Archive for the ‘CULTURE’ Category

Pensée du 11 janvier 10

« Le mal qui effraie le plus, la mort, n’est rien pour nous puisque lorsque nous existons la mort n’est pas là et lorsque la mort est là, nous n’existons plus.»

Epicure, Lettre à Ménécée

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GRILLE DE LECTURE

Il suffit d’ouvrir un peu les yeux pour voir combien la mort nous fait peur. L’homme dans des instants particuliers de sa vie, refuse son propre lieu, refuse de s’habiter, pour ne pas avoir l’idée de la mort. La mort est un événement ! Un événement qui surprend l’homme, un événement malheureux et douloureux. La mort de l’autre me rappelle ma propre mort, me rappelle ma mort prochaine. La seule chose dont l’homme est sûr c’est la « mort ». L’image de la séparation avec ce monde, avec la famille, les amis etc., la représentation de l’Hadès, de ce lieu inférieur où séjourneront les morts, le non-retour des morts sont autant de choses qui font peur.

La mort, une réalité incontournable, est la seule chose dont la vérité est certaine pour l’homme. L’homme est malheureux, angoissé, parce que son existence se situe dans les limites d’une naissance dont l’instant originel lui échappe et la certitude d’une mort prochaine qui advient mais dont le moment précis lui échappe. Pour réparer cette peur qui hante l’homme, Epicure nous invite à une vision optimiste de la mort. Le commun des mortels, tantôt fuit la mort comme le plus grand des maux, tantôt la désire comme le terme de ses misères. Le sage, par contre, ne fait pas fi de la vie et ne craint pas la mort, car la vie ne lui est pas à charge et il ne considère pas la non-existence comme un mal. La conscience du fait que la mort n’est rien et que la vie est éphémère nous ôte le désir de l’immortalité.

Cependant, il convient à l’homme de mourir au moment opportun. Le sage n’hésitera pas à sortir de la vie quand cela lui semble opportun. Dans le choix de la mort volontaire, Épicure recommande l’ataraxie, c’est-à-dire la réflexion calme et sereine. L’amitié et les conversations, douces et spirituelles, avec ses amis sont pour Épicure le plus grand bonheur de la vie. Il n’est donc pas étonnant qu’il conseille au sage de mourir pour ses amis lorsque l’occasion se présente et que lui-même, pourtant accablé de douleurs indicibles, s’éteignit, sans perdre sa paix intérieure, en buvant du vin dans un bain chaud et en se souvenant avec joie des discussions agréables en bonne compagnie.

Fr Mervy-Monsoleil AMADI, op

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Pensée du 10 janvier 10

« Parce qu’il est le Logos incarné, l’homme est essentiellement l’ennemi de l’Etre : il est l’être négatif qui est uniquement dans la mesure où il supprime l’Etre »

Kostas PAPAIOANNOU in Hegel, La Raison dans l’Histoire

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GRILLE DE LECTURE

Ce grand interprète contemporain de Hegel a rédigé l’introduction à La Raison dans l’Histoire de Hegel. Il nous situe ici au cœur de la négativité, le moteur rationnel de l’histoire. La dialectique hégélienne prévoit une succession de phases opposées. Le Réel, comme un tout, est toujours en lui-même une unité différenciée, l’unité de déterminations opposées : position, négation et négation de la négation. Mais cette négation n’est qu’une façon de relativiser l’objet nié dans son être afin de l’élever à une nouvelle signification. Dans l’homme, l’identité de l’Absolu passe dans la différence et l’objectivité. Et selon cette considération, ne peut-on pas dire que l’homme est l’ennemi de l’Etre, et qu’il est essentiellement l’être négatif ? C’est une évidence hégélienne.

Seul l’homme peut nier la totalité du donné parce que l’homme est le Concept, le Logos qui s’enracine dans l’histoire, existant concrètement de manière empiriquement perceptible. Pour être le Logos, il est un être supra-naturel, il est Dieu même parvenu à une existence charnelle enfin adéquate à son être. Dans ce processus de division existentielle de l’unité originaire de l’Absolu, l’homme émerge comme négativité pure. La négativité nous permet de saisir l’homme sous une double détermination identitaire : d’un côté, en tant que Concept divin, il manifeste et réalise la vie divine, sa vie est libération de Dieu nié dans la Nature. Contrairement à la vision de Platon, l’homme est quelque chose d’infiniment plus haut car ce qui erre ainsi, c’est l’esprit ; de l’autre, en tant que négativité naturelle, il est comme le « négateur » de l’Idée, le « suppresseur » de l’Etre. Dieu qui meurt dans la Nature, s’éveille par la négation en l’homme qui à son tour oppose une négation totale à l’ensemble du donné. C’est toute la raison d’être de l’homme.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 09 janvier 10

