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Intégrismes

Le Billet de Mejnour 72

Le bonheur échut à un homme digne de la plus haute estime de critiquer ceux qui pratiquaient leur religion « de façon intégrale jusqu’à l’intégrisme ». Ce mot d’intégrisme aurait pu ne laisser que des traces délébiles dans l’histoire. Hélas, mille fois hélas, il s’en trouve qui ne voient l’humanité qu’en catégories de purs et d’impurs. Il est pourtant clair qu’en apprenant à déprécier l’autre, on se dispose à ne plus entendre le Créateur de l’autre qui est censé être, également, le nôtre.

Alors il est aisé d’oublier le commandement suprême (Emmanuel Levinas), l’incontournable « Tu ne tueras point ! »

Les intégrismes mettent en exergue d’intolérables chocs interculturels, d’insoutenables chocs de civilisations. Ils sont une invitation à prendre un nouveau départ. Ce nouveau départ pourrait s’ancrer dans un regard neuf, simple, dépouillé.

Regarder, étymologiquement, c’est déjà respecter. Alors il n’y a plus de chocs. Là se lève l’aube, non plus de la confrontation belliciste, morbide et mortifère, mais d’une rencontre vivifiante et savoureuse.

Bien respectueusement, Mejnour vous salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 13 décembre 09

« Depuis l’origine de la philosophie, la question du « summum bonum », ou, en d’autres termes, du fondement de la morale, a été considéré comme le plus important des problèmes posés à la pensée spéculative »

John Stuart Mill, L’utilitarisme

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GRILLE DE LECTURE

L’utilitarisme de John Stuart Mill a été publié en 1863. Sa philosophie pratique y a acquis sa forme définitive. Ce disciple de Bentham, fidèle à la tradition empiriste anglaise, est un des tenants de la morale utilitariste. En consacrant sa réflexion à l’expérience morale, il s’est attelé à donner à la morale une conscience, le sentiment d’un devoir et d’une obligation morale. Car depuis l’origine de la philosophie, depuis le temps où le jeune Socrate écoutait le vieux Protagoras, le problème central de la pensée aura été la question du critérium du bien et du mal.

Mais la pensée spéculative lui paraît avoir été incapable de faire face adéquatement à ce problème axiologique, qui a divisé selon lui d’éminents penseurs en sectes et écoles dressées les unes contre les autres. Même si une situation analogue règne dans beaucoup d’autres sciences, il lui importe qu’un fondement soit fourni à la morale. Ce critérium du bien devrait permettre de déterminer avec certitude ce qui est bien ou mal. L’attachement de John Stuart Mill à la morale (au problème moral) s’explique par l’importance qu’elle revêt dans le champ de l’action humaine.

Comme Bergson, John Stuart Mill pensait qu’il fallait agir en homme de pensée et penser en homme d’action. Au sein du courant utilitariste, il était un révolutionnaire par rapport à son maître Bentham. Pour John Stuart Mill, il ne s’agissait pas seulement de chercher le bonheur du plus grand nombre en identifiant toujours l’intérêt de l’individu à l’intérêt universel, mais il était aussi convaincu qu’on trouve d’autant mieux le bonheur personnel qu’on le cherche moins, et que l’on le trouve en travaillant à l’amélioration de la condition humaine. Il s’est battu entre autres pour le suffrage des femmes, la représentation proportionnelle, les réformes de structure orientées vers le socialisme.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 12 décembre

L’academos

Sommaire

Exclusions

Le Billet de Mejnour 71

Jean Vanier (« Toute personne est une histoire sacrée ») affirme à raison que la base de la création des groupes est l’exclusion. En effet, une association de femmes exclut de facto les hommes. Il est difficile de croire qu’un juif irait à une réunion de cadres musulmans comme un poisson dans l’océan. L’exclusion est donc une façon d’être en relation, de définir les conditions  de son épanouissement et les paramètres de son identité. A cela, le bon sens n’oppose rien.

Mais le philosophe s’insurge contre la récupération d’abstractions, de concepts diffus comme la définition d’une certaine identité à des fins tout aussi insaisissables. Et comme nul ne devrait avoir de soi une image uniforme, lisse et claire, il importe de faire attention à ces clichés vite venus qui font de la personnalité humaine le lieu de violents conflits entre identités meurtrières. Et pourtant, l’exclusion, bien comprise, peut être salutaire !

Sur ce, Mejnour vous salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Peut-on réinventer le concept de développement ?

Emmanuel AVONYO, op

Voir aussi >>> Éléments de réflexion pour une anthropologie philosophique du développement

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INTRODUCTION

Nous voudrions dans cet article rendre compte d’une réflexion faite en anthropologie du développement par Benjamin Akotia[1] et nous questionner sur les moyens de sa mise en œuvre. Notre anthropologue critique le développement tel qu’il est pratiqué dans le monde et les anthropologies du développement considérées comme de simples auxiliaires des idéologies du développement. La critique est accompagnée d’un instrument anthropologique d’observation et d’analyse du développement : l’anthropologie des outils et des impôts. Cette anthropologie formule une double hypothèse : d’une part, le développement est une construction de l’esprit qui reflète les mythes et les intérêts de ses constructeurs, et d’autre part, il faut comprendre la dynamique sociale du développement propre à chaque tradition ainsi que ses effets déclencheurs pour réaliser un modèle de développement qui leur convienne.

