressortit à cette hiérarchisation des choses. Elle range le mythe dans la sphère de l’irréel, de l’imaginaire et donc de l’irrationnel. Mais il y a lieu de se demander si en réalité la pensée rationnelle, « secondaire » et réfléchie, est aux antipodes d’une pensée mythique, « primaire » et non dirigée vers l’efficacité concrète. Depuis les philosophes grecs jusqu’aux structuralistes  (qui pensent qu’il y a des structures anonymes inhérentes à l’objet signifiant) contemporains, on enregistre une kyrielle d’interprétations conflictuelles du mythe. L’histoire du mythe est jalonnée par des vagues de refus et de valorisation du mythe.

Notre philosophe dégage trois types d’attitudes qui expliquent de dévalorisation ou l’intérêt porté au mythe : premièrement, la considération de l’autre comme différent de moi. Ainsi, son langage mythique ne peut représenter qu’une étape inférieure du développement de la pensée humaine. Deuxièmement, cet autre qui parle n’est qu’un autre moi-même avec qui je partage l’universalité de la raison humaine. Troisièmement, l’autre est un homme, mais il s’exprime différemment. Il faut que je me déprenne de moi-même pour saisir la raison d’être et la signification du langage mythique par lequel il exprime ses interrogations fondamentales. De ces attitudes, il découle que la recherche mythologique aboutit à un conflit d’herméneutiques rivales qui oppose les trois conceptions suivantes : le mythe comme fiction illusoire, le mythe comme expression psychique collective, et le mythe comme mode d’intégration active.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 29 mai 11

« Cette relation si primitive qu’on ne sait comment la nommer ne repose point sur ceci ou cela, c’est tout le reste qui repose sur elle. Pure aurore des commencements. Dans la pensée par exemple, c’est en amont du ‘je pense donc je suis’, comme ce qui sépare de la folie où ‘je pense’ pourrait s’engloutir, jusqu’à se prendre pour le seul. C’est en amont de ce que nous nommons morale ou éthique, parce qu’avant d’être exigence, c’est donation. C’est en amont du politique qui, sans cette référence, est livré au meurtre. »

Maurice Bellet, Incipit ou le commencement, Paris, Desclée de Brouwer, 1992, p. 12-13.

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Pensée du 28 mai 11

« Les libertés politiques n’épuisent pas le contenu de l’esprit de liberté qui, pour la civilisation européenne, signifie une conception de la destinée humaine. Elle est un sentiment de la liberté absolue de l’homme vis-à-vis du monde et des possibilités qui sollicitent son action. L’homme se renouvelle éternellement devant l’Univers. À parler absolument, il n’a pas d’histoire. Car l’histoire est la limitation la plus profonde, la limitation fondamentale. Le temps, condition de l’existence humaine, est surtout condition de l’irréparable. »

Emmanuel Levinas, Quelques réflexions sur la philosophie de l’hitlérisme, Éditions Fata Morgana.

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Pensée du 27 mai 11

« Dévoiler quelle est la constitution de l’être de la réalité-humaine, c’est cela l’Ontologie. »

Martin Heidegger, Kant et le problème de la métaphysique

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GRILLE DE LECTURE

Emmanuel Kant a sonné le glas de la métaphysique traditionnelle qui s’identifiait presque parfaitement à l’ontologie de l’être comme substance. Avant la Critique de la raison pure, l’ontologie, c’est-à-dire l’étude de l’être en tant qu’être était encore la métaphysique. Avec Kant, la question fondamentale de la métaphysique étant devenue « qu’est-ce que l’homme ? », on parlerait plutôt d’une métaphysique de la réalité-humaine. Si la métaphysique de la réalité-humaine devient chez Kant la fondation de la métaphysique, c’est bien l’ontologie fondamentale qui est à la base de la métaphysique de la réalité-humaine. Qu’est-ce alors que l’ontologie fondamentale ? Si la logique fonctionne ici, on répondrait que l’ontologie fondamentale est la fondation de la fondation de la métaphysique. Autant dire que l’ontologie est un double fondement.

Heidegger définit l’ontologie kantienne comme le dévoilement de la constitution de l’être de la réalité-humaine. L’œuvre de fondation de la métaphysique, affirme Heidegger, doit obéir à une direction unique qui doit être donnée par la question fondamentale de l’œuvre de la fondation, c’est-à-dire l’ontologie. Cette question fondamentale se décline ontologiquement : c’est le problème de la possibilité interne de l’intelligence de l’être. La constitution de l’être renvoie effectivement à la structure interne de ce lieu philosophique inexpugnable qu’est l’être. Inutile de préciser qu’il s’agit désormais de l’être de la réalité-humaine.  Une relation de dépendance s’est instaurée entre la métaphysique de la réalité-humaine et l’ontologie fondamentale. Celle-ci fonde celle-là, mais celle-là est chargée d’assurer le dévoilement de la constitution interne de l’être de la réalité-humaine.

