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Pensée du 03 novembre 09

« La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement et c’est pourtant la plus grande de nos misères ».

BLAISE PASCAL, Pensées

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GRILLE DE LECTURE

Depuis Descartes, l’homme est défini comme animal pensant. C’est-à-dire : « une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi et qui sent »[1]. Par cette faculté, il se distingue de l’animal du fait déjà qu’il se sait existant. Grâce à l’exercice de la raison, il est cet être vivant qui réclame des comptes et qui rend des comptes[2]. Perçu comme tel, il s’assigne la tâche d’être maître et possesseur de la nature[3]. Porté par ce vœu et cet idéal, l’homme pose un nombre pléthorique  d’activités dans le quotidien factuel de son existence. Par une réelle agitation qui désormais régit son existence, l’homme appréhende son travail comme un hommage à sa dignité. Pourtant une réelle méditation de l’agir de celui-ci ne laisse-t-elle pas entrevoir la présence silencieuse d’une misère qui, comme une vermille, le ronge de l’intérieur ?

Selon Pascal, cette agitation n’est rien moins que la résultante d’une incapacité à rester en repos. Car quoique doté de raison l’homme échappe à lui-même et ne peut rester auprès de lui-même. La conscience d’une telle misère de sa condition qu’il expérimente dans la tristesse et le désespoir le pousse à se fuir par le divertissement. Dans cette conjoncture, le divertissement chez Pascal consiste à se détourner de soi, de son néant, de sa mort[4]. Au fond, le divertissement constitue une consolation pour l’homme dans la mesure où il est incapable d’assumer cette misère. Dans le divertissement en effet, l’homme reste sourd à l’appel de son intériorité parce que vivant à la périphérie de son être.

Toutefois, si le divertissement constitue une solution pour l’homme, il n’en demeure pas moins vrai qu’il reste la plus grande misère. L’homme au total a une double nature. Celle qui, à la fois, cherche le repos mais qui ne peut s’en satisfaire. La question de fond qui se dégage donc de cette communication est : qu’est-ce que l’homme ? Telle est donc la question qui est la question de la pensée et qui intéresse le monde entier. De la réponse qu’elle recevra dépendra l’avenir de la terre et celui de l’existence, de l’homme sur cette terre.

Klaourou Elvis Aubin

e.klaourou@yahoo.fr

Pensée du 02 novembre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE


[1] René DESCARTES, Discours de la méthode, Paris, Librairie Larousse, 1969, p. 185.

[2] Heidegger, Principe de raison, Paris, Gallimard,

[3] René DESCARTES, p. 97.

[4] André CONTE-SPONVILLE, Dictionnaire philosophique, Paris, PUF, 2001, p. 178-179.

Pensée du 02 novembre 09

 

« La compréhension est le mouvement même de la ‘‘Transcendance’’».

Hans Georg GADAMAER,le problème de la conscience historique (p. 51)

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GRILLE DE LECTURE

Avec Heidegger, la compréhension n’est plus une opération qui irait  en sens inverse de celle de la vie constituante et qui lui serait postérieure. Elle est bien au contraire, le mode d’être originaire de la vie humaine elle-même. Ici se trouve le testament heideggérien légué à Gadamer. Lequel testament invite à admettre que comprendre n’est pas un mode de comportement parmi d’autres mais le mode d’être du dasein.

Mais en fait que veut dire comprendre ? Une approche du concept en sa résonance allemande pourrait tracer le chemin de la réponse à la question posée. A la lumière donc de cette approche, nous découvrons que le verbe comprendre (Verstehen) possède deux sens. Tout d’abord il a le même sens qu’en français lorsque nous disons, par exemple : « je comprends la signification de quelque chose ». Ensuite il signifie aussi : « s’y connaître en quelque chose ». De ces deux acceptions, la compréhension en conséquence, devient l’acte par lequel, l’on communie à ce qui se pose là devant soi et qui toujours déjà entretient avec nous un lien d’amitié. La compréhension est donc une question « d’appartenance » dans la mesure où le mouvement de la compréhension est porté par le désir de faire communauté avec le sens.

Au fond, il s’agit de saisir que « ce que nous nous préparons à accueillir n’est jamais sans quelque résonance en nous, et il est le miroir où chacun de nous se reconnaît »[1]. De ce point de vue, il n’est pas hasardeux d’affirmer avec Gadamer que « la compréhension est le mouvement même de ‘‘la transcendance’’». Cette affirmation requiert de nous au moins une seconde de silence.

Pareil silence nous donne de comprendre en un éclair que la compréhension est le mouvement même de la transcendance parce qu’elle est le lieu même où se tissent silencieusement les fiançailles de l’homme d’avec la vérité (la transcendance). C’est donc cette vérité qui suscite en l’homme son désir, sa soif de comprendre. Dès lors, dire que « la compréhension est le mouvement même de ‘‘la transcendance’’ revient à dire que la compréhension a un poids ontologique et que « toute compréhension commence par le fait que quelque chose nous appelle »[2]. Elle est une détermination transcendantale qui donne à l’herméneutique une nouvelle dimension et une portée universelle. De ce fait, toute compréhension herméneutique commence et finit par la chose même[3].

Klaourou Elvis Aubin

e.klaourou@yahoo.fr

Pensée du 1er novembre 09

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE


[1]Hans Georg GADAMER, le problème de la conscience historique, trad. Pierre Fruchon, Paris, ed. Seuil, 1996, p.56.

[2] Ibidem, p.88.

[3] Ibidem, p. 90.


