Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Pensée du 06 mars 10

« La nécessité est dure, mais seule la nécessité permet à l’homme de montrer s’il a du fond. N’importe qui peut vivre arbitrairement.»

Goethe, Lettre de janvier 1781 à Johano friedrich KRAFFRT

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GRILLE DE LECTURE

La nécessité est le propre de l’homme, elle est la catégorie substantielle de l’homme. Elle est au-delà de toutes les contingences de la vie et demeure comme le substrat de l’existence humaine en tant que telle. L’homme est appelé à vivre la nécessité de son être. Vivre la nécessité de son être, c’est ne pas vivre arbitrairement et ne pas vivre arbitrairement c’est échapper à la contingence, à l’accidentel, au superficiel. En clair, c’est se décider au sens, revenir à soi-même comme à son plus sûr logis et ne devoir son bonheur qu’à soi. Ceci ne révèle pas autre chose que le désir d’un centre, d’un chez soi.

Centre signifie ce qui me permet de rester moi-même, de jouir d’une sorte de fraîcheur, de retrouver mon intimité. Dans l’absence de ce centre, je sors de plus en plus de moi pour m’éparpiller. L’éparpillement ne traduit point que j’acquiers ainsi densité ! Au contraire, en allant dans toutes les directions, je m’épuise. Essoufflé, je tombe dans la distraction, le divertissement qui au lieu de me ramener à moi-même m’enfonce loin de mon centre. Seule la nécessité peut me ramener à moi-même. Cet effort de retour à soi est violence faite sur soi-même, la conquête de la nécessité est endurance c’est pourquoi elle est dure.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 05 février 10

« L’homme est cette nuit, le néant vide qui contient tout dans sa simplicité. C’est cette nuit qu’on aperçoit lorsqu’on regarde un homme dans les yeux. On plonge alors dans une nuit qui devient terrible ; c’est la nuit du monde qui se trouve en face de nous ».

HEGEL, La philosophie de l’Esprit

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GRILLE DE LECTURE

La nuit traduit l’idée de l’obscurité, du néant, de l’invisible, en clair de ce qui échappe, de l’in-objectif. On pourrait en un autre sens dire que la nuit dit l’apparaître de ce qui est comme frontière pour la conscience objectivante. La nuit est le lieu du silence, elle est  cet instant de l’extase originelle où loin des bruits du monde l’Etre a commencé son poème. Lieu où l’Etre s’est comme retiré en attente de l’éclosion du jour. La nuit en ce sens est la préfiguration du jour, elle est l’annonce du jour.

Cela souligne l’idée d’une nécessité interne lorsque nous parlons du jour ou de la nuit. La nuit est nécessaire pour le jour, et le jour l’est aussi pour la nuit. La nuit est cela qui prépare le jour. Elle est la dimension de l’épaisseur, de profondeur. Si l’homme est comparé à la nuit, cela veut dire que l’homme est l’être de profondeur. Cette profondeur est cela qui signifie la nuit qu’on aperçoit lorsqu’on regarde l’homme dans ses yeux, dans son visage.

Le visage est la partie de l’homme qui signifie son humanité. Le visage se donne à voir pour un autre visage, un autre regard et il est toujours susceptible de me révéler, de me donner à lire et à interpréter. Au milieu du visage s’ouvrent les yeux et s’allume le regard. L’un est inséparable de l’autre, avec toutefois cette nuance étonnante que souligne Sartre : le regard apparaît précisément à cet instant fugace où les yeux disparaissent, leur couleur, leur contour, pour n’être plus qu’une intentionnalité, une intensité, une émotion. Ne serait-il pas commode en effet de dire que nous touchons là à l’inexprimable, à la profondeur même de l’homme, à cette part irréductible d’obscurité qui nous habite tous ?

