Archive for the ‘CULTURE’ Category

Pensée du 11 mars 10

« Presque partout où le système du totémisme est en vigueur, il comporte une loi d’après laquelle les membres d’un seul et même totem ne doivent pas avoir entre eux de relations sexuelles, par conséquent ne doivent pas se marier entre eux. »

Sigmund Freud, Totem et tabou.

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GRILLE DE LECTURE

Le totémisme est une organisation sociale ou religieuse fondée sur le totem. Cette organisation peut être une tribu, un clan, ou un groupe social quelconque. Le totem est d’une façon générale un animal, comestible, inoffensif ou dangereux et redouté, plus rarement une plante ou une force naturelle (pluie, eau), qui se trouve dans un rapport particulier avec l’ensemble du groupe. Le totem est souvent considéré, soit comme l’ancêtre du groupe, soit comme son esprit protecteur et son bienfaiteur. La subordination au totem dépasse toutes les autres obligations comme la subordination à la tribu et à la parenté du sang. Selon Freud, dans tout système totémique, c’est-à-dire dans un groupe dont les membres partagent le même totem, il y a une obligation sacrée dont la violation entraîne un châtiment automatique.

On note par exemple l’obligation de ne pas tuer (ou détruire) leur totem, de s’abstenir ne manger de sa chair ou d’en jouir autrement. Par-dessus toutes ces interdictions, il y a celle de l’inceste qui intéresse particulièrement le psychanalyste. Freud s’intéresse à l’étude des pulsions sexuelles. Il part de la comparaison entre « la psychologie des peuples primitifs » et « la psychologie des névroses ». Dans le premier cas, l’étude est l’œuvre des ethnographes, et dans le second cas, l’œuvre des psychanalystes. Pour y parvenir, il choisit les peuples primitifs d’Australie, comme objet d’observation, qu’il qualifie de sauvages sans précédent. Leur système totémique est marqué par l’interdiction des rapports sexuels incestueux comme restriction morale. Freud découvre que le refus de l’inceste entraîne une loi tout aussi  importante pour la société, la loi de l’exogamie. L’interdiction aux membres d’un même totem d’avoir entre eux des rapports sexuels débouche naturellement, dirait-on, sur l’impossibilité du mariage entre parents. Il ne s’agit évidemment pas d’une simple mesure de compulsion des instincts sexuels.

Freud insiste sur le fait que la loi de l’exogamie est inséparable du système totémique. Toutefois, on peut objecter à Freud que la prohibition du mariage dans une parenté du sang n’ait pas cours dans tous les systèmes totémiques. Mais Freud précise que le totem est même au-dessus du pacte de sang. En tout cas, il existe dans certaines cultures, c’est le cas de certains milieux ouest-africains, des mariages arrangés en famille. Des hommes peuvent exercer des droits conjugaux sur des femmes issues de leur fratrie. Freud lui-même reconnaît que d’après les études informées de certains ethnologues, l’exogamie n’a rien à voir avec le totémisme. C’est peut-être la raison pour laquelle la violation de cette restriction matrimoniale particulière n’entraîne pas en Australie un châtiment automatique, comme les autres interdictions précitées. Mais il se peut que dans d’autres cultures, le totem n’entraîne ni l’empêchement absolu à l’union sexuelle, ni l’interdiction du mariage. A considérer que le totem devienne un facteur unificateur ou de rejet de la différence…

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 10 mars 10

«Un philosophe, c’est quelqu’un qui n’a jamais vraiment pu s’habituer au monde.»

Jostein GAARDER, Le monde de Sophie

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GRILLE DE LECTURE

La pensée de ce jour nous fait découvrir l’écrivain et philosophe norvégien Jostein Gaarder. Il a déjà près d’une dizaine d’ouvrages dans les librairies. On peut consulter entre autres Le mystère de la patience ou encore Dans un miroir, obscur… Il est nouvellement élu à l’Academos par la grâce d’un des fidèles membres de notre café philosophique. Jostein Gaarder décline dans son livre Le monde de Sophie les moments philosophiquement palpitants de l’initiation de Sophie au questionnement métaphysique. La philosophie a ceci de particulier qu’elle commence souvent par les questions-limites, les plus épineuses et les plus rebutantes. Néanmoins, on savoure dans ce livre l’histoire de la philosophie à travers le quotidien enchanteur d’une adolescente à l’esprit à accrocheur. Sophie fait une entrée insolite dans le monde sans frontières de la Sophia.