Par voie de conséquence, un modèle de développement décrété en Occident et imposé verticalement ne peut qu’être à la solde des intérêts des développeurs. Pour parvenir en Afrique à un développement qui tienne compte de ses traditions culturelles, il faut se départir du mirage d’un modèle meilleur et prêt-à-expérimenter pour penser autrement son développement. Avant de préciser les contours de l’anthropologie de l’outil et de l’impôt, il convient de situer dès le départ le sens de notre démarche et de poser le problème du développement. Nous rappellerons ensuite les trois approches en anthropologie du développement et relèverons les paradigmes qui justifient la mentalité développementiste. Pour finir, nous examinerons la légitimité d’une anthropologie des outils et des impôts.

Peut-on réinventer le développement-1pdf

I. LE DEVELOPPEMENT : UNE QUESTION IDEOLOGIQUE

Comment justifier notre intérêt pour une nouvelle façon de penser le développement ? Pourquoi la philosophie doit-elle s’intéresser à l’anthropologie du développement ? Trois raisons principales peuvent être avancées.

Motivations du travail

La première raison tient au fait que l’Afrique était, depuis la fin officielle de la colonisation, et demeure jusqu’à nos jours un continent en voie de développement, jamais parvenu au terme fixé par les développeurs. L’Afrique noire n’est pas en voie de développement, c’est un euphémisme, elle est un continent permanemment sous-développé dont on ne sait rien, sinon qu’il est attardé, et cela dure plus d’un demi siècle déjà. Et pourtant, avant la colonisation, les Africains ne s’étaient jamais plaints de leur bien-être.

La deuxième raison découle de l’acuité avec laquelle la question du développement se pose depuis plusieurs décennies maintenant. Pendant que les partenaires au développement s’activent dans le monde et en Afrique particulièrement, philosophes, économistes, juristes, anthropologues de tous bords rivalisent d’ardeur pour proposer une approche originale du développement. Leurs élaborations théoriques et analyses apparaissent généralement comme de pures expériences de pensée qui sont loin de changer le quotidien de l’Africain pris dans la bourrasque du développement.

La troisième raison, qui est la première dans l’ordre de l’importance, procède de l’intérêt que nous avons accordé aux principales thèses défendues par Benjamin Akotia pendant son cours d’anthropologie du développement[2]: les approches en anthropologie du développement sont des moyens d’accompagnement et de justification de la logique du développement à l’occidental, car le développement sous sa forme actuelle n’est que le substitut déguisé et la continuation de l’entreprise civilisatrice. Sous ces rapports, le développement pose de véritables problèmes anthropologiques. Quant à l’anthropologie, elle est la vocation première de toute philosophie.

Problématique et hypothèses

Le sous-développement est-il la pierre de Sisyphe d’une partie du monde ? Autrement dit, le sous-développement est-il une fatalité pour les Noirs ? Le non-développement permanent des uns est-il la condition du développement et de la prospérité des autres ? Si le développement donne à penser en vain, la meilleure solution serait-elle de ne plus chercher à en sortir ? Faudrait-il renoncer au développement ? Ces questions n’appellent à rien d’autre qu’à un regain d’interrogation pour éclairer la lanterne autour des enjeux sordides du développement et à une action concertée en vue des lendemains meilleurs.

Nous avons trouvé dans le cours de Benjamin Akotia, un chemin de pensée qui mérite d’être examiné de près. Il part d’un présupposé fondamental : l’inadéquation du modèle occidental du développement avec la réalité des Africains. Pour remédier aux défaillances de ce modèle dominant de développement dit « universel », il préconise une anthropologie des outils et des impôts qui s’affranchirait du schéma traditionnel et condescendant « développeur » et « à développer ». « N’y aurait-il pas une manière africaine de se développer ? » se demande-t-il. Son anthropologie qui s’appuie sur « un instrument neutre d’observation du développement » veut fournir un socle endogène au développement des Africains et de tous ceux voudraient s’en inspirer.

Notre article se fixe pour objectifs d’énoncer les idées principales de cette anthropologie et de mettre en perspective les questionnements qui la traversent afin de porter (et de poursuivre) le débat sur la place publique. En effet, en choisissant de nous faire l’écho des hypothèses de recherche contenues dans ce cours d’anthropologie du développement, nous entendons étendre « l’espace de résonance » de cette anthropologie et questionner sa pertinence d’un point de vue philosophique. Nous soutenons absolument l’idée qu’une nouvelle façon de penser le développement est nécessaire. Nous partageons aussi le pari qu’elle ne devrait plus se contenter d’être une simple mesure d’accompagnement des stratégies de développement concoctées depuis les antichambres des métropoles occidentales.