Si le regard est silencieux, il n’en signifie pas moins et il suscite une interprétation qui, elle, relève bien l’exprimable. Le regard peut bien être compris comme cet au-delà des yeux qui leur donne un style singulier, il n’est rien d’autre que l’écho de la profondeur d’une existence sortant d’elle-même puisqu’elle est communication et rencontre d’autrui. Ainsi le regard reste pouvoir d’échappement sans cesser de rayonner d’un soi. Que l’homme par cet abîme qu’on aperçoit dans les yeux soit comparé à une nuit, cela signifie que son être-là est le visible d’un invisible.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Phrase folle

Le billet de Mejnour 70

« Je suis le chaînon manquant entre l’idéal et l’absolu ». Cette phrase, entendue sur une radio internationale, est folle. Elle est folle en ceci qu’elle traduit la soif d’infini caractéristique de l’humaine condition. Créature ivre d’infini et de liberté. Comme les dieux. Voici l’homme !

C’est pour cela qu’il faut toujours croire. Baudelaire écrivait qu’il faut toujours être ivre. Il n’avait pas vraiment tort, sachant de quoi il voulait que l’on fût ivre. Seulement, l’ivresse engourdit. En revanche, la foi saisissante, fascinante du croyant éveille et convoque à l’action. C’est pourquoi, de toutes les relations, il est une seule qui soit vraiment fondamentale, essentielle. C’est la relation religieuse, de convictions faite. C’est elle qui fait le surhomme et renouvelle la face du monde. C’est elle qui conduit au voisinage de l’idéal et de l’absolu. Grâce à la folie de sages, à la docte ignorance des philosophes, à la joie de vivre et de penser, et de croire.

Mejnour vous salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 04 mars 10

« Il n’y a point de liberté de conscience en astronomie, en physique, en chimie, en physiologie, dans ce sens que chacun trouverait absurde de ne pas croire aux principes établis dans ces sciences par les hommes compétents. »

Auguste Comte, Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société.

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GRILLE DE LECTURE

Dans les sciences dures ou exactes comme les mathématiques, la chimie ou la physique, il n’y a point de liberté de conscience, observe Auguste Comte. Ne pas adhérer à des résultats prouvés en laboratoire ou éprouvés scientifiquement, c’est choisir le chemin de l’absurdité contre soi-même. Les sciences empiriques livrent des résultats dits apodictiques, qui s’imposent par leur évidence observable. Tel n’est pas le cas dans d’autres domaines de connaissance. En morale, ou en religion, où l’on parle de liberté de conscience, il s’agit de poser des actes libres qui visent le bien. Je vous propose de rester en morale pour l’illustration. La morale se présente pourtant comme une science selon Pascal. Le positiviste Lévy-Bruhl conçoit aussi la morale comme une science descriptive des mœurs. Le philosophe moraliste André Léonard définit la morale comme une science normative catégorique de l’agir humain.

La morale est donc une science, mais elle est tout au plus une science qui suggère les comportements conformes à la fin de l’homme. Et les mœurs ne sont pas les matières les plus constantes. La question de la crédibilité de la morale se pose souvent. Elle recouvre habituellement d’autres. Qui fixe le critérium du bien ? Selon quels critères agir ? Est-on obligé de vivre sous une norme ? L’homme doit disposer d’une mesure réglant ses jugements et ses choix. Car il ne suffit de savoir que c’est chaque société qui définit ses normes en essayant de les élever au niveau de l’universel ; que les normes sont une ordonnance de la raison naturelle, que c’est chaque conscience qui sous la régulation de la raison ou la « volonté générale », choisit de poser des actes en fonction de ce qu’il croit être sa fin ultime. Il ne suffit pas de savoir ce qui est bon ou mauvais, il faut pouvoir se déterminer librement, il faut pouvoir choisir.