L’espace chez Kant

Le texte que voici est un exposé fait en cours de philosophie kantienne (L3) le 26 avril 2009. Le travail a été présenté sous le contrôle du professeur Kouassi Raoul. Les noms des auteurs se trouvent en fin de texte.

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INTRODUCTION

Emmanuel Kant vécut du 22 avril 1724 au 12 février 1804 à Königsberg dans une famille de onze enfants. Il reçu de sa mère une éducation morale et religieuse qui le marqua toute sa vie. Il dira plus tard n’avoir souvenir de rien qui, dans la maison paternelle, fut en contradiction avec l’honnêteté, la décence, la vérité[1].

Nonobstant les nombreuses difficultés liées à la mort de sa mère et de son père, Kant bénéficiera d’une solide formation à l’université de Königsberg. Plus tard, il y dispensera les matières les plus diverses à savoir : mathématiques, logique, métaphysique, physique, pédagogie, droit naturel, géographie. Professeur scrupuleux et vivant, fort aimé de ses élèves, son enseignement sera un commerce des plus intéressants[2]. Il est auteur de plusieurs œuvres notamment : Critique de la faculté de juger (1790), Critique de la raison pratique (1788), Fondements de la métaphysique des mœurs (1785), Prolégomènes à toute métaphysique future qui voudra se présenter comme science (1783), Critique de la raison pure (1ère édition 1781, 2ème édition corrigée 1787) d’où est extrait notre texte d’étude. Lequel texte constitue la première section après l’introduction de ladite œuvre. Il a pour thème l’espace.

En effet, à la question de savoir « qu’est-ce que l’espace ? », l’auteur dans sa thèse nous le présente comme une intuition pure. Pareille affirmation exige de nous une pause recueillante. Un recueillement qui nous invite à faire l’herméneutique de cette vérité, c’est-à-dire à la lire et à la relire afin de la comprendre pour annoncer la pâque spéculative de la résurrection du sens fondamental de cette intuition pure.

A cet effet, il importe de rappeler la question qui nous a mis en mouvement et en dialogue avec l’auteur. Qu’est-ce que l’espace ? De la profondeur de cette exigence, l’on s’aperçoit que la compréhension de l’espace kantien passe avant tout par une interprétation de Kant en philosophe puisqu’il se présente comme tel et en ami, c’est-à-dire en cherchant de plus près à comprendre ce qu’il nous dit au lieu de le critiquer de l’extérieur. Il faut se laisser former par lui pour le comprendre en philosophe et en sage.

Car pour exposer la recherche d’un philosophe, il faut philosopher avec lui, repenser avec lui, tâcher de découvrir avec lui ce qui a été comme le centre, le noyau vital de ses réflexions. Ainsi la compréhension kantienne de l’espace n’est possible que par la saisie de l’ordre intime de sa pensée, sa diversité et son unité caractéristiques. Il s’agit donc de le suivre pas à pas dans sa recherche en élaguant le plus possible tous les a priori provenant des philosophies postérieures.

C’est pourquoi nous avons voulu développer la conception kantienne de  l’espace selon l’ordre même de sa recherche. Lequel ordre se présente dans la première unité de sens comme une exposition métaphysique de l’espace. Dans la seconde, il fait une exposition transcendantale de l’espace avant de dégager dans la troisième, les conséquences de sa démonstration.

I.       EXPOSITION METAPHYSIQUE DE L’ESPACE

Du latin ‘‘expositio’’, l’exposition chez Kant désigne la représentation claire quoique non détaillée de ce qui appartient à un concept. Elle est dite métaphysique lorsqu’elle contient ce qui représente le concept comme donné a priori[3]. Dans cette première unité de sens, il s’agira d’abord de découvrir que l’exposition métaphysique de l’espace vise précisément à montrer en quoi le concept de l’espace est a priori. Nous aurons ensuite à démontrer qu’il n’est pas un concept au sens d’une représentation générale et médiate par opposition à l’intuition.

I.1.    Un concept non empirique

Kant commence son exposé sur l’espace par une définition négative. Il affirme dans la première phrase que « l’espace n’est pas un concept empirique qui ait été tiré d’expérience externe »[4]. Cette affirmation illustre l’enjeu de l’argument à savoir que l’espace n’est pas a posteriori mais nécessairement a priori. Car  toute expérience extérieure au contraire suppose l’espace. Aussi dans la deuxième phrase qui constitue le cœur de son argument, Kant est-il d’avis que l’on pose la représentation de l’espace comme fondement pour que certaines sensations puissent être rapportées à quelque chose d’extérieure. En d’autres termes à quelque chose placé dans un autre lieu de l’espace que celui où je me trouve[5].

Par cette analyse, il est évident aux yeux de Kant que l’expérience extérieure n’est elle-même possible qu’au moyen de la représentation de l’espace comme fondement[6]. Ainsi, l’impossibilité de déduire l’espace de l’expérience découle du fait que la représentation de l’espace est le fondement nécessaire pour pouvoir appréhender les prédicats spatiaux (l’extériorité et la contiguïté) de l’expérience perceptive. C’est logiquement que nous revisitons à présent l’espace comme une représentation a  priori.

