Archive for the ‘PHILOSOPHIE MORALE ET POLITIQUE’ Category
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Fév
Posted by ACADEMOS in CULTURE, ETHIQUE, METAPHYSIQUE, PHILOSOPHIE, PHILOSOPHIE MORALE ET POLITIQUE. Tagged: André Léonard, essai d’éthique philosophique., existence morale, L'homme et l'absolu, La norme morale, Le fondement de la morale, morale et absolu. 2 comments
« … Quelque chose d’absolu est nécessairement engagé dans l’existence morale de l’homme. »
André Léonard, Le fondement de la morale, essai d’éthique philosophique.
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GRILLE DE LECTURE
L’homme ne peut pas se passer de morale. Une existence est avant tout morale puisqu’il n’y a pas d’existence humaine sans activité de l’homme, et qu’il n’y a pas d’action humaine sans principes moraux. La morale peut se définir comme la science normative catégorique de l’agir humain. Elle fixe les normes inconditionnelles de l’action de l’homme. Parce qu’elle rappelle ce que l’homme doit être compte tenu de sa nature profonde, la philosophie morale ne peut manquer de se prononcer sur le sens de l’être humain, et sur sa destinée totale. La philosophie aide à savoir que les grandes facultés humaines que sont l’intelligence et la volonté, sont constitutivement ouvertes sur l’infini, sur l’absolu, et même sur l’Absolu.
Par son intelligence, l’homme à la différence de l’animal, n’est pas seulement ouvert sur tel ou tel objet ou ensemble d’objets, il est infiniment ouvert sur toute réalité en général, voire sur tout sens simplement possible. Descartes affirmait que c’est par l’intelligence que l’homme ressemble le plus à l’Absolu. Il faut y voir l’indice de la grandeur de l’intelligence humaine, malgré ses humiliations par Pascal. Cette grandeur de l’intelligence fait que l’esprit humain n’est jamais rassasié par une somme, même très grande, de connaissances. Il aspire toujours à plus, il s’élance vers des horizons nouveaux, qu’il n’épuisera pas non plus (parce que près de trois millénaires de science n’ont pas mis un terme à la quête de sens de l’homme). Seule la vérité plénière de l’être lui-même, seule, en fin de compte, la plénitude de l’Etre subsistant pourrait le combler totalement.
De même, la volonté humaine, c’est-à-dire, le désir humain, à la différence de l’appétit animal, n’est pas limité, dans son dynamisme à certaines fins déterminées. Il est orienté de manière absolue, vers cela même qui est capable de le saturer, à savoir la bonté, non pas de tel ou tel bien ou ensemble de biens, mais de l’être lui-même en totalité, et finalement de celui qui est le Bien subsistant. Même la somme intégrale de tous les biens finis le laisserait insatisfait. Cela est su de tout le monde. C’est pourquoi la volonté, en chacun de ses mouvements particuliers, se déborde à l’infini en direction d’un surcroît. L’on pourrait multiplier les exemples, pour évoquer l’expérience de l’amour. L’homme court après un objet qu’il étreint grandement et qui pourtant lui échappe infiniment. Il se cache derrière tout cela une soif d’absolu. L’Absolu n’est-il pas la limite idéale de tous les êtres ? (Hegel) C’est ce qui fait dire à André Léonard qu’il y a quelque chose d’absolu qui est engagé en le moindre de nos actes volontaires et intelligents. C’est aussi pourquoi la norme morale est absolue et catégorique.