Nous nous posons néanmoins la question de savoir à quel degré de radicalité une telle anthropologie peut-elle prétendre rompre avec les approches traditionnelles du développement. Une nouvelle manière de penser le développement résistera-t-elle au choc des consciences sensibilisées au progrès technologique ? N’est-elle pas condamnée, pour être recevable, à n’être qu’une reprise contextuelle de ce qui s’expérimente déjà ? Ne reste-t-elle pas tributaire d’un héritage indépassable ? Que peut-on apporter de nouveau dans ce domaine ? Une lecture anthropologique des besoins du continent africain peut-elle prétendre à une homogénéité ?

Il pourrait nous être objecté que le propos de Benjamin Akotia, qui consiste à secouer de l’intérieur du monde en développement et à démystifier les corps de dogmes reçus, ne procède qu’à une analyse des mythes qui sous-tendent l’acception du développement selon les aires géographiques et afin de proposer de nouveaux jalons de réflexion et d’analyse du développement. Mais il n’est pas moins évident qu’il ne revendique le droit de comprendre la dynamique développementiste que pour remettre en cause le modèle dominant du développement et lui substituer un modèle plus idoine.

C’est pourquoi la question se pose de savoir quelles sont les chances réelles d’une telle rupture ? Nous nous interrogerons sur les lettres de créance d’une telle anthropologie des outils et des impôts dans des milieux où la colonisation des esprits et la technicisation des mentalités ne cessent de prendre de l’ampleur. Nous espérons que le croisement de regards attendu pourra aider à réinterroger les bases d’une anthropologie pour le développement de l’Afrique. Commençons par nous faire une idée claire des interactions et enjeux perceptibles dans le champ du développement.

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STRUCTURE DU TEXTE

II. « LES TROIS APPROCHES EN ANTHROPOLOGIE  DU DEVELOPPEMENT »

III.  UNE ANTHROPOLOGIE CRITIQUE DU DEVELOPPEMENT

IV. QUELLE ANTHROPOLOGIE DU DEVELOPPEMENT EN AFRIQUE ?

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CONCLUSION

Nous avons interrogé le concept de développement à partir des mythes et paradigmes qui le structurent. Ce travail nous a permis de nous rendre à l’évidence que l’anthropologie du développement se présente comme un auxiliaire du développement qui perpétue insidieusement la mission civilisatrice. Le développement est un prétexte pour assimiler les autres peuples, il n’a jamais été une question de bien-être, mais un problème idéologique. Il ne vise pas le bien-être des à-développer, c’est une forme déguisée de colonisation. A la lumière de l’analyse des différentes approches et méthodes en anthropologie du développement, Benjamin Akotia propose « un outil méthodologique neutre pour libérer l’anthropologie de ses avatars ».

Son approche critique du développement est assortie d’une anthropologie de l’outil et de l’impôt « qui trouve son objet dans toutes les sociétés humaines ». L’observation de l’outil et de l’impôt offre une dynamique de développement sans référence à un développeur et à un développé. Le développement n’est donc pas la réalisation d’un cliché imposé par le développeur. Sous le schéma développeur à-développer, le développement n’est rien d’autre que l’injection d’un modèle exogène, une prescription inadaptée. C’est cette tendance que Benjamin Akotia invite à dépasser.

En effet, selon notre anthropologue, une nouvelle approche du développement doit naître de l’idéal interne d’un système. Elle doit amener à sortir du schéma actuel du développement « développeur – à développer », « sauveurs – à sauver ». Car, « l’Occident pose la question du développement comme une question de salut, où ils sont les sauveurs, et nous les condamnés ». Le développement dans sa forme habituelle néglige les traditions culturelles qui doivent le porter. Et il est de notoriété publique qu’au lieu de sauver un Etat ou un individu, les développeurs préfèrent généralement sauver un peuple. En octroyant des aides à des gens dont on sait qu’ils ne disposent d’aucun moyen de gestion et de planification de l’utilisation, n’est-ce pas une manière d’appliquer du sparadrap sur des jambes de bois ?

Aussi, l’une des positions défendues est celle-ci : résister au développement ou se rendre aux assimilateurs. Ne pas résister, c’est coopérer au système négateur des valeurs africaines. On pourrait inférer que résister, c’est rejeter cette forme destructrice de développement. Or, pour résoudre le dilemme, il appelle à ne pas rejeter le développement, mais à rejeter le modèle de développement dominant et « les multiples thérapies concoctées pour sa sortie du sous-développement.» Sur cette base, résister au développement et faire les meilleurs choix sans s’oublier soi-même nous paraissent être deux choses différentes, voire opposées.

En dépit du caractère apparemment ambivalent du discours, nous pensons que pour bien circonscrire le propos de Benjamin Akotia, il faut remettre en cause notre définition du développement. Le développement n’a plus rien à voir avec les indices du développement du FMI et de la BAD. En effet, le développement peut être simplement ce que nous faisons pour gérer notre relation à la terre et au frère par l’outil et l’impôt. Nous estimons à cet effet que Benjamin Akotia opère une rupture difficultueuse. Les conditions du dialogue de l’Afrique avec l’Occident doivent encore être précisées.