En quoi la manifestation de cette constitution intérieure peut-elle être dite fondamentale (ontologie fondamentale) ? Non seulement parce que c’est dans cette constitution que la possibilité de la métaphysique trouve sa base, mais aussi parce que l’ontologie fondamentale est le premier degré de la métaphysique de la réalité humaine. Mais la vraie raison est celle qui va s’énoncer : pour que la constitution de l’être de chaque existant soit accessible, la compréhension de l’être doit prendre le caractère d’un pro-jet (Entwurt). Ce que montre l’ontologie fondamentale est que le comprendre (Verstehen) n’est pas seulement un mode particulier de connaissance, mais l’accomplissement même du pro-jet. L’ontologie est fondamentale parce qu’elle présente le comprendre comme un mode d’être de l’être existant qui consiste à projeter la réalité-humaine dont la marque essentielle est la finitude. L’ontologie fondamentale intelligibilise l’être de l’homme comme un pro-jet fini.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 26 mai 11

« Quand les philosophes traitent de l’Esprit et des Idées, de la Morale et du Souverain Bien, de la Raison et de la justice, mais non des aventures, des malheurs, des événements, des journées qui composent la vie, ceux à qui les malheurs arrivent, qui éprouvent le poids des événements, qui courent les aventures et passent les journées et passent à la fin leur vie, n’aiment pas cette manière hautaine de philosopher. Ils jugent toutes les philosophies par rapport à leur propre mal et à leur propre bien, et non point par rapport à la philosophie elle-même. Ils les approuvent de loin, ou ils les embrassent, ou ils se révoltent contre elles… Ils s’inquiètent de savoir si telle philosophie est leur alliée ou leur ennemie, ou si elle est contre eux simplement parce qu’elle ne s’occupe pas d’eux. Ils sont plus exigeants que les philosophes ne sauraient le soupçonner ; ils veulent que tout ce qui se fait dans le monde les serve, les machines et les livres, les discours et les pensées, les États et la poésie. »

Paul-Yves NIZAN, Les chiens de garde, Paris, Rieder, 1932.

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Pensée du 25 mai 11

« La science et l’art viennent aux hommes par l’intermédiaire de l’expérience. »

Aristote, Métaphysique, A, 1, 981 a 3.

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GRILLE DE LECTURE

L’expérience est-elle un préalable à toute connaissance ? A quoi doit-elle son caractère primordial et fondamental dans les domaines de la science et de l’art ? La première question nous situe à notre insu en plein chantier de philosophie kantienne de la connaissance. Là on répondra que toute connaissance scientifique positive repose sur l’expérience sensible. L’expérience est le laboratoire des représentations d’objets qui conduisent à une connaissance conceptuelle. Quant à la deuxième question, il paraît mieux indiqué d’y répondre dans le cadre de la métaphysique réaliste d’Aristote, même si celle-ci est déjà une anticipation de Kant. La science et l’art relèvent de l’expérience, dit Aristote. Il n’y a pas de science ni d’inspiration artistique sans expérience. Ces deux activités procèdent du contact immédiat avec la réalité sensible ou physique. L’artiste et l’homme de science dépendent de leur milieu de vie d’où leur vient l’inspiration. La pénétration du vrai et le jugement du goût naissent aussi au contact de l’expérience de la vie. On peut encore se demander si l’art comme la science ne sont pas deux œuvres de l’esprit et deux sortes d’expérience pratique qui culminent dans l’expérience mystique. Ne peut-on pas dire à bon droit que ce sont là deux activités expérientielles qui s’achèvent dans une expérience supérieure de l’esprit ?

Concentrons notre regard sur l’expérience artistique. L’art a pour point de départ l’expérience et pour point de  chute la contemplation du vrai. L’expérience est génétiquement la matrice de l’art, ainsi l’art est une forme particulière d’expérience. On la présenterait volontiers comme l’expérience sensible par excellence en raison du fait que l’émotion esthétique est suscitée par les sensations que nous éprouvons en présence d’une œuvre d’art, d’un beau paysage… L’art relève encore de l’expérience sensible parce que l’expérience artistique est source de plaisir et de jouissance. Toutefois, le propre de l’objet d’art est d’inviter à une élévation d’âme vers la source intemporelle de toute beauté. Dès lors, on peut pressentir qu’une autre forme d’expérience porte l’art de l’expérience sensible vers l’expérience mystique : c’est l’expérience métaphysique. L’étonnement devant les figures de beauté que recèle la nature est un acte métaphysique. Cet acte philosophique consiste à interroger à la fois l’objet touché et à questionner son origine. Dans la science comme dans l’art plusieurs types d’expérience se mêlent pour élever l’activité humaine à la dimension d’une expérience naturelle appelée à transcender le réel.

Emmanuel AVONYO, op