I.2.    L’espace comme une représentation a priori

Dans la Critique de la raison pure, Kant présente l’espace comme « une représentation nécessaire a priori qui sert de fondement à toutes les intuitions extérieures… une condition de possibilité des phénomènes »[7]. L’on peut entendre par représentation a priori de l’espace le fait que l’espace préexiste à toute expérience. L’espace est une forme pure de l’intuition externe à travers laquelle le sujet forme des objets et sans laquelle il ne saurait y avoir d’objets pour lui. L’espace, selon Kant, ne peut être dérivé des expériences parce qu’il est déjà impliqué dans chacune d’elles. C’est en ce sens que pour Kant, « L’espace sert de fondement, d’une manière nécessaire, aux phénomènes extérieurs.»[8]

Car, tout ce que je perçois de réel, je le perçois dans l’espace. L’espace est la condition de la réalité pour moi de n’importe quel objet. L’espace est pour cela une condition nécessaire a priori. Il est justement impossible de se faire une représentation abolissant l’espace, mais comme le souligne Kant, il est parfaitement possible d’en éliminer en pensée tous les objets[9]. Une question se pose cependant : l’espace est-il une réalité en soi, existant même sans qu’intervienne un sujet connaissant, donc une réalité absolue ? Ou bien est-il une intuition jaillie du sujet, à travers laquelle celui-ci forme des objets ? L’espace est-il une réalité relative au sujet ?

Pour répondre à cette difficulté, Kant évoque la connaissance a priori en géométrie. En géométrie par exemple, nous connaissons a priori, non à partir de simples concepts, mais à l’aide de constructions intuitives, c’est-à-dire, à partir de relations qui se trouvent ensuite correspondre à la réalité. Ces connaissances en géométrie, qui ne sont possibles que grâce à l’espace, ne sont pas tirées de l’expérience, mais soumises à l’épreuve de l’expérience où elles se vérifient. Si le sujet découvre dans la forme de son intuition cela même qu’il retrouve dans la réalité, c’est parce qu’il l’a constitué préalablement et de tout temps, à l’aide de cette forme de l’intuition qu’on appelle espace.

Kant déduit donc la certitude apodictique de tous les principes géométriques et de la possibilité de leur construction a priori. En effet, si l’espace était un concept a posteriori, les premiers principes de la détermination mathématique ne seraient rien que des perceptions, ayant ainsi toute la contingence de la perception[10]. Plus qu’une représentation a priori où l’espace serait défini comme un concept de l’entendement, l’espace est en réalité une intuition pure.

I.3.    L’espace comme pure intuition

La sensibilité est la faculté des intuitions. Par intuition, il faut entendre la vue directe et immédiate d’un objet de pensée actuellement présent à l’esprit et saisi dans la réalité individuelle. Tout en restant une représentation a priori, Kant définit l’espace comme une pure intuition[11]. Autrement dit, l’espace est cette forme pure de la sensibilité qui rend possible notre rapport spatial immédiat avec les choses. Au sens kantien du terme, l’espace n’est pas un concept. Car un concept du point de vue de la compréhension est construit avec des éléments plus simples que lui. Or le morceau d’espace n’est pas plus simple que tout l’espace. Du point de vue de l’extension, un concept doit s’appliquer à une diversité d’objets. Ce qui n’est pas le cas au niveau de l’espace puisqu’il ne peut que s’appliquer à lui-même. Pour Kant, l’espace est un. Quand on parle de plusieurs espaces on n’entend par là que les parties d’un seul et même espace[12]. Il s’ensuit qu’une intuition a priori est la base de tous les concepts que nous formons[13]. L’espace ne peut être qu’une intuition parce qu’il contient en soi une multitude infinie de représentations, ce que ne peut faire le concept qui est seulement la représentation du caractère commun d’une multitude infinie de représentations possibles.

Avec l’exemple du triangle, Kant nous montre que les principes géométriques ne sont jamais déduits des concepts généraux de la ligne et du triangle mais de l’intuition et cela a priori et avec une certitude apodictique[14]. Il n’y a donc nulle ombre de doute que la géométrie soit pour Kant la science qui établit de façon synthétique quoique a priori les propriétés de l’espace. Kant convient à ce propos qu’il faille admettre l’espace comme une intuition pure pour que la science de ses propriétés soit a priori et ne se fonde pas sur l’expérience. Ainsi s’il est vrai que l’espace est un concept non empirique, une représentation a priori et une intuition pure, il ne demeure pas moins vrai que tout ceci nous fait déboucher sur la grandeur infinie de l’espace.

I.4.    L’espace comme une grandeur infinie

Dans ce quatrième moment, Kant montre que « l’espace est une grandeur infinie donnée »[15]. Ce quatrième moment de l’exposition métaphysique vient à la fin comme ce qui vient dire la vérité de tout ce qui précède. Il nous ouvre à l’intelligence de la distinction kantienne de l’exposition métaphysique et de l’exposition transcendantale. En clair, ce qui est en affaire dans ce quatrième moment de l’exposition métaphysique est la compréhension de la notion de « grandeur infinie donnée » à la lumière des distinctions qu’établit Kant entre l’exposition métaphysique comme la forme d’intuition d’une part et d’autre part l’exposition transcendantale comme intuition formelle de l’espace.

L’exposition métaphysique de l’espace a pour horizon de faire comprendre l’espace comme indéterminé et indéfiniment déterminable comme « grandeur infinie donnée ». Cette réflexion même qui montre l’espace comme ce qui totalise le divers homogène et le détermine comme grandeur, montre aussi l’espace comme le déterminable, c’est-à-dire l’intuition comme pure a priori. Autrement dit, l’espace, en tant qu’intuition pure a priori, n’est pas le produit d’une synthèse immédiate, parce que nous ne pouvons avoir de l’espace que des intuitions déterminées, soit données dans l’expérience sensible, soit construites dans l’intuition.