Cette réflexion n’est pas à priori une invite à refuser le développement, à se construire à l’écart. Elle veut appeler à s’interroger et à comprendre ce que nous adoptons comme modèles de développement afin « d’entrer dignement dans le dialogue en apportant le trésor, si petit soit-il, qui est le nôtre ». A la question faut-il se développer ou non, l’abbé Benjamin Kokou Akotia répond : « il faut se développer en faisant les meilleurs choix. Il faut se développer sans oublier d’être soi-même ». Il se pose une question pratique : comment sortir réellement des sentiers battus du développement ?

Sur ce point, la pensée de Benjamin Akotia reste à préciser. Nous y décelons une ambivalence, ou du moins, nous avons du mal à saisir la pensée de notre professeur. Il faut souligner que ce dernier nous a tenu entièrement responsable des propos que nous énonçons ici, dans la mesure où sa pensée est en cours d’élaboration et que son outil anthropologique d’observation du développement est expérimental. Nous prenons néanmoins le risque d’étaler les difficultés auxquelles nous confronte l’approche de sa pensée afin de poursuivre ensemble la réflexion. C’est le résultat de l’intérêt que nous avons manifesté pour son cours.

Toutefois, nos critiques n’entachent en rien la rigueur, la lucidité, l’audace du discours ainsi que la hauteur de vue de notre professeur. Dans son ensemble, sa critique du développement peut être comprise comme un appel à une intelligence critique du développement. Sa démarche est portée par le souci d’un meilleur devenir de l’Afrique par le travail de ses fils. Il est aussi remarquable que l’application de l’instrument anthropologique d’observation du développement aux différentes aires géographiques du monde confirme ses hypothèses. Aujourd’hui, les échecs en matière de développement sont de plus en plus évidents. Il reste à répondre à la question : comment se développer ? C’est sur ce point que les discussions risquent d’être âpres car aucun modèle de développement ne saurait se suffire à lui-même.

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Voir aussi >>> Éléments de réflexion pour une anthropologie philosophique du développement


[1] L’Abbé Benjamin Kokou AKOTIA est un anthropologue d’origine togolaise, enseignant à la faculté de théologie de l’Université Catholique d’Afrique de l’Ouest – Unité Universitaire d’Abidjan.

[2] Cours manuscrit d’anthropologie du développement dispensé à l’Institut Saint Thomas d’Aquin de Yamoussoukro (Côte d’Ivoire) du 12 au 17 novembre 2009.

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Pensée du 11 décembre 09

« Les petitesses qu’on ne peut vaincre, autant les utiliser. »

ANDRE COMTE-SPONVILLE, Une éducation philosophique

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GRILLE DE LECTURE

Défini comme être de raison, l’homme cherche à faire de son agir une ascension vers la perfection. Il s’assigne une conduite, des règles de vie qui en principe lui rappellent qu’il n’est pas qu’un vivant parmi tant d’autres. Il est bien au contraire une fin en soi, un être précieux qui a une dignité. Au nom de cette dignité, il s’évertue à expurger de son être tout ce qui le plongerait dans une quelconque bassesse au point de l’identifier avec les autres êtres.

Pourtant, s’il est vrai que l’homme cherche à se départir de tout ce qui ne lui rend pas hommage, il n’en demeure pas moins que certaines situations d’une  affreuse résistance lui certifient paradoxalement sa condition on ne peut plus misérable. Contrairement à tous ceux qui s’épuisent à lutter contre ces situations de faiblesses non honorables, l’auteur nous invite à les utiliser. Une telle appréciation ne serait-elle pas une invitation à la résignation ?

Que non pas ! Car l’auteur par cette assertion nous invite à un refus des soi-disant modèles supérieurs d’humanité qui consiste à dire : « je ne veux pas être ainsi, je veux être comme tout le monde ». Utiliser les petitesses revient à montrer qu’il est humain de participer à la bassesse humaine, au lieu de vouloir, par orgueil, être meilleur; l’humanité vraie consiste en cela ». C’est d’ailleurs en ce sens que la pensée médiévale stipule que « l’homme n’est ni ange, ni bête, mais à égale distance entre eux, il participe de l’un et de l’autre ».

Au fond, l’acceptation de nos petitesses ne pourrait-elle pas constituer la terre fertile où pourront germer harmonieusement les fines fleurs de l’humilité ? Distinguant l’humilité de l’humiliation, l’humilité comme vertu devient cette tristesse vraie de n’être que soi. Dans l’humilité nous comprenons que nous ne sommes pas rien même si nous ne sommes pas tout.

Elvis-Aubin Klaourou

Pensée du 10 décembre

L’academos

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Pensée du 09 décembre 09

« Le jugement est le médiateur universel de la connaissance. »

JEAN GRANIER, Art et vérité

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GRILLE DE LECTURE

Supposons que j’énonce la question suivante : qu’est-ce que la connaissance ? Nous serons tentés de dire que la connaissance est l’acte de connaître. Connaître en effet, nous inscrit dans un statut épistémique où l’on réussit à saisir l’ultime individualité de l’individuel. Autrement dit, la connaissance est l’acte par lequel l’on réussit à rendre compte aux autres et à  soi, de ce qui fait l’essence ou la quiddité des choses. De cette réponse, je puis au moins déduire que la connaissance est à mis chemin lorsqu’elle porte son regard sur l’apparence ou les hypothèses. Sans aucun risque d’erreur, nous pouvons admettre que l’on ne connaît véritablement que lorsqu’on se situe à la jointure des choses après s’être départi de la multiplicité et des apparences.