Que dit Jostein Gaarder ? Un philosophe, c’est quelqu’un qui n’a jamais vraiment pu s’habituer au monde. Peut-être insinue-t-il qu’un philosophe est au monde sans être du monde, ou qu’un philosophe est trop éclairé pour vivre parmi ces humains à la recherche de leur humanitude ? A chacun d’aller à la source. Il considère le monde comme une des énigmes philosophiques les plus ardues. Le philosophe n’a donc pas à s’exiler hors du monde. Il doit à sa manière contribuer à lever le coin du voile sur ce monde en forme de point d’interrogation. La philosophe ne peut pas s’habituer au monde ; l’habitude n’est-elle pas nuisible pour le philosophe ? Le causalisme scientifique s’accommode des répétitions. Mais le philosophe est fils de l’étonnement. Tout pour lui est « buisson ardent » (Ambroise-Marie Carré). Selon Jostein Gaarder, l’une des questions les plus pressantes pour la pensée serait qu’est-ce que le monde ? Autrement dit, qu’est-ce qu’il y a de plus important dans la vie ? On répondrait par exemple que tous les hommes ont évidemment besoin de nourriture. Et aussi d’amour et de tendresse…

Mais il y a autre chose dont nous avons tous besoin : c’est de savoir qui nous sommes et pourquoi nous vivons. Ainsi, l’interrogation sur le monde est un questionnement sur son propre mystère. Qui suis-je donc pour avoir le monde pour adversaire silencieux et pour compagnon hostile ? Qui suis-je et d’où vient ce monde qui m’accueille ? Un philosophe est quelqu’un qui reconnaît comprendre fort peu de choses et qui en souffre. Le philosophe a du mal à s’habituer au monde parce que le monde est une équation de tous les jours, l’équilibre instable du monde est une réfutation lancinante de notre légitimité d’être et de notre quiétude mondaine. C’est pourquoi il est impossible de se sentir en vie si l’on ne pense pas aussi qu’on mourra un jour. L’angoisse de l’être-pour-la-mort rend authentique notre vie de philosophe, mais elle n’éloigne pas pour autant ce précipice affreux qui a englouti Socrate, Aristote, Thomas d’Aquin, Kant, Merleau-Ponty …

Emmanuel AVONYO, op

Pensée 09 mars 10

« Je voyais clairement que c’était une plus grande perfection de connaître que de douter, je m’avisai de chercher d’où j’avais appris à penser à quelque chose de plus parfait que je n’étais ; et je connus évidemment que ce devait être de quelque nature qui fût en effet plus parfaite… »

René Descartes, Discours de la méthode

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GRILLE DE LECTURE

Le doute, c’est la mise en question et la réfutation volontaire et méthodique des connaissances. Il délivre de toutes sortes de préjugés ou des connaissances entachées de germes obscurs. Il nous prépare le chemin pour accoutumer notre esprit à se détacher des sens et à s’élever à la certitude métaphysique, lieu de rencontre avec l’être parfait. Pour parvenir à la certitude du « cogito », Descartes s’est donc mis à douter de son savoir. Mais la nouveauté ici, c’est que Descartes fait réflexion sur le fait qu’il doute. Ce retour sur lui-même permet à Descartes de savoir qu’il n’était pas tout parfait. Il lui apparaît en pleine lumière que c’était une plus grande perfection de connaître que de douter. En effet, douter, c’est remettre en cause ce qu’on croit savoir, c’est aussi se mettre en question. La connaissance porte pour cela la marque de la certitude alors que le doute est le signe de l’incertitude, du manque d’assurance. La réflexion sur le fait qu’il doute enseigne à Descartes qu’il est imparfait ou qu’il n’est pas parfait. Ainsi, après l’idée que j’ai de moi et de ce que je suis, vient l’idée de quelque chose qui n’est pas de moi, et de ce que je ne suis pas. Il faut alors se mettre à chercher d’où j’avais appris à penser quelque chose de plus parfait que je n’étais. Cela revient à se poser la question qu’est-ce qui explique que je puisse penser à un être parfait ? C’est-à-dire, à un être qui n’aurait aucune occasion de mettre en doute son savoir parce qu’il ne serait pas sujet à l’erreur. A cette question Descartes répond que seul un être de quelque nature qui fût en effet plus parfaite peut lui permettre de le penser. C’est un être plus parfait que lui qui lui inspire l’idée de parfait. Descartes de remarquer que s’il y a plusieurs qui se persuadent qu’il y a de la difficulté à connaître cet être parfait, et même aussi à connaître ce qu’est leur âme, c’est qu’ils n’élèvent jamais leur esprit au-delà des choses sensibles. Descartes formule ici de toute évidence une critique qui pourrait s’adresser aux philosophes qui prennent la réalité telle que les sens la leur présentent. Ils sont bornés à éprouver les choses par leur sens et n’élèvent guère leur esprit à la connaissance rationnelle parce qu’ils sont accoutumés à ne rien considérer qu’en l’imaginant, à tel point que tout ce qui n’est pas imaginable leur semble n’être pas intelligible, c’est-à-dire que tout ce que nous connaissons proviendrait des sens, selon ces philosophes. Cette façon de connaître les choses est le fait de l’imagination.

