Archive for novembre, 2009

Pensée du 23 novembre 09

« Depuis l’origine de la philosophie, la question du « summum bonum », ou, en d’autres termes, du fondement de la morale, a été considéré comme le plus important des problèmes posés à la pensée spéculative »

John Stuart Mill, L’utilitarisme

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GRILLE DE LECTURE

L’utilitarisme de John Stuart Mill a été publié en 1863. Sa philosophie pratique y a acquis sa forme définitive. Ce disciple de Bentham, fidèle à la tradition empiriste anglaise, est un des tenants de la morale utilitariste. En consacrant sa réflexion à l’expérience morale, il s’est attelé à donner à la morale une conscience, le sentiment d’un devoir et d’une obligation morale. Car depuis l’origine de la philosophie, depuis le temps où le jeune Socrate écoutait le vieux Protagoras, le problème central de la pensée aura été la question du critérium du bien et du mal.

Mais la pensée spéculative lui paraît avoir été incapable de faire face adéquatement à ce problème axiologique, qui a divisé selon lui d’éminents penseurs en sectes et écoles dressées les unes contre les autres. Même si une situation analogue règne dans beaucoup d’autres sciences, il lui importe qu’un fondement soit fourni à la morale. Ce critérium du bien devrait permettre de déterminer avec certitude ce qui est bien ou mal. L’attachement de John Stuart Mill à la morale (au problème moral) s’explique par l’importance qu’elle revêt dans le champ de l’action humaine.

Comme Bergson, John Stuart Mill pensait qu’il fallait agir en homme de pensée et penser en homme d’action. Au sein du courant utilitariste, il était un révolutionnaire par rapport à son maître Bentham. Pour John Stuart Mill, il ne s’agissait pas seulement de chercher le bonheur du plus grand nombre en identifiant toujours l’intérêt de l’individu à l’intérêt universel, mais il était aussi convaincu qu’on trouve d’autant mieux le bonheur personnel qu’on le cherche moins, et que l’on le trouve en travaillant à l’amélioration de la condition humaine. Il s’est battu entre autres pour le suffrage des femmes, la représentation proportionnelle, les réformes de structure orientées vers le socialisme.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 22 novembre

L’academos

Sommaire

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Le billet de Mejnour 52

SYNTHESE

Philosopher, c’est être inquiet. C’est chercher la problématique secrète gisant au fond des êtres, des phénomènes et des choses. Berlin et la chute de son mur nous ont incités à parler de quelques unes des frontières factices érigées entre les hommes, leurs savoirs et leurs avoirs. Il serait évidemment prétentieux de croire qu’une semaine suffirait pour faire le tour de la question.

Il demeure cependant que l’activité du philosophe vise à « démocratiser » le pouvoir de penser librement le monde. L’enjeu est de taille. Et cela implique un travail de titan, une mobilisation de ressources énormes pour que l’éducation philosophique favorise l’avènement de personnalités au jugement sûr, défendant les valeurs inaliénables de l’humain.

Cette ne saurait s’accomplir sans quelque résistance. Mais, ainsi que l’écrit Rostand, « C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière ». Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 22 novembre 09

« La personne humaine est un être doué d’une forme s’enracinant dans une intériorité, déterminé par l’esprit en tant qu’il subsiste en lui-même et dispose de lui-même »

Romano GUARDINI, Le monde et la personne

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GRILLE DE LECTURE

Au sens étymologique, le mot personne qui vient du latin persona qui désigne les masques utilisés dans le théâtre antique pour permettre au public d’identifier le personnage que l’acteur incarnait sur scène. Ce masque servait également de porte-voix permettant ainsi aux spectateurs d’entendre les tirades déclamées par l’acteur. Cette notion de personnage a une dimension publique et sociale.