Dès lors, si la connaissance consiste en une communion à l’essence des choses, il nous faudra par voie de conséquence admettre que pour connaître, il importe de mener un discernement, mieux un jugement capable de nous élever aux principes c’est-à-dire à ce sans quoi la chose perdrait sa choséité. Du coup, le jugement se pose comme le vecteur grâce auquel la connaissance aboutit à son achèvement. Mais en fait que signifie le jugement ? La réponse à cette question semble se dessiner dans la mondanéité du Dasein.

En effet, Dans le quotidien factuel de celui-ci, il lui arrive d’être un être fasciné, un être pris dans le monde, un être capté par le monde. Tout se passe comme s’il était pris dans l’étau de la multiplicité des choses. Pourtant dans le processus de la connaissance, il s’efforce de repousser cette oppression pour ensuite dans un acte de recueillement se retrouver avec l’essence des choses. Un tel mouvement est ce qu’il convient de nommer jugement.

En un mot comme en mille, le jugement est l’acte par lequel l’esprit se recueille. Par l’outil du jugement nous nous retirons du monde. Un retrait qui en réalité est un retour au monde de l’apparaître afin de réfléchir sur le particulier que celui-ci renferme. Porter donc par la raison dont chacun est pourvu, il se présente ainsi comme le médium universel de la connaissance puisque le jugement est inséparable de l’intelligence d’une signification[1].

Elvis-Aubin Klaourou

Pensée du 08 décembre

L’academos

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[1] Karl Jaspers, Initiation à la méthode philosophique, trad. Laurent Jospin, 1966, Paris, Ed. Payot & rivages, 1970, p. 77.

Pensée du 08 décembre 09

« Philosopher de manière productive implique la compréhension des autres philosophies et par conséquent une herméneutique.»

Friedrich Schleiermacher, Naissance du paradigme Herméneutique

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GRILLE DE LECTURE

Il est arrivé à Platon de faire le distinguo entre le philosophe naturel et le philosophe devenu. Par cette étude, il a présenté la tempérance, la quête de la vérité, la douceur, la bonne mémoire comme les traits caractéristiques de l’âme du philosophe naturel. Cette étude platonicienne nous donne au moins de comprendre que tout philosopher n’est pas toujours productif. Car la philosophie productive est celle qui embarque l’âme vers ce qui forme la texture et la sève de son essentialité. C’est-à-dire vers l’être.

Plusieurs courants philosophiques se sont succédé depuis le matin inaugural de la pensée. Il y a donc une tradition philosophique qui ne cesse de rendre compte de ce qui donne sens et consistance aux choses. Il n’est donc pas hasardeux de lire cette tradition philosophique comme le lieu où des hommes aux mépris de leurs loisirs, se sont mis à l’écoute de l’être et ont silencieusement tissé la toge de l’être. Une si longue histoire de l’être pourrait être justifié dans le fait que ce qui réclame l’homme à dire sa vérité ne peut être épuisé.

En ce sens, l’on ne peut s’adonner à cette marche sans emprunter le chemin des anciens pour ensuite les dépasser dans l’expérience qu’ils ont pu faire de l’être. N’est-ce pas donc la conviction qui anime Schleiermacher lorsqu’il  nous dit que : « Philosopher de manière productive implique la compréhension des autres philosophies et par conséquent une herméneutique ». Le noyau vital de cette réflexion consiste à montrer que toute philosophie soucieuse de rester fidèle à sa vocation se doit de maintenir le dialogue avec les autres, de repenser avec eux, afin de découvrir avec eux ce qui a été comme le centre, le noyau vital de leur  réflexion. Cette tâche est celle de l’herméneutique. Une telle conviction sous-entend que toute philosophie est substantiellement une herméneutique. Toute philosophie est Comprendre, en effet, c’est saisir la chose dans son individualité, irréductible à aucun autre, atteindre l’ultime individualité de l’individuel, ce qui n’a eu lieu qu’une fois et ne se produira plus. Mais toute compréhension est en même temps une non compréhension,

Dans la mesure où elle exige de nous un dialogue avec les autres. L’on ne peut donc penser à partir de rien ou à partir de zéro. Il importe donc de penser œcuménique pour espérer communier au même sens.


Elvis-Aubin Klaourou

Pensée du 07 décembre

L’academos

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Qu’est-ce que l’existentialisme ?

L’Atelier des concepts, Par Emmanuel AVONYO, op

Semaine du 07 décembre 2009

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EXISTENTIALISME/1                                                                     

S’il est un mot qui semblait s’annoncer par lui-même sans erreur possible, affirme Emmanuel Mounier, c’est bien celui d’existentialisme. Mais quand il quitte la société des philosophes pour se lancer dans le monde, il va justement désigner une vogue qui fait du néant l’étoffe de l’existence. Que doit-on entendre par existentialisme chez les philosophes ? C’est la question qui nous met en mouvement. Le souci de la simplicité et de la clarté guidera nos pas à la rencontre des principaux acteurs de ce mouvement de pensée. Nous nous contenterons d’introduire aujourd’hui au concept, dans l’espoir d’aborder prochainement ce qu’on pourrait appeler les existentialismes.