Emmanuel AVONYO, op
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8
Fév
Posted by ACADEMOS in CULTURE, ETHIQUE, METAPHYSIQUE, PHILOSOPHIE, PHILOSOPHIE MORALE ET POLITIQUE. Tagged: éthique et morale, justice chez Aristote, Justice chez Rawls, justice chez Ricoeur, justice et déontologie, justice et pratique sociale, justice sociale, le concept de justice, sens de la justice, Téléologie et justice. Leave a comment
L’Atelier des concepts, par Emmanuel AVONYO, op
Semaine du 08 février 2010
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Première section : Le concept téléologique de justice
A quoi bon un article sur la déontologie de la justice ? Dans une réflexion publiée récemment à L’ACADEMOS sous le titre « Quelle déontologie de la justice pour une paix sociale durable », nous tenions la position selon laquelle tout comme il existe des stratégies et des lois pour une « guerre juste », il serait temps de penser une déontologie de la justice pour accéder à une paix sociale durable. Considérant que la justice est le plus court chemin vers la paix, nous avions essayé de proposer un contenu à la justice avec les modalités formelles de sa mise en œuvre tirées de la pensée de Rawls. Peut-être n’avions-nous pas pris la mesure de toute l’étendue de notre hypothèse de travail. Une lectrice a eu l’idée lumineuse de nous poser la question de savoir si la justice avait besoin de déontologie. Le présent travail est donc un effort de clarification de notre pensée et une tentative de réponse à cette question essentielle à la compréhension du concept de justice en lien avec la pratique sociale.
Nous vous proposons de découvrir la première section de cet article
>>> LE CONCEPT TELEOLOGIQUE DE JUSTICE
Voir aussi la deuxième section ?
LE CONCEPT DEONTOLOGIQUE DE JUSTICE
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Les paradoxes de la justice procédurale de John Rawls selon Paul Ricoeur
Les enjeux politiques de la justice comme équité de John Rawls
27
Jan
Posted by ACADEMOS in CULTURE, ETHIQUE, METAPHYSIQUE, PHILOSOPHIE, PHILOSOPHIE MORALE ET POLITIQUE. Tagged: L'équitable chez Ricoeur, L'intime conviction et la justice, Le juste, Le juste entre le bon et le légal, Paul Ricoeur, visée éthique et justice. Leave a comment
« Avec l’intime conviction s’achève le parcours de la quête de la justice, amorcée par le souhait de vivre dans des institutions justes, et ratifiée par la règle de justice dont le formalisme procédural vient garantir l’impartialité. »
Paul Ricœur, Le Juste
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GRILLE DE LECTURE
La philosophie contemporaine abonde en littérature essentiellement divergente sur l’articulation de deux conceptions classiques de la justice : la justice selon l’ordre téléologique (celui du bien) et la justice selon l’ordre déontologique (celui du légal). Paul Ricœur nous situe ici au cœur de sa contribution à la discussion du problème moral qu’est celui de la justice. Le terrain de la justice est en effet celui de sa préférence en matière de philosophie morale et politique. Dans Le Juste comme dans sa « petite éthique » de Soi-même comme un autre, Paul Ricœur montre que le procès éthique de la justice commence au plan téléologique en tant que vertu et se situe au-delà de l’opposition classique qu’on connaît. L’éthique est commandée par le désir de vivre bien avec et pour les autres dans des institutions justes. De ce fait, trois éléments nous paraissent importants à retenir concernant la justice :
D’abord la justice n’est réductible ni à l’une ni à l’autre conception du juste. La justice est à situer entre le bon et le légal, entre téléologie et déontologie, entre visée éthique et exigence morale ; ensuite, avant la loi morale, il y a l’éthique qui est au principe de toute norme. Si l’éthique prime sur la morale, il y a néanmoins nécessité pour la visée éthique de passer les actes humains par le crible de la norme ; enfin, c’est à la sagesse pratique qu’on recourt en dernier ressort pour l’appréciation du juste. C’est avec l’intime conviction que s’exerce le jugement en situation. Ce n’est plus ni au bon ni au légal, mais c’est à l’équitable, figure du juste dans des situations d’incertitude, que revient le dernier acte de la justice.