Quant à la pensée de Romano Guardini, elle semble nous suggérer que la personne est un absolu à l’égard de toute autre réalité matérielle ou sociale, et de toute autre personne humaine. Aucune autre personne, aucune collectivité, aucun organisme ne peut l’utiliser légitimement comme un moyen. L’homme est une forme, un individu doté d’une personnalité. Conçu comme une forme, l’homme est un être relationnel. Ses différents éléments constituent un système sous un double rapport structural et fonctionnel. L’homme s’insère lui-même comme un objet élaboré entre des objets élaborés, comme une unité mouvante entre des unités. L’être relationnel qu’est l’homme est doté de forme, c’est un être informé. Malgré son individualité, il n’est pas une figure opaque et fermée.

L’être individuel est certes déterminé par son centre, son intériorité d’où procèdent l’effort d’autoconstruction et le pouvoir de renfermement sur soi. L’intériorité permet à l’homme de se distinguer du monde extérieur et d’édifier son monde propre à lui à l’encontre des autres espèces. L’individualité fonde la valeur propre de l’homme. La personnalité humaine dépend de la caractérisation de l’individu par la conscience de soi. L’intériorité de l’homme n’est pas à confondre avec l’illusion d’une transparence totale à soi. L’homme qui prend conscience de son individualité réalise sa personnalité en société, dans le monde, selon Romano Guardini. Car une personne est un être social responsable de ses actes et de son être. C’est un être doué d’appréhension de sens. La personne est un sujet qui s’assigne la tâche de reconstruire le réel, le donné naturel par un effort de pensée, d’action et de création.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 21 novembre

L’academos

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Le billet de Mejnour 51

OMBRES ET LUMIERES

Fille de son temps, la philosophie s’est vue servir des causes de tous genres. On y a recouru pour des motifs plus ou moins nobles. C’est qu’aucune quête ne se réalise sans assumer quelques paradoxes.

La conscience philosophique est éminemment prométhéenne. C’est dire que le philosophe digne de ce nom est tenu d’assumer ses convictions, dût-il en mourir. Le philosophe devrait pouvoir dire non aux compromissions. Son activité devrait être entièrement consacrée à dispenser aux hommes les lumières de la connaissance.

Mais la condition humaine est fragile. A force de ruse, plus d’un pouvoir politique s’est assujetti le pouvoir philosophique. Malheureusement, par le fait de s’inféoder au politique la philosophie s’est aisément délestée de son étroite relation avec la liberté. C’est une ombre. Heureusement qu’il est encore des penseurs libres et hardis. Par qui les lumières de la sagesse éclairent la vie et l’histoire des hommes. Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 21 novembre 09

« Je jugeai que je pouvais prendre pour règle générale, que les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement, sont toutes vraies ; mais qu’il y a seulement quelque difficulté à bien remarquer quelles sont celles que nous concevons distinctement.»

René DESCARTES, Discours de la méthode

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GRILLE DE LECTURE

Par sa clarté, l’acte réflexif du « cogito » livre à Descartes la certitude qui justifie le doute qui le précède et fonde les découvertes qui suivent. Ayant abouti à cela, Descartes « jugea qu’il pouvait prendre pour règle générale que ce que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies. » Dans ses Principes de Philosophie, Descartes entend par idées claires et distinctes celles qui sont présentes et manifestes à l’esprit, et celles qui sont si précises qu’elles se qu’elles se distinguent nettement des autres.  C’est ainsi que doit être toute connaissance sur laquelle doit se porter un jugement indubitable.

La pensée des « idées claires et distinctes  est le propre de la raison. Tout ce que nous concevons à la lumière de la raison se veut clair et distinct, donc vrai. Tant que nous discernerons les choses clairement et distinctement, nous nous ne prendrons pas le faux pour le vrai.  Dans son Discours de la méthode, Descartes observe tout de même un écueil, il se rend bien compte qu’il y a quelque difficulté à bien remarquer quelles sont les idées que nous concevons clairement et distinctement. Comme s’il disait qu’il y a quelque difficulté à bien juger et à bien user de notre raison, de notre faculté de discernement. La difficulté réside dans la manière de considérer les choses, car il est difficile de considérer les choses comme il faut.