La liberté de conscience est l’affirmation des droits de la conscience individuelle face à toutes ses décisions. Traiter de la conscience morale, c’est en réalité, disait Paul Valadier, aborder la vie morale en son point central, celui de la décision, c’est-à-dire le choix que fait une personne de s’engager sur un acte qu’elle assume de manière à pouvoir en rendre compte devant elle-même, devant autrui, ou devant Dieu si elle est croyante et se trouve dans un cadre religieux (Eloge de la conscience, Seuil, 1994). En dépit de sa liberté, le choix de la conscience se présente comme un choix précaire, toujours risqué et difficile, puisqu’il s’agit de la nécessité d’opter entre des possibilités et donc de choisir ce qui paraît le plus sensé ou bien le moins périlleux. La liberté de conscience fait appel pour cela à des certitudes morales, à des convictions vécues, que chacun doit avoir pour vivre en société, peu importe la couleur. Rejeter les normes de la société, c’est aussi se choisir une morale, qui a son prix.

C’est ainsi le choix des normes morales s’impose pour la conduite de la vie. La norme en question est de deux sortes : l’une extérieure, objective, c’est la loi morale ; l’autre est intérieure à l’être humain éclairé par la raison, c’est la conscience morale. C’est à l’intérieur de soi que se réalise l’adéquation de l’homme avec lui-même assumant sa propre réalisation et orientation. Mais aussi fondamental que puisse être le jugement moral intérieur, aussi inaliénable que soit la norme intérieure, il n’en reste pas moins qu’on est pas seul au monde. On est une personne parce qu’on réalise un type d’être commun avec les autres. C’est pourquoi il est encore nécessaire pour la raison de postuler des normes objectives, extérieures, pour la régulation objective de l’être-avec-les-autres en société.

Emmanuel AVONYO, op

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Immanence

Le billet de Mejnour 69

La transcendance, pour user de comparaison, c’est le soleil qui point à l’est. Il est de bon ton que celui qui va vers le soleil levant s’oriente, de jour comme de nuit. L’instrument dont il a le plus besoin est, alors, sans contredit, une boussole.

Pour la femme et l’homme, la boussole, c’est la conscience. L’aiguille aimantée de cette boussole, c’est le sens de la rectitude, la science du bien.

Le bien immanent est appelé par et vers le bien transcendant. L’homme est donc, ainsi, un projet, une intention. Il est entre ciel et terre, source et terme, immanence et transcendance. Il est continuellement tendu entre deux extrêmes, sans cesse embarqué dans le vertigineux tourbillon de la liberté puis du choix.

Mejnour vous salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 03 mars 10

« C’est à cause de la violence qu’il faut passer de l’éthique à la morale. »

Paul Ricœur, « Ethique et morale », in Lectures 1 – Autour du Politique

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GRILLE DE LECTURE

Faut-il distinguer entre éthique et morale ? Cette question divise philosophes, éthiciens et moralistes. A priori, rien ne permet d’opposer l’éthique à la morale, car ethos et mores renvoient tous aux mœurs. Mais Ricœur introduit une « nuance conventionnelle » entre ces deux termes. L’éthique désigne la visée d’une vie accomplie sous l’orbe d’actions estimées bonnes, alors que la morale concerne des actions encadrées par des normes, des obligations, et caractérisées par une exigence d’universalité et un effet de contrainte. L’exigence d’universalité des normes découle du fait que les règles formelles ne définissent que des critères généraux auxquels tout homme doit soumettre son action.

Un acte éthique est celui qui vise le bien, un acte moral est celui qui obéit à des règles ou à des devoirs. La distinction entre éthique et morale consacre l’opposition de l’héritage aristotélicien et de l’héritage kantien, de la notion de la fin de l’action (vie heureuse) et de celle de l’obéissance au devoir. Pour Ricœur, l’éthique prime sur la morale, mais il faut encore que la vie éthique passe sous le contrôle des normes. Les normes permettent de repousser ou de dissuader les violents, elles contristent tout ce qui peut empêcher l’éthique d’atteindre le bien universel. La relation sociale spontanée d’homme à homme est fondamentalement marquée par la violence, l’exploitation de l’autre, les brimades diverses.