Définir l’existentialisme

L’existentialisme est une des doctrines philosophiques les plus importantes de notre époque.  Il considère l’homme comme un être responsable de son destin : il crée le sens et l’essence de son existence. L’existentialisme s’adosse à une longue galerie d’ancêtres. Même si le concept est d’un emploi récent dans l’histoire de la pensée, son objectif a été énoncé depuis l’antiquité grecque. Depuis « le connais-toi toi-même » de Socrate, ou le message stoïcien de l’affrontement de son propre destin, l’histoire de la philosophie a été jalonnée d’une série de réveils existentialistes, qui ont été pour la pensée autant de conversions à elle-même, de retours à sa mission originelle.

Cette philosophie de l’homme porte sur trois grandes questions que sont l’action, la croyance et l’existence. L’existentialisme français a connu un rayonnement particulier dans le monde. Mais ses représentants sont tributaires de penseurs allemands comme Edmund Husserl, Martin Heidegger, Karl Jaspers… A preuve, l’existentialisme de Gabriel Marcel s’apparente à celle de Karl Jaspers, tandis que celui de Sartre est proche de Heidegger. La phénoménologie a constitué une source d’inspiration énorme pour l’existentialisme.

Emmanuel Mounier définit l’existentialisme « comme une réaction de la philosophie de l’homme contre les excès de la philosophie des idées et de la philosophie des choses ». Cette conception de l’existentialisme nous permet de scinder l’existentialisme en deux principales branches : l’existentialisme athée de Heidegger et Sartre et l’existentialisme chrétien dont Gabriel Marcel est le plus grand représentant. L’on aurait pu leur ajouter une branche, celle de l’existentialisme marxiste, mais il est plus commode de la rattacher aux athées, leur position dépendant largement de la doctrine de Karl Marx.

Caractériser l’existentialisme

Dans le courant athée, Jean Paul Sartre a caractérisé l’existentialisme comme la doctrine d’après laquelle « chez l’homme et chez l’homme seul, l’existence précède l’essence » Pour lui, nous existons avant d’avoir une essence déterminée, c’est-à-dire avant d’être ceci ou cela, gentil ou opiniâtre, par exemple. De plus, l’existentialisme en tant qu’un humanisme n’est pas autre chose qu’un effort pour tirer toutes les conséquences d’une position athée cohérente. Cette définition est dans une certaine mesure propre à Jean-Paul Sartre mais elle permet de fixer quelques caractéristiques générales (communes) de l’existentialisme.

  • L’existentialisme est une philosophie centrée sur l’homme et non sur le monde matériel (comme la philosophie des présocratiques ou de Descartes) ou encore sur Dieu considéré comme le fondement de toute réalité et de toute vérité.
  • Cette philosophie considère l’homme existant, dans sa réalité concrète, en situation dans le monde, et non l’essence générale de l’homme et la nature humaine qui ne sont que des abstractions. De ce point de vue, l’existentialisme s’oppose à la science qui n’a pour objet que le général. L’existentialisme étudie l’homme concret en situation et en devenir.
  • L’existentialisme est aussi une philosophie de la liberté tenue pour la caractéristique fondamentale de l’homme. Les autres vivants sont prédéterminés dans leur germe par rapport à ce qu’ils seront. Mais l’homme ne peut être empêché de se déterminer par son hérédité ou par l’action de son milieu.
  • L’existentialisme est aussi particulièrement sensible aux expériences tragiques d’inquiétude, d’échec, de mort, à travers lesquelles nous opérons la saisie de notre existence.

Au sein du courant existentialiste chrétien, il y a une philosophie proprement existentielle. On peut distinguer les existentialistes spiritualistes et les existentialistes essentialistes qui proclament la primauté de l’essence sur l’existence. La philosophie des spiritualistes est « existentielle », plutôt qu’existentialiste, en ce sens que leur mentalité est existentialiste mais leur doctrine existentielle. Dans le courant existentialiste, la tendance la plus spiritualiste est celle de Gabriel, et la plus essentialiste est défendue par Louis Lavelle. Emmanuel Mounier peut être rapproché des spiritualistes. Le fondateur de la revue Esprit milita pour le personnalisme. Ce système philosophique particulier peut se considérer comme le fond commun de tous les existentialismes qui reconnaissent la valeur inaliénable de la personne humaine.

En général, existentialisme et essentialisme se comportent en frères ennemis. N’est-il pas possible d’envisager entre  eux un rapport sans l’idée de prééminence de l’un sur l’autre ? Pour mieux comprendre les courants existentialistes, il faut saisir comment ils conçoivent l’existence.

Partir du concept d’existence

Les philosophes de l’existence se distinguent essentiellement par leur conception de l’existence. Que faut-il entendre par « existence » ?

