Archive for the ‘SAGESSE’ Category

Pensée du 08 décembre 10

« Nous appelons personnaliste toute doctrine, toute civilisation affirmant le primat de la personne humaine sur les nécessités matérielles et sur les appareils collectifs qui soutiennent son développement ».

Emmanuel MOUNIER, Manifeste du personnalisme.

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GRILLE DE LECTURE

Le personnalisme est un courant de pensée qui pose l’absoluité de la personne. Il veut donc affirmer le caractère absolu de la personne humaine. Nous savons qu’une personne est un individu en relation, en rapport avec les autres. C’est dire qu’une personne ne peut qu’être relationnelle. La relation est au cœur de tout ce qui est fait pour son bonheur, son développement, son mieux-être social. L’absoluité de la personne humaine vient dire aussi l’absoluité de sa vie, de son existence. Nous pensons alors que tout ce qui constitue sa vie, son existence, ses réalités, son histoire est absolu, c’est-à-dire qu’il n’est pas à relativiser. Il prime absolument sur tout.

Toutes les actions qui concernent la personne humaine ne peuvent avoir de sens que si elles sont orientées vers la personne humaine. Dans cette pensée que nous sommes en train de méditer, Mounier veut nous montrer que toute entreprise concernant la personne ne peut la surpasser, se passer de ses réelles aspirations existentielles.  La personne doit être à l’origine, au centre et à la fin de tout cela. Une civilisation, une quelconque œuvre, un quelconque faire ne peut faire et ne doit faire fi de la personne humaine. Tout doit être orienté vers elle. Le personnalisme vient rappeler que toutes les politiques, toutes les entreprises humaines sont pour la personne humaine.

On peut dire que la personne humaine est aux yeux du personnalisme « sacrée » et son être, « sacré ». Le développement en société ne sera développement que dans la mesure où il prend en compte la personne humaine. Dans cette ère de la technologie pointue, le personnalisme tire la sonnette d’alarme pour la considération de la personne. La vie humaine n’est pas à dénaturer. La personne n’est pas à aliéner, à dénaturer. Tout doit se faire par l’homme et pour l’homme. La recherche effrénée des produits, du matériel de tout genre (posé comme ce qui est visé et donc ce qui est absolument la fin des entreprises technoscientifiques) est un dérapage. Tout ce qui menace la vie humaine, la personne humaine doit être banni pour son bonheur. La personne est valorisée dans toute conception personnaliste. La personne comme un être « absolu » prime sur tout.

Mervy AMADI, op

 

 

 

 

 

Pensée du 07 décembre 10

« Aux yeux de Spinoza, comme chez Hobbes, l’état de nature est l’état de guerre de tous contre tous. C’est ce qui motive la formation du contrat social, notion nouvelle, fruit de l’individualisme, sur laquelle se concentrent les réflexions politiques pendant plus d’un siècle. Mais au contraire du philosophe anglais, Spinoza ne croit pas aux ressources morales des citoyens contractants, capables d’observer des lois naturelles pour autant que le pouvoir assure le respect des règles du jeu. La société doit selon lui disposer du pouvoir absolu. »

Daniel Cornu, Journalisme et vérité, p. 158.

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Pensée du 06 décembre 10

« Ce que nous appelons mérite n’est pas le fait immédiat de l’homme. L’homme ne peut être riche en mérite que parce qu’il est déjà ordonné au Poème, à la Dichtung. Hölderlin saisit le Poème comme la nomination des dieux et de l’essence des choses, une nomination fondatrice. Au poème est conféré le triple sens du don (Das Geschenk), de la fondation (Die Gründung) et de l’emprise (Der Einfluss). Le don est ici l’acte par lequel l’homme est comblé et se voit dépris de tout mérite personnel. La fondation est l’acte qui soutient l’homme pour le faire et le maintenir comme homme en vue d’un destin déterminé. Quant à l’emprise, elle désigne le pouvoir du Poème de demeurer présent dans le monde, à demeurer la matière même qui fait et règle l’homme comme homme. »

Kouadio Augustin DIBI, Esthétique : la question du beau (Cours inédit)

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Pensée du 05 décembre 10

« Et d’abord je voudrais dire l’étonnement du philosophe. Celui-ci vit dans l’épreuve du doute et la blessure de l’absence, il s’épuise dans une pratique du détachement et de l’abandon des évidences communes, il doute non seulement des réponses acceptées par tous, mais aussi des questions et de la manière de poser ces questions. Et ce philosophe rencontre des femmes et des hommes qui partagent avec lui la même exigence de rationalité et qui pourtant lui parlent d’attachement et de fidélité à la vérité comme si elle était une personne. Comme s’il était de l’essence de la spéculation rationnelle de s’abîmer dans la contemplation amoureuse d’un visage. »

Yves CATTIN, « La théologie et l’exil de la parole ».