Emmanuel AVONYO, op

Le visible invisible

L’Atelier des concepts, par Mervy-Monsoleil AMADI, op

Semaine du 08 mars 2010

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Le visible invisible

La question qui nous met en mouvement est celle de « l’homme, cet inconnu ». Dans cette formulation le terme inconnu mérite une attention particulière. En effet, dans l’inconnu, le préfixe in est privatif. L’inconnu désigne ce que l’on ne connaît pas. Dans l’in-connu, il y a le connu ; c’est un connu inconnu, un connu qui n’est pas connu. L’inconnu est ce qui, tout en étant réel, échapperait à tous les modes de connaissance. En ce sens, l’inconnu vient dire la dimension cachée de l’homme. Il vient dire que l’homme est une saisie insaisissable. L’homme est visible et saisissable par son corps. Mais le corps ne pourrait pas être possible sans son envers, l’esprit. Le concept de corporéité qui a marqué la philosophie de Merleau-Ponty traduit bien l’idée de l’homme comme totalité matérielle et spirituelle…

Ainsi, l’homme est en fait pour l’homme le plus grand des mystères. Il doit se connaître pour vivre et pour se rendre connaissable aux autres. Mais il doit en même temps rester caché à lui-même, pour demeurer en vie et dans la liberté. Connaître l’homme, c’est le connaitre comme perpétuelle interrogation, comme liberté et ouverture. Raison pour laquelle, l’homme tout en étant un être d’histoire échappe à toute détermination historique, biologique, culturelle etc. si vraiment l’homme est la demeure de la transcendance, s’il est le visible invisible, alors le commandement des commandements philosophiques serait, Ne traite jamais l’homme comme un objet, mais comme sujet.

Mervy-Monsoleil AMADI, op

Voir l’article >>>LE VISIBLE INVISIBLE, AMADI

Pensée du 08 mars

« La naissance de la vie sentimentale moderne, la fondation affective des relations humaines les plus précieuses, fut liée à la sortie d’une religion qui prétendait délivrer un message d’amour. »

Luc Ferry, L’homme-Dieu ou le Sens de la vie.

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GRILLE DE LECTURE

Marcel Gauchet est l’auteur du concept de la « sortie de la religion ». Sinon, il en parle quand même assez dans des ouvrages de référence. On peut consulter par exemple La religion dans la démocratie. Le parcours de la laïcité (Gallimard, 1998). La sortie de la religion, c’est au plus profond la transmutation de l’ancien élément religieux en autre chose que de la religion. Il préfère parler de la sortie de la religion, car, selon lui, les catégories de « laïcisation » et de « sécularisation », d’origine ecclésiale, ne rendent pas compte de la teneur ultime du processus. Elles ne parviennent à évoquer qu’une simple autonomisation du monde humain par rapport à l’emprise législatrice du religieux.

Quoi qu’il en soit, Luc Ferry observe que la vie sentimentale moderne et les relations humaines se fondent sur des principes nouveaux selon lesquels : la religion n’est plus première et publique, et l’ordre politique n’est plus soumis à des fins religieuses. Car, il y a, sinon séparation juridique de l’Eglise et de l’Etat, du moins, séparation de principe du politique et du religieux et exigence de neutralité religieuse de l’Etat. En fait, le message d’amour que prétendait délivrer la religion a perdu toute crédibilité aux yeux de nos contemporains. En s’opposant à la logique du « mariage de raison » historique entre l’Eglise et l’Etat, la société quitte aussi ce qui conférait leur signification et leur prégnance aux relations humaines.