« L’autonomie de l’art reflète le manque de liberté des individus d’une société non libre. S’ils étaient libres, l’art serait la forme et l’expression de leur liberté. L’art reste marqué par le manque de liberté ; c’est en s’opposant à ce manque que l’art acquiert son autonomie. »

Herbert Marcuse, La dimension esthétique

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GRILLE DE LECTURE

La dimension esthétique de Herbert Marcuse se veut une critique de l’orthodoxie dominante dans l’esthétique marxiste. Le marxisme interprète la qualité et la vérité d’une œuvre d’art par rapport à la totalité des rapports de production en vigueur, par rapport au tableau social. L’esthétique marxiste est conditionnée par une situation de classe. Ainsi, l’art est voué à réifier une perception du monde qui aliène les individus. Marcuse ne partage pas cette orientation de l’œuvre d’art. Pour lui, dans l’art, vérité et autonomie sont interdépendantes. Et l’œuvre d’art ne peut avoir de pertinence politique que dans son autonomie.

Cette critique de l’esthétique marxiste part de la théorie marxiste elle-même, elle envisage aussi l’œuvre d’art dans le contexte des relations sociales et lui assigne un potentiel politique et idéologique. L’art qui est prôné ici est celui qui appartient à l’imagerie de la libération sociale. L’art doit émanciper la sensibilité, l’imagination et la raison dans toute leurs subjectivité et objectivité. La fonction critique de l’art réside dans sa contribution à la lutte pour la libération, et cette dernière dépend de la forme esthétique qui éloigne l’art de la lutte des classes et  conquiert son autonomie.

En cela, l’art doit être révolutionnaire et prendre part à la lutte pour la libération des individus d’une société oppressée. C’est là où se trouve la vérité de l’art. Il doit briser l’entrelacs de destruction et de soumission sociales afin d’en affranchir les individus. L’art reflète ainsi le manque de liberté d’une société. La vérité de l’art gît dans son pouvoir de rompre le monopole de la réalité établie. Mais il convient de rappeler que le monde esthétique est celui d’un principe de réalité différent. Il combat toute réification. C’est le monde de la contre-conscience, de la négation de l’esprit réaliste-conformiste.

En clair, contre les déceptions du monde, Herbert Marcuse veut, à travers un art rénové, appeler à la promesse de vie, souvenir d’un bonheur qui fut jadis et qui veut faire retour. Pour être pleinement politique, l’art doit maintenir en lumière le but que doit se fixer la praxis et toujours revendiquer l’énonciation de sa propre vérité. L’autonomie de l’art est le lieu de justification de sa forme et de sa subjectivité. L’art n’est autonome que s’il combat pour la liberté. Marqué par les stigmates sociaux, il doit inviter à une sublimation esthétique et émancipatrice de la réalité unidimensionnelle.

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 08 janvier 10

« Le philosophe est toujours dépendant de l’homme : il reste à son école ; il doit l’éclairer, il ne doit pas se substituer à lui. »

HENRY DUMERY, Le problème de Dieu en philosophie de la religion

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GRILLE DE LECTURE

Henry Duméry semble nous inviter à observer que la philosophie est toujours anthropologie, elle est l’écolière de l’homme. Le philosophe ne doit pas perdre de vue que sa discipline est une technique réflexive appliquée au vécu. Cette discipline est la servante de l’homme pensant, de l’homme agissant et souffrant (Ricœur), dans la concrétude de son existence. La philosophie vit de la vie concrète. La philosophie est le verbe de la vie, elle est la vie elle-même. La philosophie, quoi qu’on dise, vient toujours après la vie comme une reprise conceptuelle de celle-ci.

Grâce à la médiation conceptuelle, la vie se fait réflexive car, selon Henry Duméry, la vie en l’homme est conscience de soi et pensée en acte, lumière et liberté. La vie est un dynamisme qui se saisit dans la réflexion. Elle est une lumière qui enveloppe l’homme et l’incite à rechercher son intelligibilité dans l’exercice libre de la pensée. Le vécu porte la pensée en elle comme au stade d’irréflexion. Si la philosophie est le verbe de la vie, n’est-ce pas parce qu’il y a un verbe immanent à la vie, qui doit s’élever en même temps que l’homme au noble niveau du discours philosophique dans un acte second (réflexif) de la pensée ?