Dans les situations d’interaction humaine, l’exercice du pouvoir met aux prises un agent et une victime de l’action du premier. C’est l’exemple des tortures, viols, vols, tromperies, ruses et différentes figures du mal politique que condamne la morale et que sanctionne le droit. Lorsque l’on passe de l’éthique à la morale, les lois ne sont pas simplement morales (se proposant à la conscience), elles sont aussi juridiques (mesures contraignantes). Des sanctions légales peuvent donc être prises contre les violences perpétrées. Les lois permettent de réguler les relations humaines, de contrôler et de limiter l’exercice de la violence sur les partenaires sociaux. Mais le passage à la morale n’affranchit pas l’éthique de toute référence au bon. C’est pourquoi Ricœur dit que « le juste » est écartelé entre une référence ineffaçable au bien et les opérations normatives de la pratique légale.

Emmanuel AVONYO, op

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Transcendances

Le billet de Mejnour 68

L’humain est intention. Donc, pour vivre, il faut être porté par un projet. Il faut porter son projet. Une sorte de projet d’humanité qui pousse à rechercher la perfection par une constante persévérance dans le bien. Et comme, ainsi que l’atteste Hugo, « Le réel est l’asymptote du possible ; l’impossible est une frontière toujours reculante », nul ne peut avoir la prétention d’épuiser les possibilités de la perfection.

D’où la valeur des transcendances que proposent et les religions et autres systèmes d’idées. Etre plus, être mieux. Car chacun porte en lui le plus et le mieux de la condition humaine. Car l’idéal, quoique véhiculé par quelque structure extérieure, n’est valable que dans la mesure où il incite chacun au dépassement de soi.

L’idéal attire sa contrepartie en nous. Pour l’inviter au royaume de la transcendance où le sublime se décline en facettes multiples et multiformes.

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 02 mars 10

« Pour ce qui relève du cogito, sa brisure est l’expression d’une réflexion, comme reprise sur soi de la conscience qui exclut le corps et le monde, pour faire cercle fermé avec elle-même. »

David-Le-Duc TIAHA, Paul Ricœur et le paradoxe de la chair. Brisure et suture.

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GRILLE DE LECTURE

La pensée de ce jour est un double hommage : elle est d’abord un hommage à un fils d’Afrique, qui de façon honorable, réussit à prendre place à la cour des grands pour partager des mets royaux. Le deuxième hommage est à l’endroit de Paul Ricœur dont la pensée ne cesse de courir nos cafés philosophiques, tant même les miettes qui tombent de sa table conceptuelle suffisent à sustenter les amoureux de la sagesse les plus impénitents. David-Le-Duc TIAHA est un ricoeurien heureux dont la plume n’arrête plus de tourner. Son long séjour dans la philosophie de Ricœur se traduit déjà par une écriture philosophique allègre et une pensée vivante.

Dans Paul Ricœur et le paradoxe de la chair, David-Le-Duc TIAHA entreprend de montrer un chemin qui mène au cœur de la thématique philosophique disparate de son maître. Il veut unifier une pensée pluridisciplinaire qui se veut, elle-même, une entreprise de « suture » du cogito brisé. En effet, de Descartes à Husserl en passant par Kant, la philosophie s’est progressivement enveloppée dans une tour d’ivoire où le sujet est coupé de son corps et du monde des hommes. Le cogito est brisé et exilé à la suite de l’expulsion du corps propre hors du cercle de la subjectivité. Devant la menace de la brisure radicale de l’être comme risque de non sens, David-Le-Duc TIAHA travaille à la restauration du pacte originel de la conscience avec son corps et le monde.