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Pensée du 04 décembre 10

« L’Homme est un être de désir. Le travail ne peut qu’assouvir des besoins. Rares sont les privilégiés qui réussissent à satisfaire les seconds en répondant au premier. Ceux-là ne travaillent jamais. »

Henri Laborit, Eloge de la fuite

(http://penser.over-blog.org)

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Pensée du 03 décembre 10

« Toutes ensemble, vérités morales proprement dites, et vérités métaphysiques, forment ce que l’on peut appeler l’ordre des choses morales. »

Léon OLLE-LAPRUNE, De la certitude morale, Editions universitaires,  Bégédis, 1989.

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GRILLE DE LECTURE

Ollé-Laprune appelle vie morale tout exercice de l’activité humaine où se trouve impliquée l’idée du devoir. En effet, on désigne par « morales » toutes les actions humaines soumises à une règle de conduite. Une action libre de l’homme est une action morale par excellence parce que la liberté est toujours l’indice d’une règle de conduite assumée. Ainsi, Ollé-Laprune nomme « vérités morales » ou « vérités de l’ordre moral » toutes les vérités qui apparaissent comme des lois ou des conditions de la vie morale.  Que l’on dise par exemple que la vertu, en tant que la constance dans le bien moral, appelle le bonheur et que la constance dans le mal moral dispose au malheur, l’on affirme des vérités morales. Elles apparaissent comme des conditions de la vie morale dans la mesure où toutes les actions morales humaines se lisent à travers ce prisme du mérite attaché au bien ou au mal. Quant aux vérités dites métaphysiques (la volonté libre, l’éternité de Dieu, l’immortalité de l’âme…), elles sont celles qui touchent aux choses transcendantes, aux choses les plus élevées et parfois, les plus inaccessibles à l’homme. On se rappelle que « métaphysique » ou « philosophie première » (science de l’Etre) désignait chez Aristote la rubrique de classement réservée aux questions générales et plus élevées, aux questions supraphysiques, transphysiques, ou surnaturelles, pourrait-on dire. Le mot métaphysique continue aujourd’hui de caractériser ce mode supérieur de connaissance dont les conclusions ne sont pas vérifiables par les sciences expérimentales.

La métaphysique savante, écrit Ollé-Laprune, n’est le partage que de quelques esprits : « elle soulève des questions auxquelles le vulgaire ne pense pas ou demeure indifférent ; elle parle un langage qui n’est compris que des initiés ; elle se complait en des spéculations si éloignées du raisonnement des hommes qu’elle semble un fantôme propre à épouvanter les gens. »  Mais notre auteur soutient que lorsqu’on ôte ces formes savantes, on ne trouve au fond rien qui ne soit proprement humain. La métaphysique, prise en ce qu’elle a d’essentiel, est présente partout où l’homme se trouve. C’est pourquoi les vérités morales qui concernent les conditions de l’action humaine et les vérités métaphysiques forment ensemble l’ordre moral. Les vérités métaphysiques sont aussi des vérités morales. Se demander quelle est la fin de l’homme c’est aussi rechercher la fin de son action présente. De même l’homme ne peut pas se considérer sérieusement sans s’interroger sur ce qui le soutient. Nous remarquons que Ollé-Laprune ne se limite pas à la considération des notions morales elles-mêmes qui constituent la science des mœurs, mais il montre que les vérités morales supposent les vérités métaphysiques. Et il semble que ces vérités métaphysiques n’aient d’intérêt que prises dans leur rapport avec la moralité. Kant postulait à juste titre l’existence de Dieu pour donner sens à l’activité morale de l’homme. Puisqu’il est parfois difficile de voir la vertu et le bonheur coïncider, c’est-à-dire de trouver un homme vertueux totalement heureux, Kant se laisse convaincre qu’il doive exister un Dieu tout puissant qui récompense la vertu et châtie le méchant dans l’au-delà.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 02 décembre 10