La philosophie se rapporte à la vie comme le réflexif au spontané. La vie est « pensée en acte ». La philosophie est pensée seconde, réflexion seconde (pléonasme). Elle est pour cela même anthropologie ; qu’on la définisse comme on veut. Elle est réflexion de l’homme sur la vie, la théorie de la vie, ou mieux, la vie théorique. Car, comme dirait Hannah Arendt, il n’y a pas de Vita activa sans la Vita contemplativa (Condition de l’homme moderne). La conscience spontanée, c’est-à-dire la spiritualité vivante et concrète, ne peut se médiatiser que par des valeurs de travail ou par la vie idéelle. La réflexion philosophique reste dès lors arrimée au comportement pratique qu’elle guide et qu’elle règle.

Emmanuel AVONYO, op

L’ACADEMOS

Pro création

Le Billet de Mejnour 81

Et voici le prétexte de la fin. Il est de Paul RICŒUR (Vivant jusqu’à la mort, Seuil, 2007, p. 143) : « C’est à l’heure du déclin que le mot résurrection s’élève. Par-delà les épisodes miraculeux. Du fond de la vie, une puissance surgit qui dit que l’être est être contre la mort. Croyez-le avec moi. »

Ces lignes, écrites quelques semaines avant la mort de leur auteur, étaient destinées à une de ses amies. Elles peuvent très bien faire office d’épilogue à la présente série « homme femme mode d’emploi ». Car elles indiquent la nécessaire complicité entre hommes et femmes pour célébrer la vie, vaincre les bornes factices imposées à l’humaine condition.

Alors, s’il fallait, d’une phrase dire ce qu’est le mode d’emploi de ces relations interpersonnelles, il viendrait aisément à l’esprit, en forme de slogan, ce mot : « Entretenir la flamme de la vie ». Quoi qu’il en coûte, parce qu’il en coûte toujours quelque chose à ceux qui veulent aller de l’avant.

Mejnour vous salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Jean-Marc Rouvière, Adam ou l’innocence en personne

Parution de Adam ou l’innocence en personne, méditations sur l’homme sans péché aux Ed. L’Harmattan, septembre 2009.

Fiche de parution : Adam ou l’innocence en personne, Jean-Marc Rouvière (Télécharger)


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Présentation

Composé de cinq méditations sur l’homme impeccable, Adam ou l’innocence en personne propose au moyen de la foi et de la raison un commentaire de l’épisode de la Genèse où se joue et se dit la condition de l’homme.

Habituellement, Le portraitiste de la grande figure mythique ou historique concentre son attention sur l’événement qui fonde cette grandeur, au détriment de l’ordinaire du personnage. La Bible est riche de ces hommes et femmes dont on nous parle seulement à propos d’un fait marquant, oubliant l’avant ou l’après de ce qui a bouleversé leur existence banale1. Ainsi, la littérature philosophique et théologique concernant proprement Adam est très (trop ?) largement consacrée aux lendemains du péché et à ses conséquences. Elle se place résolument dans une perspective postérieure à la Chute au risque de négliger largement le propos biblique et philosophique sur la situation de l’homme, pleinement homme, d’avant le péché.

Adam n’est pas l’idiot du Jardin qui commettrait sottement une faute. La Genèse dit que nous aurions dû être à l’image de cet homme lui-même fait à la ressemblance de son Créateur, s’il n’avait déformé son humanité en sombrant dans l’orgueil, car il est l’homme créé par le Tout-Puissant qui l’a doté d’emblée du meilleur de l’humain. Une création qui a eu lieu dans un espace-temps où l’homme était épargné par l’angoisse morale et la souffrance de la chair. Peut-on envisager sans tomber dans les inepties du créationnisme que les premiers vivants accédant à l’humanité aient connu quelque chose de la spontanéité de l’innocence ? L’orgueil et la méchanceté sont-ils des donnés ou des advenus ? Quelle serait une humanité préalablement à son basculement dans le péché et son indélébilité ? L’homme non-pécheur est-il simplement un homme ordinaire la tache du péché en moins ? Son existence est-elle la nôtre la joie béate en plus ?