Le concept d’espace ne peut donc pas être atteint par une sorte d’introspection ou un sens interne. Le fond de l’affaire est que, selon les thèses kantiennes les plus fortement soulignées, le passage des parties au tout dans la synthèse de la grandeur extensive est à ce point immédiat qu’elles « ne sauraient… être antérieures à cet espace unique qui comprend tout, comme si elles en étaient les éléments (…) elles ne peuvent être pensées qu’en lui »[16]. C’est-à-dire que dès qu’il y a détermination spatiale, il y a espace, dès qu’il y a partie, il y a tout. En ce sens « l’espace représenté comme grandeur infinie donnée » ne signifie pas qu’il soit immédiatement donné aux sens et que l’infini puisse ainsi s’épuiser par dénombrement.

A dire vrai, l’expression de «  grandeur infinie donnée » est délicate dans l’esthétique transcendantale. Elle exige qu’on s’entende précisément sur les termes. S’agit-il avec la « grandeur » de quanta ou de quantitas, avec l’ « infini » de potentialité ou d’actualité, avec la « donation », d’une construction ou d’une donation sensible ?

Nous pensons que l’espace dont-il est question ainsi que le temps sont des quanta originaires que l’entendement n’a pas encore rendu mesurables et qu’en cette pureté non encore intellectualisé, l’infini est donc tout autre chose que l’illimitation de la synthèse qui procède sans fin du fini au fini : elle s’ouvre dans cette autre évidence phénoménologique de la ‘‘co-donation’’ à l’infini des parties de l’espace, dans l’unité, qui les précède, de la représentation de l’unique espace. En d’autres termes, « l’espace est représenté comme une grandeur infinie donnée », signifie : que l’espace soit une grandeur ne veut pas dire qu’il ait telle ou telle quantité d’étendue, et une grandeur infinie ne signifie pas une quantité d’étendue non finie. La grandeur vise ici cet être-grand qui rend possible les quantités d’étendues particulières susceptibles d’être déterminées, qui demeure indéterminé et continu au regard de la multiplicité des parties : tel est l’espace.

Nommer infinie cette grandeur ne signifie donc pas que l’espace diffère des parties individuelles et déterminées par le degré et la richesse de sa composition, mais qu’il en est différent infiniment, c’est-à-dire essentiellement. Il précède toutes les parties comme la totalité unique dans laquelle elles peuvent être circonscrites. Cette totalité ne possède pas, comme l’universalité du concept, la pluralité des individus en dessous d’elle, mais elle contient ses parties en tant que déjà ‘‘co-intuitionnées’’ en sorte que cette pure intuition de la totalité peut à chaque instant livrer les parties. La représentation de pareille grandeur infinie en tant que donnée est donc une intuition qui se donne son contenu. Si cette totalité unique peut être donnée d’un coup, sa représentation laisse surgir ce qu’elle est susceptible de représenter et doit être appelée, en ce sens, un acte « originel » de représentation.

En définitive, l’espace est une grandeur infinie, parce qu’il est capable de contenir une quantité infinie de représentation, il est une intuition et non un concept. L’espace n’est pas proprement donné, mais représenté comme donné. Ce qui est donné est « la forme toute prête dans l’esprit ». En un mot, un morceau d’espace n’est pas moins espace. De ce fait, l’espace n’est pas un objet même si l’existence des objets le suppose. Au fond, si l’exposition métaphysique a conduit à son terme l’analyse de la représentation sans faire appel à la relation de l’espace à la géométrie, l’exploitation de cette tâche semble être celle que vise l’exposition transcendantale du concept de l’espace.

II.      EXPOSITION TRANSCENDANTALE DE L’ESPACE

L’étude de l’exposition métaphysique nous a conduit à la compréhension de l’espace comme une intuition pure, une représentation a priori et comme une grandeur infinie. Dans cette seconde unité de sens, il s’agira pour nous de présenter d’une part l’espace comme fondement de la connaissance et d’autre part, l’espace comme la condition a priori de la connaissance.

II.1.    L’espace comme fondement de la connaissance

La connaissance (la science) exige que l’activité de l’esprit (la mise en forme) s’applique à des objets donnés de l’expérience. Dans la logique de cette affirmation, Kant peut déduire que l’homme ne peut rien connaître au-delà de l’expérience. En d’autres termes, seul ce qui se plie au tribunal de l’expérience peut être connu de l’homme. Or l’expérience extérieure dans la perspective kantienne n’est possible que par la sensibilité. La sensibilité est la faculté des intuitions. Par intuition il faut entendre la vue directe et immédiate d’un objet de pensée actuellement présent à l’esprit et saisi dans sa réalité individuelle. Il n’y a donc d’intuition que si un objet nous est donné. Or seul l’espace est capable de nous livrer à l’extérieur de nous les objets. De ce point de vue, l’on comprend que « l’espace est le principe capable d’expliquer la possibilité d’autres connaissances synthétiques a priori »[17].

Dire donc de l’espace qu’il est le fondement de la connaissance, c’est reconnaître l’espace comme le principe suprême, le point de départ de la connaissance. Sans aucune hâblerie, l’espace est le fondement des constructions c’est-à-dire le fondement des connaissances mathématiques. Pour ce faire, Kant montre que pour que la géométrie soit la science qui détermine synthétiquement, et cependant a priori, les propriétés de l’espace, il importe que l’espace soit originairement une intuition[18].