« A un autre niveau, bien au-delà des structures étatiques, la démocratie est aussi un mode de fonctionnement qui touche l’ensemble du tissu social : familial, éducatif, associatif, économique et culturel. Dans tous ces domaines, l’exigence démocratique substitue au principe hiérarchique le principe de la diversité des fonctions et des services sur le fond d’une égale dignité ; la pratique de la concertation et de la participation tend à remplacer l’exercice autoritaire du pouvoir… La démocratie peut encore être envisagée comme une culture vivante ; elle est faite d’opinions, d’attitudes et de valeurs à l’intérieur des sujets qui les disposent à la liberté d’expression et à la prise d’initiative aussi bien qu’au dialogue et à la reconnaissance d’autrui. On peut parler, à cet égard, d’un éthos démocratique ; la démocratie est une manière culturelle d’assumer son existence. »

André FOSSION, Dieu toujours recommencé.

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Pensée du 01 décembre 10

« La source de la pulsion se trouve dans l’excitation d’un organe, et son but prochain est l’apaisement d’une telle excitation organique. »

Sigmund FREUD, Trois essais sur la théorie de la sexualité, trad. par B. Reverchon-Jouve, Gallimard, 1986.

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GRILLE DE LECTURE

Freud constate que les parties purement psychologiques de la psychanalyse, c’est-à-dire celles qui sont relatives à l’inconscient, au refoulement, au conflit déterminant des troubles morbides, au mécanisme de la formation des symptômes des maladies, sont généralement admises par les chercheurs, mais que la partie de la doctrine psychanalytique touchant à la biologie rencontre l’opposition de nombreux adversaires. Il entreprend dans ses Trois essais sur la théorie de la sexualité de souligner le rôle déterminant de l’élément sexuel dans la vie normale et pathologique de l’homme. En biologie, on désigne et explique les besoins sexuels de l’homme et de l’animal par « pulsion sexuelle ». Mais de même que le mot « faim » caractérise la pulsion de nutrition, on appelle « libido » la « faim sexuelle » (pulsion de sexualité). L’opinion populaire affirme que la pulsion sexuelle se forme à la puberté et en rapport étroit avec les processus qui mènent à la maturité. Ainsi, elle se manifeste sous la forme d’une attraction irrésistible exercée par l’un des sexes sur l’autre, et son but serait l’union sexuelle. Freud montre ici de façon plus générale que « la source de la pulsion se trouve dans l’excitation d’un organe, et son but prochain est l’apaisement d’une telle excitation organique ». Mais il faut bien nuancer la position de Freud.

En effet, Freud entend par « pulsion » « le représentant psychique d’une source continue d’excitation provenant de l’intérieur de l’organisme ». L’excitation d’un organe ne doit pas faire penser a priori à une excitation physique car la pulsion est à la limite des domaines psychique et physique. L’excitation extérieure, physique, est différente de l’excitation intérieure, psychique. La première est discontinue alors que la seconde est continue. Cette dernière peut néanmoins être apaisée par le but sexuel, c’est-à-dire par l’acte auquel pousse la pulsion sexuelle. L’union sexuelle est donc souvent considérée comme le but par excellence de la libido. Toutefois, Freud s’attache à montrer dans l’ouvrage que nous citons que nous commettons une grave erreur lorsque nous établissons des liens trop intimes entre la pulsion sexuelle et l’objet sexuel (la personne qui exerce l’attrait sexuel). Selon Freud, l’attraction que des personnes peuvent exercer l’une sur l’autre n’empêche pas de penser que la pulsion sexuelle puisse exister indépendamment de son objet et que son apparition ne soit pas déterminée par des excitations venant de son objet. La pulsion peut contenir par elle-même son objet. N’est-ce pas pour cette raison que la pulsion sexuelle est autoérotique, surtout chez les enfants ? A ce titre, elle peut s’orienter vers un objet non sexuel. La sublimation de la sexualité indique que l’attraction sexuelle peut s’orienter vers des buts non sexuels. Nietzsche semble donner une explication à cette idée de Freud lorsqu’il écrivait que l’art, le jardinage et certaines activités peuvent épanouir les pulsions sexuelles.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 30 novembre 10