A la suite de la règle de l’évidence, Descartes se mit à réfléchir sur le fait qu’il doute. « En suite de quoi, faisant réflexion sur ce que je doutais. » Le doute nous est présenté comme une étape essentielle du parcours de Descartes. Il est même l’étape initiale de la recherche de Descartes. Pour s’assurer de la solidité de ses connaissances, il lui a fallu trouver une bonne fois pour toutes un fondement inébranlable à partir duquel il pouvait déduire tout le reste. Ainsi peut-on dire que la méthode cartésienne commence en réalité par la mise en doute systématique de toutes les connaissances qui nous semblent évidentes.

Le doute, c’est la mise en question et la réfutation volontaire et méthodique des connaissances. Il délivre de toutes sortes de préjugés ou de connaissances tâchées de germes obscurs. Il nous prépare le chemin pour accoutumer notre esprit à se détacher des sens et à s’élever à la certitude métaphysique, lieu de rencontre avec Dieu. Pour parvenir à la certitude du « cogito », Descartes s’est donc mis à douter de son savoir. Mais la nouveauté ici, c’est que Descartes fait réflexion sur le fait qu’il doute. Ce retour sur lui-même permet à Descartes de savoir qu’il n’était « pas tout parfait ». Il lui apparaît en pleine lumière que « c’était une plus grande perfection de connaître que de douter ».

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 20 novembre

L’academos

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Le billet de Mejnour 50

NON CONTRADICTION

La pensée occidentale a pour ancrage le principe aristotélicien de non contradiction. Cette exigence a rendu nécessaire l’érection de la clarté comme norme de discours. Puis est venue la nécessité de cheminer ensemble vers le bien penser. Dans la mesure où « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée », il est nécessaire de penser ensemble pour surmonter les contradictions qui, en dressant les hommes les uns contre les autres, favorisent la construction de remparts avilissants contre l’humain.

Notre époque doit également à la pensée des Lumières l’inestimable privilège de penser par soi, de réclamer pour l’homme la liberté qui lui est substantielle. Plus près de nous dans le temps, à la suite des Guerres, la question de l’intersubjectivité a investi le domaine de la philosophie où elle est encore très présente. Tout ceci ne visait, en définitive, qu’un objectif : que les hommes, faisant un judicieux usage de leur pensée, en viennent à surmonter leurs contradictions de tous ordre. Ce serait le gage d’un monde unifié, pacifié, lumineux. En attendant un tel monde, il est bon d’en rêver. Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 20 novembre 09

« Le sens de la recherche herméneutique est de dévoiler le miracle de la compréhension et non pas la communication mystérieuse des âmes ».

Hans Georg GADAMER, Le problème de la conscience historique

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GRILLE DE LECTURE

L’objectif que Gadamer assigne à son herméneutique est le comprendre en tant que tel. En passant, nous pouvons dire que Gadamer est tributaire de l’herméneutique existentiale du Dasein qu’avait élaborée Heidegger. Il suit l’analyse heideggérienne de la temporalité du Dasein, et souligne que comprendre n’est pas un mode de comportement d’un sujet parmi d’autres, mais un mode d’être du Dasein lui-même. Dans le même sens, on pourrait dire que l’herméneutique qui, pour Gadamer, est synonyme de compréhension est le mode d’être par excellence du Dasein.

En suivant Heidegger, l’herméneutique gadamérienne se démarque de l’herméneutique subjectivo-psychologique de Schleiermacher où il s’agit d’un acte divinatoire, de la communion mystérieuse des âmes. Pour Schleiermacher l’esprit dans son dynamisme créateur recèle toujours une marge inattendue. Et c’est ce qui doit orienter la tâche de l’herméneute. C’est en cela qu’il appelle à l’herméneute ou l’interprète d’une œuvre à s’identifier à la vie intérieure et extérieure de l’auteur de celle-ci par une approche quasiment divinatoire.