II.2.    L’espace comme condition a priori de la connaissance

Cette exposition a pour enjeu de montrer que l’espace est la condition de possibilité de toute expérience. L’espace rend possible la juxtaposition  ou la simultanéité des choses. Elle permet leur monstration et la manifestation des phénomènes[19]. Cependant Kant précise que l’affirmation selon laquelle l’espace est la condition a priori de la connaissance ne signifie pas qu’elle est la condition de possibilité des choses en soi mais bien au contraire, la condition de celles des phénomènes. En d’autres termes, il est ce par quoi les choses sont manifestées. De ce fait, la présentation de l’espace comme « condition des objets extérieurs appartient d’une manière nécessaire au phénomène ou à l’intuition du phénomène »[20].

Il nous faut à présent montrer en quel sens l’espace est la condition a priori de la connaissance. Cette précision exige que nous distinguions dans notre objet de connaissance deux sortes d’éléments à savoir : la matière qui dépend de l’objet même et la forme qui dépend du sujet. Ainsi connaître chez Kant consiste à mettre en forme la matière donnée, et il est clair que la matière est a posteriori tandis que la forme est a priori. Nous pouvons conclure avec Kant que l’espace est la condition a priori de la connaissance. Quelles sont donc les conséquences qui résultent de cette argumentation kantienne ?

III.    CONSEQUENCES DE LA CONCEPTION DE L’ESPACE

La lecture et la méditation de la démonstration spatiale de Kant nous fait déboucher sur des conclusions gnoséologiques qui en vérité font rupture avec celle de Newton et de Leibniz. Mais avant, quelle brève présentation pouvons-nous faire de la conception  spatiale de Newton et de celle de Leibniz ? En quoi consiste l’originalité spatiale de Kant ?

III.1. L’espace chez Newton (1643-1727)

En 1687, Newton franchit une nouvelle étape conceptuelle. En publiant, en 1687, Les Principes mathématiques de la philosophie naturelle, il définit le mouvement à partir du concept de quantité de mouvement. En 1776, La monadologie physique repart de cette opposition entre métaphysique et physique : la géométrie pose un espace infiniment divisible. Dans cette perspective, le mécanisme géométrique de Newton admet l’existence du vide ; hypothèse nécessaire pour concevoir des mouvements libres. Par la suite, on découvre que Newton dans sa théorie spatiale, fait de l’espace un être réel, une réalité absolue qui existe indépendamment de tout contenu. Une telle conception semble ne pas recevoir l’approbation de Leibniz.

III.2. L’espace chez Leibniz (1646-1716)

Contrairement à Newton, Leibniz considère que l’espace est un système de relation entre les corps. Car, s’il n’y avait pas de corps, la notion d’espace perdrait son sens. Dans cette perspective, il fait observer que la notion d’espace est issue de la perception du mouvement. C’est parce que nous observons que les choses changent leur rapport de situation les unes par rapport aux autres que nous en venons à considérer la notion d’espace. Ce qui est originaire est la perception d’objets physiques qui ont un certain rapport de situation (haut, bas, devant, derrière) entre eux ; nous observons que les choses perçues changent de distance et de situation les unes par rapport aux autres ; c’est ce changement que nous appelons le mouvement et ce mouvement nous amène à former la notion de l’espace.

Pour Leibniz, on ne peut donc pas rencontrer d’espace vide dans notre perception. Il y a toujours un corps qui occupe la place d’un autre. L’espace est donc ce qui résulte de l’ensemble des places prises ensemble. C’est ce qui conduit au rapport métrique et topologique de l’espace. Avec Leibniz, il nous faut retenir que l’espace est purement relatif, l’espace étant de l’ordre des cœxistences. Au regard de la théorie spatiale de Newton et de celle de Leibniz, il est possible de constater la rupture épistémologique qu’opère Kant dans sa nouvelle considération de l’espace.

III.3. Kant entre Newton et Leibniz

Il existe une réelle polémique autour de la pensée kantienne sur l’espace. Car si pour certains, l’espace kantien est une reprise de la conception newtonienne, pour d’autres au contraire, la pensée kantienne n’est rien moins qu’une relativisation de l’espace à la suite de Leibniz. Pourtant une réelle méditation de la pensée kantienne, nous montre bien qu’il rejette l’une et l’autre thèse lorsqu’il présente de façon très originale, l’espace comme dépendant uniquement de la forme de notre intuition, de la constitution subjective de notre esprit.

Ainsi, l’espace au sens kantien du terme est une intuition pure, une forme a priori de la sensibilité, le cadre à l’intérieur duquel sont données et liées les sensations. Mais il en résulte deux conséquences. La première est que l’espace n’existe dans les choses qu’autant qu’on les perçoit[21]. C’est en ce sens qu’il convient de comprendre son assertion selon laquelle : « il n’y a pas de déterminations soit absolues soit relatives, qui puissent être intuitionnées avant l’existence des choses auxquelles elles appartiennent et par conséquent a priori »[22]. La seconde est qu’on ne peut parler d’espace et d’êtres étendus qu’au point de vue de l’homme, mais qu’en revanche pour l’homme, il n’y a d’objets perçus que dans l’espace[23]. Nous ne pouvons pas savoir si pour d’autres êtres pensants les choses présenteraient les propriétés spatiales qu’elles présentent pour nous ; mais nous savons que pour nous les rapports spatiaux sont constitutifs des choses[24].  L’espace n’est pas la condition de la possibilité de la chose en soi, mais seulement la condition de leur manifestation à notre esprit. Il est présupposé par toute expérience tout en étant une idée pure constitutive de notre faculté de connaître. L’espace et le temps sont selon Kant des réalités empiriques et des idéalités transcendantales.