La justice naît par un sens de la justice et s’achève dans la conviction après un détour par les lois. L’appréciation du juste passe ainsi du bon au légal, puis du légal à l’équitable, comme un au-delà de la norme. La justice est libérée de l’enfermement dans les structures objectives et d’obligation. Certes, la légitimité d’un recours à la norme réside dans la nécessité d’empêcher, de maîtriser tout les revers qui contrarieront la visée éthique dans sa tension vers le bien universel. En définitive, la règle de justice consacre et règlemente le parcours de la vie bonne, le souhait de l’homme de vivre bien dans des institutions justes. Le formalisme procédural qui découle de la règle n’est pas une fin en soi, il n’est qu’une garantie convenue en vue du bon déroulement de la vie dans des conditions de justice.
Emmanuel AVONYO, op
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17
Jan
Posted by ACADEMOS in CULTURE, ETHIQUE, METAPHYSIQUE, PHILOSOPHIE, PHILOSOPHIE MORALE ET POLITIQUE. Tagged: Histoire et vérité, injustice, libéralisme primaire, morale de la communauté, morale privée, Paul Ricoeur, pensée pour Haïti, société de la prévision. Leave a comment
« C’est ainsi que notre éthique se trouve cassée en deux : d’une part nous protégeons des zones de liberté d’initiative, non reliées à la communauté, d’autre part nous fulminons contre le désordre, l’injustice, la souffrance ; nous vivons ainsi sous le régime de deux morales : une morale privée et une morale de la communauté. »
Paul Ricœur, Histoire et Vérité
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GRILLE DE LECTURE
Cette pensée de Paul Ricœur interroge d’autant plus que ce ne sont pas des situations de désordre, d’injustice, de souffrance ou de libéralisme primaire qui seraient des denrées rares dans le monde où nous vivons. Beaucoup s’attachent à défendre les libertés individuelles. Ils sont encore nombreux à se plaindre du fait que les politiques ont échoué à instaurer la justice. Sur un tout autre plan, un peu partout, en Afrique ou en Amérique, en Irak ou en Haïti, dans l’enclave du Cabinda ou sur la base navale de Guantanamo, on fait l’expérience des limites de nos choix éthiques. Ici ou ailleurs, s’infiltrent dans nos rangs l’irrationalité de la violence, l’absurdité de la mégalomanie et le spectre des scènes de désolation, induits par la négligence ou la complicité de l’homme.
Ce qui se passe en Haïti mérite quelque attention de notre part : colère et désespoir gagnent la population haïtienne face aux lenteurs de la distribution de l’aide arrivée du monde entier, après le séisme du 12 janvier qui pourrait avoir fait jusqu’à 50’000 morts, selon une estimation toujours très provisoire de la Croix-Rouge. Des corps inertes aux cris inaudibles gisent sous des gravas. Et pourtant les ressources financières ne manquent pas, et les institutions spécialisées dans le secours international en appellent toujours aux fonds. Enfin ! Je n’en sais pas grand-chose.
Mais prenant pour élément explicitant la situation dramatique que traverse le peuple haïtien, on peut bien se demander si notre monde est régi par une morale à double ou à triple vitesse. A quoi sert tout l’arsenal de prévision des géologues et spécialistes des questions sismiques ? A-t-on vu venir cette catastrophe ? Qu’ a-t-on fait pour prévenir les populations ou pour les évacuer ? Les gardiens de la sécurité mondiale se font entendre lorsqu’un nigérian embarque dangereusement à bord d’un avion à destination de la terre promise. Mais sincèrement, personne ne semble a priori préoccupé par les catastrophes atmosphériques et humanitaires qui s’annoncent et dont on connaît par le génie de la science le degré de nuisance.
L’assertion de Paul Ricœur nous sert évidemment de prétexte pour nous intéresser au sort de ceux qui souffrent. Ne voyez-vous pas que ce qui arrive est la marque d’une société sans prospective, sans plan éthique pour l’avenir ? L’Homme doit-il demeurer le parent pauvre de nos programmes politiques ? Il n’y a que le libéralisme économique qui nous préoccupe, un modèle de liberté construit sur la concurrence économique. Peu importe ceux qui n’ont rien à offrir. Haïti ne peut pas être une priorité. L’oubli de l’homme, c’est-à-dire les hommes contre l’humain, est le lieu de l’éclatement de la morale, de la cassure de l’éthique. Peut-être est-il temps de rectifier notre compréhension de la liberté et fonder une société de la prévision et de la décision rationnelle.