Le Dieu de la Bible n’a pas créé un homme comme vous et moi, ni même un homme saint ou héroïque. L’homme façonné de glèbe n’avait aucune des qualités morales qui, le cas échéant, sont propres à l’homme d’après le péché et qui à force de volonté peut réussir à se mettre en chemin vers son Dieu (le saint) ou vers son idéal (le héros). Adam le Jeune est un être amoral parce qu’évoluant dans un monde pur et parfait ou la morale n’a pas lieu d’être. Si l’occasion fait le larron, elle fait aussi l’homme moral. Mais pour apparaître la conscience morale  a besoin de « cas de conscience ». De tels cas, Adam n’en a connu aucun tant il vivait en harmonie avec son Dieu. Il fallut l’épisode de la Pomme, où Dieu et Diable semblent être de concert pour mettre à l’épreuve le résident du Jardin d’Eden, pour que la nature morale de l’homme se révèle et aussitôt prospère en lui. Porteur sain de la morale en son for intérieur, l’homme a développé dans l’instant même de l’interdit et de la tentation cette disposition à la mauvaise conscience qui ne le quittera plus et qui désormais sera un constituant de son essence. Pour autant, le péché est plus une sortie de route qu’une « chute » ; il n’y a pas de dégradation entre une situation pré-lapsaire qui serait toute vertueuse[2] et une situation pécheresse (la nôtre à jamais) fortement carencée en vertus. Car la nature humaine ne s’est pas abîmée : elle s’est révélée à elle-même.

Force du mythe biblique qui nous parle, que nous soyons ou non croyants, de l’existence et de l’essence d’un étrange individu dont le destin en dit long sur nous-mêmes en pointant – dans un saisissant effet miroir – ce que nous ne sommes pas. Force aussi de la philosophie[3] pour nous aider à déchiffrer cette Parole qui dit la vie humaine sous des guises à jamais disparues, sauf peut-être en de rares étincelles où nous avons le privilège de connaître secrètement par un geste de pleine sincérité l’état d’innocence qui fut celui de l’homme mythique.

Adam ou l’innocence en personne offre ainsi une enquête anthropologique, une approche de ce qu’ont pu être les plaisirs et les jours dans le jardin d’Eden avant qu’Adam ne bascule dans l’humanité qu’il nous a léguée.

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Pour contacter Jean-Marc Rouvière,

Ecrire à L’ACADEMOS à l’adresse lacademos@gmail.com


1 Dans l’évangile de saint Jean, Lazare est pris dans le maelström de sa résurrection. Quelle vie a-t-il pu connaître à la suite d’un tel cataclysme ? Cf Jean-Marc Rouvière Le silence de Lazare, Editions Desclée de Brouwer, 1996.

[2] C’est l’homme que nous sommes qui est capable de vertu, Adam vit dans un espace ou le vice et le vertu n’ont pas cours.

[3] En particulier la phénoménologie de la chair de Michel Henry et la philosophie morale de Vladimir Jankélévitch.

Mars et Venus

Le Billet de Mejnour 80

Virilités tendres. L’homme violent est une tare sociale. Il blesse l’équilibre en vertu duquel se construit et s’exprime l’autre dans son altérité.

Une femme passive, exagérément amorphe, est un péril pour l’humanité. « Car la main qui berce l’enfant, c’est la main qui gouverne le monde.» Car la femme est l’être par qui se projettent sur l’histoire les ombres et la lumière de la vie. D’une femme, il est noble et beau qu’elle ne soit « ni pute, ni soumise ». Femme tout simplement, et heureuse de l’être.

Alors, que « les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus » empêche-t-il de construire une société stable, équilibrée, épanouissante ? Que nenni !

Nous avons tous un devoir de non indifférence dont l’une des formulations est l’universel : « tu ne tueras point ! »

Résultat : la vie a toujours le dernier mot.

Mejnour, le vivant, vous salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 07 janvier 10

« La fugacité du temps laisse des traces d’éternité ; ce sont elles qui garantissent la permanence du vrai »

JEAN GRANIER, Art et vérité

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GRILLE DE LECTURE

Le temps est l’instant hors de soi et en fuite devant lui-même selon les trois ek-stase de la temporalité, le présent, le passé et l’avenir, qui nous entraîne dans  sa marche inéluctable vers notre destinée. La destinée ne dit-elle pas l’attitude de l’être tendu vers la mort au sens heideggérien ? La mort comme passage obligé de l’être humain et ouverture sur un monde qui nous  fait entrer dans la béatitude de l’Etre.

Le temps est donc l’essence de l’homme, il est la dimension fondamentale de l’existence humaine. Etant essence de notre être, voué à la finitude, le temps est toujours en marche vers un avenir. Le temps comme temporalité se temporalise comme avenir-qui-va-passer-en-venant-au-présent. En ce sens l’avenir n’est pas antérieur au passé et celui-ci n’est pas antérieur au présent.