S’il est vrai que l’homme n’est homme que par sa liberté, il était temps que l’homme retrouvât ses repères enfin indubitables. Mais Luc Ferry dépeint ce qu’il appelle le paradoxe de notre rapport laïque au christianisme. Il affirme que l’actualité du contenu des Evangiles ne laisse pas de frapper, en dépit de la fondation des relations sur la sortie de la religion. Il s’introduit dans notre vie quotidienne des sentiments propres à valoriser le contenu d’un discours qui sacralise l’amour et fait de lui le lieu ultime du sens de la vie. Alors que les religions de la Loi (Judaïsme et Islam) semblent guettées par le déclin ou les tentations intégristes, celle de l’Amour (Christianisme) pourrait, selon Luc Ferry, se réconcilier avec les motifs que les historiens des mentalités nous ont dévoilés et qui militaient contre elle. On pourrait conclure que l’amour est, pourquoi pas, ce trait d’union qui ligature partisans et détracteurs de la religion de l’Amour.

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 07 mars 10

« Même converti, l’homme reste pécheur. Il refuse de s’avouer vaincu par la grâce et ne renonce pas facilement à vouloir se justifier par lui-même. Construire les preuves est une manière, pour l’homme, de récupérer l’Evangile de son côté, alors qu’il conviendrait de se livrer totalement à l’obéissance de la foi.»

Karl Barth, in Marcel NEUSCH, Aux sources de l’athéisme contemporain

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GRILLE DE LECTURE

Ce qui est en question ici, c’est l’obstination de l’homme à prouver Dieu. Cette obstination n’est rien d’autre l’expression du désir de l’homme se justifier soi-même. L’idée de prouver Dieu ou construire des preuves de Dieu  nous rappelle les philosophes qui ont établi non sans fausse naïveté des preuves logiques de l’existence de Dieu. L’histoire de la philosophie nous apprend que la question de Dieu est aussi vieille que l’humanité et qu’il y a eu plusieurs formes de tentatives d’approches de la question de Dieu. Il y a eu des preuves physiques, morales et métaphysiques de l’existence de Dieu. Une classification de Kant permet de parler désormais des preuves ontologiques, cosmologiques, physico-théologiques de l’existence de Dieu. Toutes ces catégories traduisent un malaise profond aux yeux de Karl Barth.

Karl Barth, théologien protestant, pense fondamentalement que le fait de construire les preuves de l’existence de Dieu est une manière pour l’homme de se dérober à l’essentiel, c’est-à-dire le refus de la reconnaissance de son état de pécheur qui commande l’ouverture totale au régime de la grâce. L’homme philosophe, selon Karl Barth, résiste à ne pas prouver Dieu, parce qu’il refuse de reconnaître que tout lui vient de la grâce. Construire les preuves de l’existence de Dieu, c’est une façon pour le philosophe de récupérer l’évangile de son côté, alors qu’il aurait été plus convenable de se livrer docilement et totalement à l’obéissance de la foi.

Karl Barth semble ignorer que la docilité philosophique est celle qu’inspire la force de l’argumentation cohérente et rigoureuse. Il se demande à juste titre si après avoir reçu la révélation, il est nécessaire de s’atteler à une connaissance rationnelle du divin. Ainsi, pour lui, la théologie naturelle et la théodicée ne sont rien d’autre que l’expression d’un homme enfoncé dans le péché qui s’obstine à négliger la parole révélée. Ce faisant, la pensée rigoureuse prétend atteindre Dieu alors que l’accès au Dieu vivant lui est impossible. Barth regrette que la conversion ne change rien à l’état de l’homme.

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 06 mars 10

« La nécessité est dure, mais seule la nécessité permet à l’homme de montrer s’il a du fond. N’importe qui peut vivre arbitrairement.»

Goethe, Lettre de janvier 1781 à Johano friedrich KRAFFRT

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GRILLE DE LECTURE

La nécessité est le propre de l’homme, elle est la catégorie substantielle de l’homme. Elle est au-delà de toutes les contingences de la vie et demeure comme le substrat de l’existence humaine en tant que telle. L’homme est appelé à vivre la nécessité de son être. Vivre la nécessité de son être, c’est ne pas vivre arbitrairement et ne pas vivre arbitrairement c’est échapper à la contingence, à l’accidentel, au superficiel. En clair, c’est se décider au sens, revenir à soi-même comme à son plus sûr logis et ne devoir son bonheur qu’à soi. Ceci ne révèle pas autre chose que le désir d’un centre, d’un chez soi.