Emmanuel AVONYO, op
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9
Jan
Posted by ACADEMOS in CULTURE, ETHIQUE, PHILOSOPHIE, PHILOSOPHIE MORALE ET POLITIQUE. Tagged: art et marxisme, Herbert Marcuse, l'art et la politique, l'art social, L’autonomie de l’art, La dimension esthétique, société unidimensionnelle et art. Leave a comment
« L’autonomie de l’art reflète le manque de liberté des individus d’une société non libre. S’ils étaient libres, l’art serait la forme et l’expression de leur liberté. L’art reste marqué par le manque de liberté ; c’est en s’opposant à ce manque que l’art acquiert son autonomie. »
Herbert Marcuse, La dimension esthétique
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GRILLE DE LECTURE
La dimension esthétique de Herbert Marcuse se veut une critique de l’orthodoxie dominante dans l’esthétique marxiste. Le marxisme interprète la qualité et la vérité d’une œuvre d’art par rapport à la totalité des rapports de production en vigueur, par rapport au tableau social. L’esthétique marxiste est conditionnée par une situation de classe. Ainsi, l’art est voué à réifier une perception du monde qui aliène les individus. Marcuse ne partage pas cette orientation de l’œuvre d’art. Pour lui, dans l’art, vérité et autonomie sont interdépendantes. Et l’œuvre d’art ne peut avoir de pertinence politique que dans son autonomie.
Cette critique de l’esthétique marxiste part de la théorie marxiste elle-même, elle envisage aussi l’œuvre d’art dans le contexte des relations sociales et lui assigne un potentiel politique et idéologique. L’art qui est prôné ici est celui qui appartient à l’imagerie de la libération sociale. L’art doit émanciper la sensibilité, l’imagination et la raison dans toute leurs subjectivité et objectivité. La fonction critique de l’art réside dans sa contribution à la lutte pour la libération, et cette dernière dépend de la forme esthétique qui éloigne l’art de la lutte des classes et conquiert son autonomie.
En cela, l’art doit être révolutionnaire et prendre part à la lutte pour la libération des individus d’une société oppressée. C’est là où se trouve la vérité de l’art. Il doit briser l’entrelacs de destruction et de soumission sociales afin d’en affranchir les individus. L’art reflète ainsi le manque de liberté d’une société. La vérité de l’art gît dans son pouvoir de rompre le monopole de la réalité établie. Mais il convient de rappeler que le monde esthétique est celui d’un principe de réalité différent. Il combat toute réification. C’est le monde de la contre-conscience, de la négation de l’esprit réaliste-conformiste.
En clair, contre les déceptions du monde, Herbert Marcuse veut, à travers un art rénové, appeler à la promesse de vie, souvenir d’un bonheur qui fut jadis et qui veut faire retour. Pour être pleinement politique, l’art doit maintenir en lumière le but que doit se fixer la praxis et toujours revendiquer l’énonciation de sa propre vérité. L’autonomie de l’art est le lieu de justification de sa forme et de sa subjectivité. L’art n’est autonome que s’il combat pour la liberté. Marqué par les stigmates sociaux, il doit inviter à une sublimation esthétique et émancipatrice de la réalité unidimensionnelle.