Le temps est cela qui est à la fois distinct et inséparable, et le présent n’est pas fermé sur lui-même mais se transcende vers un avenir et vers un passé qui forment avec lui l’unité du temps intérieur. Cette fuite des instants de temps devant lui-même ne vient-elle pas dire la fugacité du temps ? La fugacité dit la dimension d’une  chose qui est en fuite d’elle-même. Or il n’y a de mouvement que par rapport à une stabilité. En ce sens la fugacité du temps ne vient-elle pas dire la nécessité de la permanence ? La mobilité fait du temps la substance des choses. Dans le passage du temps, seul restent des traces de l’éternité, ces traces sont seules ce qui nous rassure de l’éternité du temps.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 06 janvier

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Pensée du 06 janvier 10

« On peut trouver la ‘‘question de Dieu’’ à peu près partout : par exemple dans les rapports entre l’art et la religion, entre la politique et la religion, entre la morale et la religion, etc. »

Bernard Sève, La question philosophique de l’existence de Dieu

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GRILLE DE LECTURE

Bernard Sève montre que la question de Dieu se pose dans beaucoup de domaines, sinon dans tous les domaines de connaissance possible. Et ces domaines d’intervention de la philosophie sont entre autre l’art, la religion, la politique, la morale, etc. Ceci est d’autant vrai que tous ces champs de la connaissance ou de l’action humaine permettent une représentation de Dieu. Dans l’art sacré comme dans l’art profane, il y a un appel à l’absolu qu’on peut qualifier d’expérience mythique de Dieu. C’est pour cette raison que Paul Claudel voyait un lien étroit entre l’art et la foi.

En outre en religion, l’expérience de Dieu est encore fondamentale. Mais il semble que cela ne tient que dans une religion révélée ou historique ayant clairement Dieu pour objet. La religion est un sujet de dispute. Les sciences humaines ont proposé plusieurs approches positives de la religion. On se demande par exemple si le bouddhisme est une religion, et si Dieu serait l’objet de leur quête ? En morale, la question de Dieu peut se poser en ces termes : si Dieu existe, certains comportements doivent-ils être interdits ? Si Dieu n’existe pas, qui serait au fondement du bien moral ?

En politique, la ‘‘question de Dieu’’ est encore là. Dieu est-il source du pouvoir légitime ? Il y a évidemment différentes positions. Un pouvoir peut être divin, il peut être fondé naturellement, contractuellement… Avec la philosophie de Hegel, il apparaît clairement que l’Etat, tout comme l’art et la religion, contribuent à leur manière à exprimer Dieu et l’immortalité de l’Esprit. Car l’Histoire humaine, malgré son apparence chaotique, est le lieu où la Vérité prend des figures diverses.

L’interrogation philosophique sur Dieu est multiforme et riche. Heidegger dira que la question de Dieu ne porte pas sur l’esse de Dieu, mais sur sa manifestation ou son avènement. Malgré les impensés contraires d’Etre et Temps, il fait savoir qu’il n’y a pas identité entre Dieu et l’être. A sa suite, Jean-Luc Marion penche pour un « Dieu sans l’être ». Le Dieu en tant qu’être est une idole. Pour lui, Dieu n’a pas à être, il est aimant et se donne à aimer. On peut bien se demander, peut-être pour une juste raison, si l’expérience de Dieu, c’est-à-dire sa manifestation, se produit en dehors de sa dimension ontologique ?

Emmanuel AVONYO, op

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Mythes et intériorisations

Le Billet de Mejnour 79

« Sois belle et reste à la maison. » C’est à ce précepte qu’était soumise l’éducation de la femme. L’homme, c’était les grands espaces plus ou moins giboyeux, une sorte d’enivrante liberté.

Ainsi est né puis s’est forgé un mythe : la femme est « intérieure », l’homme est « extérieur ». Comme si l’extraversion et l’introversion dépendaient d’abord et strictement du sexe. Et l’on s’est empressé de faire le catalogue des vertus « mâles » et des qualités « femelles ». Triste activité. Autant que l’homme, la femme est libre. Tout change à partir d’ici.

L’implication la plus nette de notre liberté, c’est que nul ne peut être enfermé dans quelque espace que ce soit. Car la conscience humaine, assoiffée d’infini, est plus vaste que l’univers. Au nom donc des tempêtes qui se déploient sous nos crânes, quittons les mythes qui réduisent, célébrons les libertés qui construisent. Chacun porte en lui, en proportions relatives, mais en réalité, animus et anima.

Femmes, Hommes libres, Mejnour vous salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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