Centre signifie ce qui me permet de rester moi-même, de jouir d’une sorte de fraîcheur, de retrouver mon intimité. Dans l’absence de ce centre, je sors de plus en plus de moi pour m’éparpiller. L’éparpillement ne traduit point que j’acquiers ainsi densité ! Au contraire, en allant dans toutes les directions, je m’épuise. Essoufflé, je tombe dans la distraction, le divertissement qui au lieu de me ramener à moi-même m’enfonce loin de mon centre. Seule la nécessité peut me ramener à moi-même. Cet effort de retour à soi est violence faite sur soi-même, la conquête de la nécessité est endurance c’est pourquoi elle est dure.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 05 février 10

« L’homme est cette nuit, le néant vide qui contient tout dans sa simplicité. C’est cette nuit qu’on aperçoit lorsqu’on regarde un homme dans les yeux. On plonge alors dans une nuit qui devient terrible ; c’est la nuit du monde qui se trouve en face de nous ».

HEGEL, La philosophie de l’Esprit

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GRILLE DE LECTURE

La nuit traduit l’idée de l’obscurité, du néant, de l’invisible, en clair de ce qui échappe, de l’in-objectif. On pourrait en un autre sens dire que la nuit dit l’apparaître de ce qui est comme frontière pour la conscience objectivante. La nuit est le lieu du silence, elle est  cet instant de l’extase originelle où loin des bruits du monde l’Etre a commencé son poème. Lieu où l’Etre s’est comme retiré en attente de l’éclosion du jour. La nuit en ce sens est la préfiguration du jour, elle est l’annonce du jour.

Cela souligne l’idée d’une nécessité interne lorsque nous parlons du jour ou de la nuit. La nuit est nécessaire pour le jour, et le jour l’est aussi pour la nuit. La nuit est cela qui prépare le jour. Elle est la dimension de l’épaisseur, de profondeur. Si l’homme est comparé à la nuit, cela veut dire que l’homme est l’être de profondeur. Cette profondeur est cela qui signifie la nuit qu’on aperçoit lorsqu’on regarde l’homme dans ses yeux, dans son visage.

Le visage est la partie de l’homme qui signifie son humanité. Le visage se donne à voir pour un autre visage, un autre regard et il est toujours susceptible de me révéler, de me donner à lire et à interpréter. Au milieu du visage s’ouvrent les yeux et s’allume le regard. L’un est inséparable de l’autre, avec toutefois cette nuance étonnante que souligne Sartre : le regard apparaît précisément à cet instant fugace où les yeux disparaissent, leur couleur, leur contour, pour n’être plus qu’une intentionnalité, une intensité, une émotion. Ne serait-il pas commode en effet de dire que nous touchons là à l’inexprimable, à la profondeur même de l’homme, à cette part irréductible d’obscurité qui nous habite tous ?

Si le regard est silencieux, il n’en signifie pas moins et il suscite une interprétation qui, elle, relève bien l’exprimable. Le regard peut bien être compris comme cet au-delà des yeux qui leur donne un style singulier, il n’est rien d’autre que l’écho de la profondeur d’une existence sortant d’elle-même puisqu’elle est communication et rencontre d’autrui. Ainsi le regard reste pouvoir d’échappement sans cesser de rayonner d’un soi. Que l’homme par cet abîme qu’on aperçoit dans les yeux soit comparé à une nuit, cela signifie que son être-là est le visible d’un invisible.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Phrase folle

Le billet de Mejnour 70

« Je suis le chaînon manquant entre l’idéal et l’absolu ». Cette phrase, entendue sur une radio internationale, est folle. Elle est folle en ceci qu’elle traduit la soif d’infini caractéristique de l’humaine condition. Créature ivre d’infini et de liberté. Comme les dieux. Voici l’homme !