On parle souvent de l’être comme de ce qui est ou ce qui fait être quelque chose. Ce qu’on est touche à son essence, à sa nature, à sa quiddité. Mais le fait qu’on est, c’est-à-dire, son acte d’être (Aristote) désigne son existence. Certains philosophes dont Platon pensent que sont d’abord donnés des êtres possibles, c’est-à-dire de pures essences. C’est à elles que s’ajouterait l’existence. Mais en réalité, une essence peut-elle être donnée sans existence ?

Il semble illusoire de prendre l’être possible pour de l’être, le possible n’est pas une essence. Ce n’est que l’idée d’une essence. Mais dans une philosophie où ce qui est fondamentalement, c’est l’Idée, on peut conférer l’essence à l’idée d’une essence. Cette idée existe dans l’intelligence de celui qui le conçoit parce qu’il est. Alors que Sartre aurait préféré dire, il est parce qu’il existe. Si ce qu’on est (essence) existe en chaque être, c’est encore en lui qu’est le fait qu’il est (existence). C’est pourquoi Thomas d’Aquin écrivait que « l’exister est ce qu’il y a de plus intime en chaque chose et ce qu’il y a en toute chose de plus profond. » C’est par rapport à l’acception classique de l’existence que les existentialistes se positionneront.

Le premier, Kierkegaard, serait parti de Hegel qui considérait l’existence comme une simple propriété de l’essence. Contrairement au maître, l’existentialisme de Kierkegaard soutient la primauté de l’existence sur l’essence. Exister pour l’homme, c’est être libre et responsable, c’est choisir, s’engager, se passionner. L’existant fait l’épreuve de l’angoisse par laquelle il scrute ses abîmes et butte contre le Transcendant.

Pour Jaspers, le Dasein, c’est la condition humaine, le symbole de la Transcendance. L’existence est un déchirement entre notre présence dans le monde et notre aspiration à une transcendance. L’existence est un idéal de notre moi empirique, elle exprime notre possibilité la plus profonde qui ne se réalise pleinement que dans la communication. Mon existence la plus intime est incommunicable et indescriptible.

Chez Sartre, on existe dans la mesure où on s’affirme, on se pose, on se choisit librement. Sinon, on cesse d’exister. L’essence, ce n’est pas ce qu’est une chose pour moi, mais c’est sa valeur. L’homme n’est d’abord rien, il n’est que ce qu’il se fait. C’est en cela que l’existence précède l’essence. L’existence de l’homme sartrien, c’est sa liberté. Son existentialisme qui replace l’essence dans l’existence veut partir de la subjectivité pour donner sens aux choses.

Pour Gabriel Marcel, l’existence suppose la conscience comme signe de l’existence. Mon corps me permet de prendre conscience des existants qui alimentent ma connaissance, mon affectivité et mon action. Celui qui existe, c’est celui-là qui est conscient de son être. Mon existence propre est à peine de l’être, elle appelle l’être sans fin et sans limites. Sans nier le tragique de la vie et l’expérience de l’angoisse, de l’échec, de la solitude et de la mort, Gabriel Marcel propose à l’homme de faire une expérience existentielle qui l’achemine vers l’absolu.

Pour Heidegger, les choses sont, tout simplement ; ce sont des étants. Seul l’homme existe. Sa philosophie est plus existentiale qu’existentielle. Car, contrairement à Jaspers et Sartre, il ne s’arrête pas à l’existence concrète mais veut déterminer les caractéristiques générales de l’existence : les structures ontologiques de l’existence. La description de l’être-là a pour but d’atteindre l’être même, ce qui est. La philosophie doit être une ontologie. Ce qui constitue l’être de l’homme c’est le temps, c’est la contingence, l’être-pour-la-mort. Etre et Temps de Heidegger prend le chemin de la question de l’être et de son élucidation par le temps.

Cher lecteur, voici en quelques jets et à grands traits une première peinture de l’existentialisme. Ces différentes approches du concept d’existence ne cessent d’éclairer rétrospectivement la continuité d’un courant philosophique composite et riche de nuances. L’atelier des concepts reviendra sur l’existentialisme athée et l’existentialisme chrétien dans leurs sinuosités et harmoniques distinctives.

>>> La facticité de la condition existentielle >>>

>>> L’existentialisme athée de Merleau-Ponty (1908-1961) >>>

>><L’existentialisme athée de Jean-Paul Sartre

>>> HEIDEGGER ET LA TEMPORALITE DU DASEIN

>>> PEUT-ON REINVENTER LE CONCEPT DE DEVELOPPEMENT ?

Emmanuel AVONYO, op

Sources

  • André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie,  Paris, PUF, 2006.
  • Emile Bréhier, Histoire de la philosophie, Paris, PUF, 2004.
  • Emmanuel Mounier, Introduction aux existentialismes, Gallimard, 1962.
  • Gilles Vannier, Pour comprendre l’existentialisme, Paris, L’Harmattan, 2001.
  • Jacques Mantoy, Les 50 mots-clés de la philosophie contemporaine, Privat, 1971.
  • Jacques Mantoy, Précis d’histoire de la philosophie, Paris, L’Ecole, 1966.
  • Paul Ricœur, Lectures 2, La contrée des philosophes, Seuil, 1992.
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Pensée du 07 décembre 09

« Quiconque fait de la philosophie veut vivre pour la vérité ».

