« La presse, lorsqu’elle est libre, peut être bonne ou mauvaise ; mais assurément, sans la liberté elle ne sera jamais autre chose que mauvaise. »
Albert Camus, in Daniel Cornu, Journalisme et vérité, p. 89.
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GRILLE DE LECTURE
La presse a une mission essentielle : informer le citoyen, afin qu’il soit capable de former sa propre opinion. Or, cette mission ne peut être accomplie sans liberté. La liberté est d’autant plus importante qu’elle détermine les caractères de vérité et de justice de l’information. Le devoir premier du journaliste dans la recherche, la rédaction et le commentaire des événements est de respecter la vérité quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même. Le respect de la vérité s’impose à cause de la place décisive qu’elle occupe dans l’information et en raison du droit que le public a de connaître la vérité. La vérité est l’objet de la philosophie et des sciences depuis des lustres parce qu’elle est le moteur du progrès de l’esprit humain. La question se pose à juste titre de savoir à quoi servirait une information si elle n’est pas exacte et juste. Informer, c’est mettre en forme et renseigner, signaler un événement, apporter quelque chose de nouveau à la connaissance de l’auditeur ou du lecteur. Si l’information n’est pas exacte, elle est un leurre, une tromperie, un mensonge. Elle n’informe plus mais déforme l’homme. Si elle est un leurre, elle fait entorse à sa mission, elle n’est pas juste. Elle devient un facteur de manipulation et de propagande : elle manipule un message et manipule la conscience qui le reçoit.
Pour ne pas être un instrument de conditionnement totalitaire, la presse doit être libre, elle doit être vraie et juste. Un cercle se profile. La liberté étant la condition d’une information vraie et juste, sans la liberté, la presse ne sera jamais autre chose que mauvaise. Si le journaliste est libre, il ne lui sera pas toléré de se contenter d’informer. On attendra de lui une démarche active de recherche et de respect de la vérité, en tant qu’il y a un lien profond entre information et vérité. Certes, la liberté est essentielle à l’œuvre journalistique, mais elle n’est pas une potion magique. C’est dans ce sens que Camus affirme que quand elle est libre, la presse peut encore être mauvaise ou bonne. Une presse libre ne fait la preuve de sa liberté qu’en s’adonnant à l’éthique de l’information qui présuppose la liberté (il n’y a pas d’éthique sans liberté) et libère celui qui la reçoit. Pour Camus, si le journalisme est vraiment libre, il sera l’une « des plus grandes professions de ce temps » « dans la mesure où elle permet à des hommes de servir au plus haut niveau leur pays et leur temps. »
Emmanuel AVONYO, op
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