Le cogito étant intérieurement brisé, l’existence aussi tend à se briser. Il éprouve par la conscience de la brisure ses propres limites. Le cogito de Ricœur se met donc en quête de sens. A la différence de la substance pensante autoconsciente de Descartes ou de la conscience absolue de Husserl, le cogito ici ne peut être qu’un sujet incarné, engagé dans l’existence, un cogito médiatisé par la chair et son être-au-monde. Concrètement, le soi va s’appuyer sur la chair comme son mode d’ouverture sur l’horizon du monde. Le mode d’être de la chair assure le lien réciproque entre le mode d’être du soi et le mode d’être du monde. Mais l’incarnation dans le monde ne fera que souligner la brisure intérieure du cogito qui se saisit comme inadéquation de soi à soi-même, différence de soi avec soi-même. La réconciliation réalisée, la suture clinique de l’être pourra-t-elle enfin réussir ? Seul le médecin ricoeurien connaît la suite.

Emmanuel AVONYO, op

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Relations

Le Billet de Mejnour 67

L’imminence des fêtes de fin d’année n’est pas étrangère au choix de ce thème. Il implique en effet une triple dimension de ce qu’est l’humaine créature : un en soi, et un pour soi, ce dernier renvoyant aussi bien à la transcendance (au divin) qu’à l’interpersonnel.

Il est vrai que « je » peut être un autre. Et que les cartes peuvent se brouiller quand, par le jeu de sympathies vives, « je » se confond avec l’autre. Mais, par notre légendaire souci du moindre effort, ne cheminerons sur les sentiers de l’altérité.

Cela pourrait être l’occasion d’un clin d’œil à la religion. Un certain…Joseph Ratzinger a écrit quelque part des lignes, plutôt intéressantes sur le philosophe. Avec elles, nous nous accorderons le loisir d’une plongée dans la pensée.

Belle semaine en perspective. Sincères remerciements à toutes nos compagnes…Et compagnons qui daignent nous faire savoir qu’ils nous lisent et que l’Académos n’est fermée à personne.

Mejnour vous salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 01 mars 10

« La constitution du soi et la constitution du sens sont contemporaines. »

Alain Thomasset, Paul Ricœur : une poétique de la morale.

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GRILLE DE LECTURE

Alain Thomasset est un grand lecteur de Paul Ricœur. Cet ouvrage qu’il a consacré à sa réflexion morale est l’un des plus représentatifs de la pensée de Paul Ricœur. La citation proposée à notre méditation philosophique est à situer dans le cadre de l’herméneutique des récits et la compréhension de soi. On parlerait simplement d’une herméneutique du Soi. L’herméneutique est la science de l’interprétation. C’est le travail de pensée qui consiste à démêler le sens caché dans le sens apparent, à déployer les niveaux de signification impliqués dans la signification littérale. Le fait de démêler les sens impliqués dans les textes est une façon de constituer ou de reconstituer le sens. Ce sens peut ne plus être exactement celui que l’auteur aurait aimé conférer à son texte. Cette idée renvoie au phénomène herméneutique qu’on appelle l’appropriation.

La compréhension de la pensée d’un auteur est le lieu de son appropriation. Par appropriation, il faut entendre que l’interprétation d’un texte s’achève dans l’interprétation de soi d’un sujet. Ainsi, l’interprétation, qui est un exercice de constitution du sens d’un texte, est en même temps une appropriation par le lecteur du monde du texte, c’est-à-dire, une constitution du soi. Le Soi est le sujet de la lecture ou de l’explication. L’explication d’un texte, selon Alain Thomasset, est la médiation de la réflexion d’un sujet sur lui-même. Interpréter, c’est en définitive vaincre la distance culturelle et faire sien ce qui était d’abord étranger, c’est se comprendre devant le texte car nous n’avons accès à ce qui compose le Soi que par l’intermédiaire de leur mise en langage dans la littérature. Constituer le sens c’est aller vers la rassemblance de soi, c’est se recoller ; c’est, comme dirait Ricœur, prendre le chemin de pensée ouvert par le texte et se mettre en route vers l’orient du texte. Toute herméneutique textuelle a pour point de chute une herméneutique du Soi qui vient à la lecture.

Emmanuel AVONYO, op

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