CONCLUSION

Au cours de cet exposé sur l’espace dans la Critique de la raison pure, nous nous sommes attelés à rendre compte de la conception kantienne de l’espace en trois moments : l’exposition métaphysique de l’espace, l’exposition transcendantale du concept de l’espace et les conséquences de ces expositions. A la question « qu’est-ce que l’espace ? », Kant répond que l’espace est une intuition pure, un concept non empirique, une représentation a priori et une grandeur infinie. Bien plus, l’espace, le fondement de la connaissance est encore une condition a priori de toute connaissance. L’espace est une forme pure de notre sensibilité dans laquelle toutes nos sensations s’ordonnent. Il est une condition nécessaire et universelle de l’expérience sensible. Toutefois, l’espace existe a priori dans notre faculté de connaître. L’espace est de ce fait une réalité empirique et une idéalité transcendantale. Nous avons souligné aussi que la conception de l’espace chez Kant se situe entre celles de Newton et de Leibniz, elle leur est pour cela même irréductible.

AUTEURS DE L’EXPOSE

AMADI Mervy

ASSONHON José

AVONYO Sena

EHIMANE Mathieu

FOFANA D. Benjamin

KLAOUROU Elvis Aubin

MANDABA Romaric

ONANA Lucas

PADOUNDJI Serge


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TABLE DES MATIERES

SOMMAIRE

INTRODUCTION

I.       EXPOSITION METAPHYSIQUE DE L’ESPACE

I. 1.   Un concept non empirique

I. 2.   L’espace comme une représentation a priori

I. 3.   L’espace comme pure intuition

I. 4.   L’espace comme une grandeur infinie

II.      EXPOSITION TRANSCENDANTALE DE L’ESPACE

II. 1.  L’espace comme fondement de la connaissance

II. 2.  L’espace comme condition a priori de la connaissance

III.    CONSEQUENCES DE LA CONCEPTION DE L’ESPACE

III. 1. L’espace chez Newton

III. 2. L’espace chez Leibniz

III. 3. Kant entre Newton et Leibniz

CONCLUSION


[1] Emmanuel KANT, Préface à la deuxième édition de la critique de la raison pure,  Fernand Nathan 1981, p. 7.

[2] Pascal GEORGES, Pour connaître Kant, Paris, Bordas, 1966, p. 11.

[3] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Trad. TREMESAYGUES et B. PACAUD, Paris, Quadrige/PUF 7ème édition,  juin 2004, p. 55.

[4] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 56.

[5] Idem.

[6] Idem..

[7] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 56.

[8] Idem.

[9] Idem.

[10] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 56.

[11] Idem.

[12] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 57.

[13] Idem.

[14] Idem.

[15] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 57.

[16] Emmanuel Kant, Critique la raison pure, Tom. I, trad. J. BARNI, coll. Les meilleurs auteurs classiques, Paris, Ernest Flammarion, p. 65.

[17] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 57.

[18] Idem.

[19] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 59.

[20] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 60.

[21] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 57.

[22] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 58.

[23] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 58.

[24] Idem.

Pensée du 1er novembre

« La raison est identifiée sans réserve avec l’aptitude à s’émanciper et avec la sensibilité aux malheurs de ce monde. Elle est toujours décidée à défendre les intérêts de la justice, du bien-être et de la paix. Contre le dogmatisme se dresse une raison décidée ».

Jürgen HABERMAS, Théorie et pratique

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GRILLE DE LECTURE

Habermas affirme à plusieurs reprises que sa réflexion est en continuité avec le programme d’émancipation proposé par l’Aufklärung au XVIIIe siècle. Mais son propos ne consiste pas en une assomption pure et simple des intentions concrètes et historiques de l’Aufklärung. Il s’agit plutôt de repenser un projet d’Aufklärung pour notre situation actuelle en nous reliant aux catégories de base du mouvement intellectuel et pratique de l’Aufklärung classique.

D’une part, l’Aufklärung considérait comme pratique raisonnable la libération des contraintes imposées de l’extérieur, la libération des rapports sociaux et politiques oppressifs. D’autre part, elle concevait la théorie, obéissant à l’intérêt commandant la libération, comme un progrès vers la raison. L’intérêt qui est à la base de la connaissance est, pour le siècle des Lumières, explicitement critique, antidogmatique : il suppose l’expérience d’une émancipation humaine conquise par la compréhension des rapports de force dont l’objectivité et la validité ne tiennent qu’au fait qu’ils ne sont pas élucidés.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 31 octobre

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Pensée du 31 octobre

« Le visage, dans sa nudité, exprime la faiblesse d’un être unique exposé à la mort, mais en même temps l’énoncé d’un impératif qui m’oblige à ne pas le laisser seul ».

Emmanuel LEVINAS, Les imprévus de l’histoire

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GRILLE DE LECTURE

S’il y a une partie du corps qui dit proprement l’homme dans tout ce qu’il est, c’est sans conteste son visage. Le visage est le témoin expressif de ce que nous ressentons, de ce que nous sommes parce qu’il n’est jamais matière simplement ou extériorité pure, parce qu’il est toujours chair et esprit. Nous pouvons alors considérer le visage comme une totalité expressive qui signifie une personne. Tout un chacun sait, parce qu’il vit au quotidien, que notre visage exprime et signifie nos états affectifs et intérieurs et ce par le regard en particulier qui varie en intensité, qui s’illumine ou s’assombrit. Les poètes sont même allés jusqu’à dire que le visage est l’expression de l’intériorité intime puisqu’ils en ont fait les « balcons de l’âme ».