Emmanuel AVONYO, op
L’academos
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5
Déc
Posted by ACADEMOS in CULTURE, ETHIQUE, METAPHYSIQUE, PHILOSOPHIE, PHILOSOPHIE MORALE ET POLITIQUE. Tagged: Emmanuel AVONYO, Epicure à Bentham, Georges Tanesse, John Stuart Mill, l'utilitarisme, plaisir, utilité. Leave a comment
« C’est tout ce que mérite la bévue des ignorants qui supposent qu’en adoptant l’utilité comme critérium du bien et du mal, les utilitaristes donnent à ce mot le sens étroit et propre de la langue familière, qui oppose utilité au plaisir. »
JOHN STUART MILL, L’utilitarisme
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GRILLE DE LECTURE
Il n’est pas aisé de saisir ce que John Stuart Mill insinue dans ce passage. Nous savons que ce philosophe utilitariste à une réputation particulière. Georges Tanesse dit de lui qu’il un disciple indocile, plus brillant par son caractère que par sa clairvoyance. Il s’est très vite écarté de la ligne de son maître Bentham au moment de l’élaboration de sa philosophie pratique. Il s’est permis par exemple de reprocher à son père comme à son maître dans un ouvrage sans auteur de n’avoir eu qu’une vision très incomplète de la réalité. Le sentiment moral, l’obligation du devoir et la conscience morale leur auraient échappé.
Le philosophe John Stuart Mill n’a pas toujours défendu en l’état la doctrine utilitariste. Mais dans la pensée que nous analysons, il semble prendre la défense de l’utilitarisme. Il convient de savoir contre quoi il prend le parti utilitariste. Il s’excuse d’abord auprès des philosophes parce que les utilitaristes leur auraient donné l’impression d’opposer utilité et plaisir, alors que l’utilitarisme est traditionnellement accusé de réduire l’utilité au plaisir. John Stuart Mill y voit un contresens qu’il faut élucider. Pour lui, d’Epicure à Bentham, utilité rimait avait plaisir comme absence de douleur. Il reproche en réalité aux philosophes qui entretiennent cette confusion concernant l’utilitarisme leur légèreté d’esprit et leur prétention. C’est par ignorance qu’ils ont fait de ce terme un usage aussi erroné.
Ensuite, pour sauver l’utilitarisme de cet avilissement, John Stuart Mill ne s’est pas contenté de blanchir sa famille spirituelle. Il s’attaché à purifier la notion de plaisir. Que le bonheur soit la fin de l’action humaine, il ne trouve rien à redire. Mais il refuse de l’identifier à la satisfaction des désirs sans distinction de qualité. Pour lui, une hiérarchie de dignité entre les tendances s’impose. C’est à une redéfinition de l’utilitarisme qu’il a procédé, mais après avoir adressé des invectives à leurs prétentieux détracteurs.
Emmanuel AVONYO, op
Pensée du 04 décembre
L’academos
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29
Nov
Posted by ACADEMOS in CULTURE, ETHIQUE, PHILOSOPHIE, PHILOSOPHIE MORALE ET POLITIQUE. Tagged: bonheur, philosophie politique et Etat, Politique, Politique et Bien, téléologie de l'Etat, visée de la politique. Leave a comment
« La politique ne révèle son sens que si sa visée – son télos – peut être rattachée à l’intention fondamentale de la philosophie elle-même, au Bien et au Bonheur »
PAUL RICOEUR, Histoire et vérité
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GRILLE DE LECTURE
Cette pensée de Ricœur a un accent aristotélico-platonicien remarquable. Elle renvoie tout au moins à la conception de la politique chez les Grecs. Platon ordonnait la politique au Bien et au Bonheur, et ce sont les philosophes qui étaient les plus aptes à accomplir ce dessein politique. La philosophie vise au Bonheur qui découle de la contemplation du soleil du Bien. Le télos de la politique doit rencontrer l’intention fondamentale de la philosophie pour atteindre sa finalité. Deux types de rapprochements sont perceptibles dans cette idée de Ricœur :
Premièrement, Ricœur semble mettre côte à côte « la politique » et « la rationalité », dans une relation de réciprocité symétrique. Depuis les Grecs, nous savons que la politique ne peut pas être exclue du champ du raisonnable et du discours philosophique sous peine de voir la raison chavirer et la politique tomber en déliquescence. Aristote pensait que tout Etat est une société dont le principe est la recherche d’un bien car toutes les actions de l’homme ont pour fin ce qu’il estime un bien. Par le bien politique, les hommes poursuivent un bien qu’ils ne sauraient atteindre autrement, et ce bien est une patrie du bonheur, et par ricochet, celle de la raison.