« Dans bien des affaires–malheurs aujourd’hui (le sang contaminé, le stade de Furiani, etc.) on cherche les coupables. C’est une tâche nécessaire de la justice. Mais il faudrait prendre garde à ne pas faire de cette justice–là une manière de se laver les mains collectivement, sur des boucs–émissaires. Il y a une sorte de « responsabilité structurale », de responsabilité partagée. La justice doit aussi dire cela, et ne pas faire de l’Etat une sorte de Père qui laisserait croire que tout peut être puni, récompensé, rétribué. Mais la responsabilité collective ne doit pas non plus être la forêt qui cache l’arbre (ce fut la technique nazie, à la fin de la guerre, de faire méthodiquement que tout le monde soit coupable, pour que personne ne le soit). Entre la « responsabilité structurale » et la « responsabilité singularisée » (la différence infinie qui distingue chaque responsabilité), il faut ainsi définir une sorte d’échelle des responsabilités, qui permette à chaque fois de distinguer le degré de responsabilité des uns et des autres. »

Olivier Abel, Le pardon vient après la justice, Publié dans Alternatives non-violentes n°84 sept. 92.

(http://olivierabel.fr/supplement/le-pardon-vient-apres-la-justice.html)

Pensée du 29 novembre 10

« Si l’on dépouille un arbre de sa couronne, il devient flétri et chenu et les oiseaux abandonnent ses branches. Notre famille était privée de son chef, toute joie disparut de nos cœurs et une profonde affliction régnait en nous. »

Friedrich NIETZSCHE, in Christophe BARONI, Ce que Nietzsche a vraiment dit, Verviers, 1975.

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GRILLE DE LECTURE

Cette pensée de Nietzsche est une interprétation psychanalytique de la mort de Dieu. Dieu que l’on considère dans la culture judéo-chrétienne comme le Créateur de l’homme, est présenté ici comme un père de famille dont l’absence afflige ses protégés. Comme les oiseaux qui abandonnent un arbre dépouillé de sa couronne verdoyante, un arbre flétri et chenu, les enfants du « père », c’est-à-dire « les meurtriers de Dieu », sont attristés et désemparés. La mort de Dieu inaugure un tournant dramatique dans l’évolution de l’espèce humaine pour celui qui en pressent les conséquences. Nietzsche en est absolument convaincu. Non seulement les hommes seront attristés par l’absence de Dieu, mais ils seront durablement hantés par la présence absence de Dieu. Il affirmait dans le Gai Savoir : « Dieu est mort : mais telle qu’est l’espèce humaine, il y aura peut-être encore durant des millénaires des cavernes où l’on montrera son ombre. »  La brûlure de l’absence de Dieu se renforce par le complexe d’Œdipe : on se rappelle quelle intense culpabilité accompagne, selon Freud, le fantasme du meurtre du père chez tout garçon qui vit réellement mourir son père. Une profonde affliction règne en les hommes car la détresse des fils meurtriers de leur père – désormais privés de sa présence structurante – s’exprime fortement. Ils sentent l’espace vide de la putréfaction de Dieu souffler sur eux, ils ressentent le froid, ils entendent les bruits des fossoyeurs qui enterrent Dieu.

Dieu est mort et notre famille humaine se trouve privée de son chef. Les conséquences en matière de connaissance ne sont pas moins frappantes : on citera par exemple la déconstruction des certitudes et l’essor du relativisme moral. La mort de Dieu signifie sur les plans philosophique, culturel et moral, que les séculaires raisons de vivre et même les critères de la Vérité se sont évanouis. Dieu est mort, et ses succédanés ne survivront pas. Les notions de Bien, de Vérité, de l’Etre, de Morale, de Philosophie connaissent une profonde métamorphose. Non seulement la croyance au Dieu chrétien apparaît désormais incroyable, mais aussi la religion est ruinée par l’écroulement de ses fondations métaphysiques. Métaphysique et religion étant proches parentes, rejeter Dieu revient à rejeter l’Etre et la Vérité. A partir de Nietzsche, la tâche de la philosophie ne consiste plus à démontrer le caractère inconnaissable ou transcendant de la Vérité, mais à constater son inexistence. C’est à chacun de projeter un angle d’interprétation du vrai, ce qui est loin de s’imposer à tous. Le perspectivisme et le relativisme passent pour les meilleurs compagnons de route de l’esprit de déconstruction prôné par Nietzsche.

Emmanuel AVONYO, op