La nudité du visage qui exprime la faiblesse d’un être unique exposé à la mort révèle une idée : celle de l’identité. Ici l’identité dit ce qui porte en soi l’esprit. L’identité de l’homme est différente de celle d’une chose close et fermée sur soi. L’identité de l‘homme renvoie sans doute à l’intime, au secret. Ici le secret n’est pas fermeture, mais il confesse le sacré, qu’on  ne doit pas violer et violenter, il inspire respect. Il est donc la profondeur comme ce qui rend possible l’ouverture. La nudité du visage de l’autre en quoi réside la profondeur de son être unique, en faisant signe vers le secret de l’autre, dé-signe ma vocation comme vocation éthique selon Levinas. C’est pourquoi le visage de l’autre me convoque, m’oblige, me rappelle la responsabilité éthique. L’autre vient à moi comme un opprimé, un serviteur souffrant qui supplie mon aide.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 30 octobre

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Pensée du 30 octobre

« Il n’est même pas exclu en principe que l’humanité, comme une phrase qui n’arrive pas à s’achever, échoue en cours de route ».

Maurice MERLEAU-PONTY, Signes

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GRILLE DE LECTURE

L’histoire de l’homme a fait et fait, plus peut-être qu’aucune autre, l’expérience de la contingence. La contingence est l’état d’une chose sans nécessité. L’histoire est sans nécessité parce que l’homme n’arrive pas à la dompter, parce qu’il n’en est pas le maître. Le passé, le présent comme l’avenir ne cessent de nous surprendre. Le passé étant un ancien avenir et un présent récent, le présent comme un passé prochain et un avenir passé et enfin l’avenir comme un présent et un passé à-venir s’inscrivent dans l’ordre de l’imprévisible, de ce qu’on ne peut pas objectiver, de ce qu’on ne peut pas saisir.

L’histoire de l’homme est aussi l’homme de l’histoire. L’homme ne vit pas dans l’histoire mais il est son propre histoire. L’homme fait son histoire. L’histoire de l’homme commence au moment où il commence à exister. L’homme n’habite pas l’histoire à la manière d’un caillou, il est son histoire. Le rapport de l’homme à  l’histoire n’est que pure immixtion. L’homme est la texture de l’histoire, la chair de l’histoire. Si donc l’histoire est contingente cela veut dire que l’homme l’est aussi.

Voilà pourquoi malgré la grandeur de l’homme et la place qu’il tient dans le cours des choses, il reste un être factice ; il est aussi bien voué à l’échec qu’à la réussite. L’homme est essentiellement un être à mystère, mystère de celui qui habite au milieu du ciel et de la terre, de celui qui est une nécessité contingente, aussi bien capable du bien que du mal. Ce mystère est cela qui se manifeste par les imprévus de l’histoire. Etant un être fragile, il  n’existe pas au principe de la vie humaine quelque chose qui dirigerait l’homme seulement et seulement vers le bien. Par sa liberté fragile, il peut échouer en cours de route.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 29 octobre

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Pensée du 29 octobre

« Ce sont les questions qui font le philosophe ».

Paul VALERY, Tel quel

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GRILLE DE LECTURE

Le philosophe est un quêteur, pas un quêteur d’autre chose mais de la sagesse. En sachant qu’il ne sait rien, il se met en route et va à la recherche du savoir, la connaissance, la sagesse. Nous sommes tous des ignorants mais à la différence du commun des mortels, le philosophe est un ignorant insatisfait. L’insatisfaction du philosophe est cela qui le met en route. Il ne se satisfait pas de cela qui lui est donné, il veut voir clair. Le voir clair traduit l’idée de la vérité, de la lumière.

Si nous regardons de plus près, le premier effet de la recherche de la lumière est de nous détacher de ce premier rapport que nous avons au monde, de cette foi primordiale que nous avons dès l’instant où nous ouvrons nos yeux. Et ce premier pas est plus difficile, parce que l’accoutumance au monde et nous-mêmes finit par nous faire admettre que tout va de soi, que les choses sont ce qu’elles sont dans des rapports absolument stables qui ne sont susceptibles d’aucune révision. Dans un tel univers nous regardons les choses sans vraiment les voir, sans faire sérieusement attention à elles. Dans un tel univers, seul peut connaître celui qui a l’esprit éveillé ; l’esprit éveillé dit l’attitude de celui qui ne reste pas collé aux choses, celui qui se laisse interroger par les choses, en clair, celui qui se questionne et questionne les choses. Le questionnement est le point zéro de toute connaissance, c’est là que commence la quête du savoir. Si le philosophe est caractérisé par les questions c’est parce qu’il est amoureux de la sagesse. Les questionnements du philosophe ne sont pas des paroles creuses et oiseuses déconnectées de la réalité mais des paroles qui s’enchevêtrent à la racine de l’Etre. Le philosophe interroge et se laisse interroger. Il n’attend de réponse à aucune de ses questions puisqu’ à chaque fois, les réponses à ses questions deviennent encore d’autres questions. Désormais, c’est dans son rapport au monde que quelque chose vient l’interroger,  l’invitant à se détacher de ses certitudes premières.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 28 octobre

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Pensée du 28 octobre

« L’homme est cette nuit, le néant vide qui contient tout dans sa simplicité. C’est cette nuit qu’on aperçoit lorsqu’on regarde un homme dans les yeux. On plonge alors dans une nuit qui devient terrible ; c’est la nuit du monde qui se trouve en face de nous ».