Deuxièmement, mettre ensemble « politique » et « rationalité » appelle à conjoindre « philosophie politique » et « Etat ». L’Etat auquel Ricœur se réfère implicitement ici n’est pas une totalité oppressive mais « le tout » comme « universalité des citoyens », le « seuil de la citoyenneté », le « seuil de l’humanité ». Le télos de la politique qui se réalise dans un Etat, est ainsi rattaché à l’intention même de la philosophie. Il n’est donc pas surprenant que la philosophie politique soit déterminée à chercher son sens et sa visée comme fin de l’Etat et de tout le corps politique, puisque l’homme sans patrie, sans Etat, serait détestable.
Aujourd’hui, nous comprenons mieux qu’une philosophie politique puisse être gouvernée par une téléologie de l’Etat, de la chose publique et de l’ultime visée des hommes. Il faut retrouver dans la téléologie de l’Etat, dans l’association du politique et de l’éthique, la manière irréductible de la politique de contribuer à l’humanité de l’homme. Car, selon Ricœur, la spécificité de la politique ne peut apparaître que dans ce télos. L’humanité advient à l’homme par le moyen du corps politique.
Emmanuel AVONYO, op
Pensée du 28 novembre
L’academos
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25
Nov
Posted by ACADEMOS in CULTURE, ETHIQUE, PHILOSOPHIE, PHILOSOPHIE MORALE ET POLITIQUE. Tagged: déontologisme, Emmanuel AVONYO, Justice comme équité, justice procédurale pure, principe d'équité, principes de justice, Système de coopération. Leave a comment
« Le rôle du principe d’équité des chances est de garantir que le système de coopération est un système basé sur une justice procédurale pure. »
John Rawls, Théorie de la justice
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GRILLE DE LECTURE
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Emmanuel AVONYO, op
Pensée du 24 novembre
L’academos
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24
Nov
Posted by ACADEMOS in CULTURE, ETHIQUE, METAPHYSIQUE, PHILOSOPHIE, PHILOSOPHIE MORALE ET POLITIQUE. Tagged: action, André COMTE-SPONVILLE, Aristote, contemplation, Emmanuel AVONYO, fins, habileté technique, Kant, La prudence chez Aristote, morale, moyens, Pierre Aubenque. Leave a comment
« Le prudent d’Aristote est plutôt dans la situation de l’artiste, qui a d’abord à faire, pour vivre dans un monde où il puisse être véritablement homme. La morale d’Aristote est, sinon par vocation, du moins par condition, une morale du faire, avant d’être et pour être une morale de l’être. »
Pierre Aubenque, La prudence chez Aristote
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GRILLE DE LECTURE
Difficile de réfréner son plaisir devant l’hommage que le disciple rend à son maître. La prudence chez Aristote est un des traités de morale les plus consultés sur Aristote. Pierre Aubenque place la prudence au centre de la morale aristotélicienne. Et cette prudence n’est pas à confondre avec la passivité ou la morale couarde du moindre risque. Si elle se rapporte à l’être, c’est d’abord à un être conscient de la part active qu’il doit prendre dans le cosmos. Aristote ne confond pas la vie morale avec la contemplation sans action, ni avec la volonté droite, s’il en est une. Pour lui, la vie morale commande d’adapter constamment les fins aux moyens et les moyens aux fins. Et c’est à cela que sert la prudence.