Gadamer fidèle disciple de Martin Heidegger jusqu’à un moment donné pense que la compréhension d’un texte est déterminée par la pré-compréhension de l’interprète. C’est pour cela qu’il considère que l’anticipation du sens qui nous amène à comprendre un texte n’est pas un acte subjectif, mais elle est déterminée par le lien commun avec la tradition. C’est en ce sens qu’il affirme que « Le sens de la recherche herméneutique est de dévoiler le miracle de la compréhension et non pas la communication mystérieuse des âmes ».

Mervy Monsoleil AMADI, op

Le billet de Mejnour 49

ABSTRACTIONS

Qu’exprime la réalité des murs ? La clôture d’une maison, par exemple, décrit une abstraction. Elle marque le fait que cette maison « se retire » d’un uni-vers. La clôture est un décret d’autarcie. Elle pose un absolu fragile exposé à des hostilités multiples et multiformes. Elle suppose une agression.

La pensée, lorsqu’elle se désincarne pour devenir allusions et suspicions, silence et distance, devient une abstraction. Elle convoque dans une collusion de l’anonymat des individualités qui auraient pu, par la confrontation entre leurs différences, construire un monde plus convivial. C’est ainsi que le concept devient idéologie pour forger dans les cœurs des murs insurmontables dont la chute est toujours et nécessairement fracassante.

L’homme, animal social, a le devoir de penser par soi. Ce devoir atteint sa perfection dans une pensée qui rencontre celle de l’autre, dans un souci d’édification intérieure mutuelle. Philosopher vraiment, c’est, à la manière des anciens, mettre en commun (communiquer) nos motifs d’étonnement. Concrètement. Et Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 19 novembre 09

« L’homme est inséparable des mots. Il est sans eux insaisissable. »

OCTAVIO PAZ, L’Arc et la Lyre

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GRILLE DE LECTURE

Octavio Paz nous livre dans ces quelques mots poétiques ce qu’est l’homme selon sa manière de voir les choses. Que serait l’homme sans les mots ? Telle est la question qui se dégage de cette pensée du jour. A la différence des animaux et autres êtres qui existent sur la terre, seul l’homme a ce privilège de posséder les mots. Les mots sont ce qui fait la spécificité de l’homme. L’homme se dit à travers les mots qu’il prononce. Il se laisse saisir pleinement dans les mots qui sont comme le corps de sa pensée. Les mots, à notre avis, sont le mode fondamental d’accomplissement de l’être-homme-au-monde. La perception de l’homme se fait de deux manières : l’une par la présence au monde, par son corps, l’autre par le langage qui trouve son lieu propre dans les mots. Sans les mots nous ne resterons que sur la première perception qui est la présence au monde. Cette saisie est cela qui est commun à tous les êtres qui existent ou qui sont au monde. Ce qui fait de l’homme qu’il est homme ce sont les mots à travers lesquels il s’exprime.

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Mervy Monsoleil AMADI, op

Le billet de Mejnour 48

STRATEGIES

Vingt et un siècles d’histoires ont offert à l’homme l’immense pouvoir de dompter la nature. Et de provoquer une inquiétude, toute moderne, appelée du beau nom d’écologie. En interrogeant l’écologie, que nous est-il donné de voir ? Il nous est moins donné de voir que de deviner une humanité perdue à la recherche de sa nature intrinsèque, de ses racines les plus fermes.

Etre homme, c’est pouvoir discerner, au-delà des parasitages de l’histoire et du progrès, ce par quoi l’autre me ressemble infiniment et m’assigne le devoir de ne point le tuer. Pour ne pas me suicider.

De là découlerait la vanité de cet art de la guerre : la stratégie. S’il est vrai que la victoire dépend, à la guerre, d’une bonne connaissance de l’ennemi, est-il encore besoin de l’abattre ? Le connaître, n’est-ce pas aussi être capable de le pacifier à force d’arguments ? Sur ce, Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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