HEGEL, La philosophie de l’Esprit

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GRILLE DE LECTURE

La nuit traduit l’idée de l’obscurité, du néant, de l’invisible, en clair de ce qui échappe, de l’in-objectif. On pourrait en un autre sens dire que la nuit dit l’apparaître de ce qui est comme frontière pour la conscience objectivante. La nuit est le lieu du silence, elle est  cet instant de l’extase originelle où loin des bruits du monde l’Etre a commencé son poème. Lieu où l’Etre s’est comme retiré en attente de l’éclosion du jour. La nuit en ce sens est la préfiguration du jour, elle est l’annonce du jour.

Cela souligne l’idée d’une nécessité interne lorsque nous parlons du jour ou de la nuit. La nuit est nécessaire pour le jour, et le jour l’est aussi pour la nuit. La nuit est cela qui prépare le jour. Elle est la dimension de l’épaisseur, de profondeur. Si l’homme est comparé à la nuit, cela veut dire que l’homme est l’être de profondeur. Cette profondeur est cela qui signifie la nuit qu’on aperçoit lorsqu’on regarde l’homme dans ses yeux, dans son visage.

Le visage est la partie de l’homme qui signifie son humanité. Le visage se donne à voir pour un autre visage, un autre regard et il est toujours susceptible de me révéler, de me donner à lire et à interpréter. Au milieu du visage s’ouvrent les yeux et s’allume le regard. L’un est inséparable de l’autre, avec toutefois cette nuance étonnante que souligne Sartre : le regard apparaît précisément à cet instant fugace où les yeux disparaissent, leur couleur, leur contour, pour n’être plus qu’une intentionnalité, une intensité, une émotion. Ne serait-il pas commode en effet de dire que nous touchons là à l’inexprimable, à la profondeur même de l’homme, à cette part irréductible d’obscurité qui nous habite tous ?

Si le regard est silencieux, il n’en signifie pas moins et il suscite une interprétation qui, elle, relève bien l’exprimable. Le regard peut bien être compris comme cet au-delà des yeux qui leur donne un style singulier, il n’est rien d’autre que l’écho de la profondeur d’une existence sortant d’elle-même puisqu’elle est communication et rencontre d’autrui. Ainsi le regard reste pouvoir d’échappement sans cesser de rayonner d’un soi. Que l’homme par cet abîme qu’on aperçoit dans les yeux soit comparé à une nuit, cela signifie que son être-là est le visible d’un invisible.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 27 octobre

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Pensée du 27 octobre

« La nécessité est dure, mais seule la nécessité permet à l’homme de montrer s’il a du fond. N’importe qui peut vivre arbitrairement.»

Goethe, Lettre de janvier 1781 à Johano friedrich KRAFFRT

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GRILLE DE LECTURE

La nécessité est le propre de l’homme, elle est la catégorie substantielle de l’homme. Elle est au-delà de toutes les contingences de la vie et demeure comme le substrat de l’existence humaine en tant que telle. L’homme est appelé à vivre la nécessité de son être. Vivre la nécessité de son être, c’est ne pas vivre arbitrairement et ne pas vivre arbitrairement c’est échapper à la contingence, à l’accidentel, au superficiel. En clair, c’est se décider au sens, revenir à soi-même comme à son plus sûr logis et ne devoir son bonheur qu’à soi. Ceci ne révèle pas autre chose que le désir d’un centre, d’un chez soi.

Centre signifie ce qui me permet de rester moi-même, de jouir d’une sorte de fraîcheur, de retrouver mon intimité. Dans l’absence de ce centre, je sors de plus en plus de moi pour m’éparpiller. L’éparpillement ne traduit point que j’acquiers ainsi densité ! Au contraire, en allant dans toutes les directions, je m’épuise. Essoufflé, je tombe dans la distraction, le divertissement qui au lieu de me ramener à moi-même m’enfonce loin de mon centre. Seule la nécessité peut me ramener à moi-même. Cet effort de retour à soi est violence faite sur soi-même, la conquête de la nécessité est endurance c’est pourquoi elle est dure.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 26 octobre

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Pensée du 26 octobre

« Il n’existe un même, certain d’être comme il est, que si peut exister au moins un autre que le même n’est pas, mais auquel il ne cesse de renvoyer comme à ce dans quoi il paraît. »

DIBI KOUADIO AUGUSTIN, L’Afrique et son Autre, la différence libérée.

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GRILLE DE LECTURE

Le même n’est pas l’autre mais, de ne pas l’être, il le nécessite afin d’être tel qu’il est. On pourrait se demander ce que serait la vie, sans la possibilité de l’autre en général. Rien, dans ces conditions, n’aurait pu exister. Exister renvoie à l’idée d’être venu au jour, de se tenir hors de, en un mot, d’être né. Etre né ne suggère-t-il pas le fait de s’être, au moins, distingué de quelque chose ? En un sens métaphysique, l’existence n’implique-t-elle pas la pure possibilité de l’être deux ?

Vivre c’est vivre-avec, être c’est être-avec. Avec qui pourrait-on être sinon l’autre ? Je ne peux dire Je qu’à partir du moment où je me trouve en face d’un Tu. La constitution d’autrui ne vient pas après celle de mon corps, autrui et mon corps naissent ensemble de l’extase originelle. Nous appartenons à une seule corporéité, à un seul Etre. L’autre me révèle ma singularité existentielle. Le même est même par rapport à l’autre. Ce que je perçois d’abord, c’est une autre sensibilité, et, à partir de là seulement, un autre homme et une autre pensée. L’autre est un absolu qui vient à moi, mais lui et moi sommes comme les organes d’une seule intercorporéité. Autrui m’apparaît donc par extension de cette comprésence.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 25 octobre

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