Cette définition de la prudence fait penser aux sages stoïciens qui se considéraient comme « une œuvre d’art » reflet d’un monde achevé. L’homme aristotélicien n’est pas a priori un sage. Aucun savoir humain ne peut combler l’abîme qui sépare l’homme de la sagesse. A défaut, il peut être au moins prudent. Cela requiert que l’homme agisse, faute de mieux. Pour Pierre Aubenque, vu la contingence du monde, et en attendant le pouvoir de réaliser en nous-mêmes l’ordre que nous contemplons dans le Ciel, il nous appartient d’ordonner le monde nous s’engageant prudemment en lui selon le vœu d’Aristote.
Aristote distingue l’habileté technique, indifférente à ses fins, de la prudence qui est morale dans ses fins comme dans ses moyens. Après Aristote, Kant définissait la prudence comme l’habileté dans le choix des moyens qui nous conduisent à notre propre bonheur. La morale est de l’ordre de action, et la prudence, du travail. La morale de la prudence vise l’être, le bonheur. La prudence est pour ce faire une vertu de l’action et de l’être. L’homme ne se rationalise que dans un faire qui vise l’être. C’est cette idée de prudence qui a sans doute inspiré André Comte-Sponville lorsqu’il écrivait que le principe de précaution n’est pas un principe d’inhibition mais de l’action. C’est pourquoi « le risque zéro, c’est de n’être pas né, ou d’être déjà mort. Vivons donc prudemment, mais sans nous laisser paralyser par la peur. »
Emmanuel AVONYO, op
Pensée du 23 novembre
L’academos
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23
Nov
Posted by ACADEMOS in CULTURE, ETHIQUE, METAPHYSIQUE, PHILOSOPHIE, PHILOSOPHIE MORALE ET POLITIQUE. Tagged: Bentham, Bergson, John Stuart Mill, l'utilitarisme, plaisir, problème moral. Leave a comment
« Depuis l’origine de la philosophie, la question du « summum bonum », ou, en d’autres termes, du fondement de la morale, a été considéré comme le plus important des problèmes posés à la pensée spéculative »
John Stuart Mill, L’utilitarisme
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GRILLE DE LECTURE
L’utilitarisme de John Stuart Mill a été publié en 1863. Sa philosophie pratique y a acquis sa forme définitive. Ce disciple de Bentham, fidèle à la tradition empiriste anglaise, est un des tenants de la morale utilitariste. En consacrant sa réflexion à l’expérience morale, il s’est attelé à donner à la morale une conscience, le sentiment d’un devoir et d’une obligation morale. Car depuis l’origine de la philosophie, depuis le temps où le jeune Socrate écoutait le vieux Protagoras, le problème central de la pensée aura été la question du critérium du bien et du mal.
Mais la pensée spéculative lui paraît avoir été incapable de faire face adéquatement à ce problème axiologique, qui a divisé selon lui d’éminents penseurs en sectes et écoles dressées les unes contre les autres. Même si une situation analogue règne dans beaucoup d’autres sciences, il lui importe qu’un fondement soit fourni à la morale. Ce critérium du bien devrait permettre de déterminer avec certitude ce qui est bien ou mal. L’attachement de John Stuart Mill à la morale (au problème moral) s’explique par l’importance qu’elle revêt dans le champ de l’action humaine.
Comme Bergson, John Stuart Mill pensait qu’il fallait agir en homme de pensée et penser en homme d’action. Au sein du courant utilitariste, il était un révolutionnaire par rapport à son maître Bentham. Pour John Stuart Mill, il ne s’agissait pas seulement de chercher le bonheur du plus grand nombre en identifiant toujours l’intérêt de l’individu à l’intérêt universel, mais il était aussi convaincu qu’on trouve d’autant mieux le bonheur personnel qu’on le cherche moins, et que l’on le trouve en travaillant à l’amélioration de la condition humaine. Il s’est battu entre autres pour le suffrage des femmes, la représentation proportionnelle, les réformes de structure orientées vers le socialisme.
Emmanuel AVONYO, op
Pensée du 22 novembre
L’academos
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