Karl Jaspers[1], Initiation à la méthode philosophique

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GRILLE DE LECTURE

La philosophie en sa résonance étymologique signifie amour de la sagesse. Cette compréhension pythagoricienne nous invite à garder au moins une minute de méditation. Pareille méditation nous fait découvrir dans le bruissement du sens que l’amour n’est pas une possession. Il a le sens profond du « pour toujours » et « de toujours », puisque aimer un être, c’est lui dire toi tu ne mourras pas[2]. Dans cet aveu se dessine silencieusement la certitude qu’  « aimer, c’est trouver sa richesse hors de soi.»[3]

Une seule fois dans la vie, il (l’amour) arrive et nous embarque vers ce qui constitue la fine pointe de notre principe. N’est-ce pas ce principe sans principe qu’il convient ici d’appeler sagesse ? La sagesse en effet, est ce vers quoi  les choses retournent après avoir été propulsées par elle dans l’acte initial de son déploiement. C’est donc la quête de cette sagesse qui constitue l’essentialité de la tâche philosophique.

Ainsi donc pouvons-nous dire que le philosophe dont toute la vie est tension vers la sagesse est un pèlerin du sens. Il aspire à la sagesse, à la vérité pour ensuite coïncider avec lui-même. Par la philosophie, le philosophe décide de se faire compagnon de la vérité, mieux, de la sagesse. Dans cet élan amoureux se pose devant le Dasein, l’apocalypse (la révélation) de son essence : il est un être fait pour la vérité. Une telle conjoncture nous révèle avec Jaspers que celui qui veut philosopher doit vivre pour la vérité.

La philosophie ne peut sans risque de s’évanouir dans une profondeur abyssale se départir de la vérité. Car la véracité est la dignité de l’homme. Dans le manque de sincérité, nous nous faisons horreur à nous-mêmes[4]. Puisque aimer revient à dire que je veux que tu sois, la vie du philosophe devient le sacré livre dans lequel s’imprime l’impératif : je veux que tu sois. Dans cette perspective, l’humain ne serait-il pas –de soi- le geste originaire du dépassement ?

Elvis-Aubin Klaourou

Pensée du 06 décembre

L’academos

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[1] Karl Jaspers, Initiation à la méthode philosophique, trad. Laurent Jospin, 1966, Paris, Ed. Payot & rivages, 1970, p.144.

[2] Gabriel Marcel cité par Xavier TILLIETTE, « Gabriel Marcel et l’autre Royaume », in Jean Wahl et Gabriel Marcel, p. 38.

[3] Christian Bodin, La part manquante, Gallimard, 1989, p. 24.

[4] P. 97.

Pensée du 05 décembre 09

« C’est tout ce que mérite la bévue des ignorants qui supposent qu’en adoptant l’utilité comme critérium du bien et du mal, les utilitaristes donnent à ce mot le sens étroit et propre de la langue familière, qui oppose utilité au plaisir. »

JOHN STUART MILL, L’utilitarisme

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GRILLE DE LECTURE

Il n’est pas aisé de saisir ce que John Stuart Mill insinue dans ce passage. Nous savons que ce philosophe utilitariste à une réputation particulière. Georges Tanesse dit de lui qu’il un disciple indocile, plus brillant par son caractère que par sa clairvoyance. Il s’est très vite écarté de la ligne de son maître Bentham au moment de l’élaboration de sa philosophie pratique. Il s’est permis par exemple de reprocher à son père comme à son maître dans un ouvrage sans auteur de n’avoir eu qu’une vision très incomplète de la réalité. Le sentiment moral, l’obligation du devoir et la conscience morale leur auraient échappé.

Le philosophe John Stuart Mill n’a pas toujours défendu en l’état la doctrine utilitariste. Mais dans la pensée que nous analysons, il semble prendre la défense de l’utilitarisme. Il convient de savoir contre quoi il prend le parti utilitariste. Il s’excuse d’abord auprès des philosophes parce que les utilitaristes leur auraient donné l’impression d’opposer utilité et plaisir, alors que l’utilitarisme est traditionnellement accusé de réduire l’utilité au plaisir. John Stuart Mill y voit un contresens qu’il faut élucider. Pour lui, d’Epicure à Bentham, utilité rimait avait plaisir comme absence de douleur. Il reproche en réalité aux philosophes qui entretiennent cette confusion concernant l’utilitarisme leur légèreté d’esprit et leur prétention. C’est par ignorance qu’ils ont fait de ce terme un usage aussi erroné.

Ensuite, pour sauver l’utilitarisme de cet avilissement, John Stuart Mill ne s’est pas contenté de blanchir sa famille spirituelle. Il s’attaché à purifier la notion de plaisir. Que le bonheur soit la fin de l’action humaine, il ne trouve rien à redire. Mais il refuse de l’identifier à la satisfaction des désirs sans distinction de qualité. Pour lui, une hiérarchie de dignité entre les tendances s’impose. C’est à une redéfinition de l’utilitarisme qu’il a procédé, mais après avoir adressé des invectives à leurs prétentieux détracteurs.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 04 décembre

L’academos

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