C’est pour cela qu’il faut toujours croire. Baudelaire écrivait qu’il faut toujours être ivre. Il n’avait pas vraiment tort, sachant de quoi il voulait que l’on fût ivre. Seulement, l’ivresse engourdit. En revanche, la foi saisissante, fascinante du croyant éveille et convoque à l’action. C’est pourquoi, de toutes les relations, il est une seule qui soit vraiment fondamentale, essentielle. C’est la relation religieuse, de convictions faite. C’est elle qui fait le surhomme et renouvelle la face du monde. C’est elle qui conduit au voisinage de l’idéal et de l’absolu. Grâce à la folie de sages, à la docte ignorance des philosophes, à la joie de vivre et de penser, et de croire.

Mejnour vous salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 04 mars 10

« Il n’y a point de liberté de conscience en astronomie, en physique, en chimie, en physiologie, dans ce sens que chacun trouverait absurde de ne pas croire aux principes établis dans ces sciences par les hommes compétents. »

Auguste Comte, Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société.

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GRILLE DE LECTURE

Dans les sciences dures ou exactes comme les mathématiques, la chimie ou la physique, il n’y a point de liberté de conscience, observe Auguste Comte. Ne pas adhérer à des résultats prouvés en laboratoire ou éprouvés scientifiquement, c’est choisir le chemin de l’absurdité contre soi-même. Les sciences empiriques livrent des résultats dits apodictiques, qui s’imposent par leur évidence observable. Tel n’est pas le cas dans d’autres domaines de connaissance. En morale, ou en religion, où l’on parle de liberté de conscience, il s’agit de poser des actes libres qui visent le bien. Je vous propose de rester en morale pour l’illustration. La morale se présente pourtant comme une science selon Pascal. Le positiviste Lévy-Bruhl conçoit aussi la morale comme une science descriptive des mœurs. Le philosophe moraliste André Léonard définit la morale comme une science normative catégorique de l’agir humain.

La morale est donc une science, mais elle est tout au plus une science qui suggère les comportements conformes à la fin de l’homme. Et les mœurs ne sont pas les matières les plus constantes. La question de la crédibilité de la morale se pose souvent. Elle recouvre habituellement d’autres. Qui fixe le critérium du bien ? Selon quels critères agir ? Est-on obligé de vivre sous une norme ? L’homme doit disposer d’une mesure réglant ses jugements et ses choix. Car il ne suffit de savoir que c’est chaque société qui définit ses normes en essayant de les élever au niveau de l’universel ; que les normes sont une ordonnance de la raison naturelle, que c’est chaque conscience qui sous la régulation de la raison ou la « volonté générale », choisit de poser des actes en fonction de ce qu’il croit être sa fin ultime. Il ne suffit pas de savoir ce qui est bon ou mauvais, il faut pouvoir se déterminer librement, il faut pouvoir choisir.

La liberté de conscience est l’affirmation des droits de la conscience individuelle face à toutes ses décisions. Traiter de la conscience morale, c’est en réalité, disait Paul Valadier, aborder la vie morale en son point central, celui de la décision, c’est-à-dire le choix que fait une personne de s’engager sur un acte qu’elle assume de manière à pouvoir en rendre compte devant elle-même, devant autrui, ou devant Dieu si elle est croyante et se trouve dans un cadre religieux (Eloge de la conscience, Seuil, 1994). En dépit de sa liberté, le choix de la conscience se présente comme un choix précaire, toujours risqué et difficile, puisqu’il s’agit de la nécessité d’opter entre des possibilités et donc de choisir ce qui paraît le plus sensé ou bien le moins périlleux. La liberté de conscience fait appel pour cela à des certitudes morales, à des convictions vécues, que chacun doit avoir pour vivre en société, peu importe la couleur. Rejeter les normes de la société, c’est aussi se choisir une morale, qui a son prix.

C’est ainsi le choix des normes morales s’impose pour la conduite de la vie. La norme en question est de deux sortes : l’une extérieure, objective, c’est la loi morale ; l’autre est intérieure à l’être humain éclairé par la raison, c’est la conscience morale. C’est à l’intérieur de soi que se réalise l’adéquation de l’homme avec lui-même assumant sa propre réalisation et orientation. Mais aussi fondamental que puisse être le jugement moral intérieur, aussi inaliénable que soit la norme intérieure, il n’en reste pas moins qu’on est pas seul au monde. On est une personne parce qu’on réalise un type d’être commun avec les autres. C’est pourquoi il est encore nécessaire pour la raison de postuler des normes objectives, extérieures, pour la régulation objective de l’être-avec-les-autres en société.

Emmanuel AVONYO, op

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