Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Semences d’espérance

Le Billet de Mejnour 82

Dialogue entre un père et son fils :

–               Connais-tu… Thomas EDISON ?

–               Bien sûr, p’pa, c’est l’inventeur de la lampe à incandescence !

–               Et Chaka ZULU ?

–               N’est ce pas ce valeureux chef de guerre sud africain ?

–               Très bien, alors, maintenant, dis moi qui est Balthasar SANSAN.

–               Non, je ne connais pas celui-là.

–               Normal, l’histoire ne retient que les noms de ceux qui, contre vents et marées, ont entretenu un rêve jusqu’à sa réalisation. L’histoire ne retient que les noms de ceux qui ont persévéré, portés par un haut et noble idéal.

Qu’est ce qui fonde la persévérance en dehors d’une ardente espérance ? Rien. Tel est le motif pour lequel, en ce début d’an, Mejnour entreprend de jeter dans la conscience de ses chers compagnons, les graines de l’espérance qui porte nos rêves.

Mejnour vous salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 14 janvier 10

« C’est du seul présent (…) que l’on peut être privé, puisque c’est le seul présent qu’on a et qu’on ne peut perdre ce qu’on n’a point. »

Marc-Aurèle, Pensée pour soi-même

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GRILLE DE LECTURE

L’homme ne perd que son présent puisque c’est ce qu’il a. Sa visibilité est d’une telle sorte qu’il ne vit que dans une présence à soi et dans une présence de soi, en clair il ne vit que le moment présent de son existence. Qu’est-ce à dire ? Le passé et le futur n’existeraient-ils pas pour l’homme ? L’homme ordinaire nous dira sans doute que le temps est une juxtaposition de trois ek-stases à savoir le passé, le présent et le futur. Mais à voir les choses de plus près, la temporalité de l’homme ne saurait être une juxtaposition des trois moments du temps. Le temps pour l’homme est unique, et c’est le seul qu’il vit depuis sa naissance jusqu’à sa mort.

Merleau-Ponty, dans un passage capital de ses écrits, dit que « l’événement de ma naissance n’a pas passé, il n’est pas tombé au néant à la façon d’un événement du monde objectif ; il engageait un avenir, non pas comme la cause détermine un effet, mais comme une situation, une fois nouée, aboutit inévitablement à quelque dénouement ». Le temps de l’homme est unique parce que l’homme est toujours en effectuation de son être, c’est une seule temporalité qui s’explicite à partir de la naissance et qui se confirme dans chaque présent, la fin ne serait-elle pas dans le commencement ?

Je ne suis pas pour moi-même à l’heure qu’il est, je suis aussi bien à la matinée de ce jour ou à la nuit qui va venir, et mon présent, c’est, si l’on veut, cet instant, mais c’est aussi bien ce jour, cette semaine, ce mois, cette année, ma vie tout entière. La temporalité est ainsi liée à la subjectivité. Le temps est sujet et le sujet est temps. Marc-Aurèle par son affirmation ferait une phénoménologie avant la lettre. S’il affirme que la seule chose que nous perdons est le présent, cela est de taille puisque phénoménologiquement la temporalité est liée au monde-vécu et que l’éternité n’est que le temps du rêve, de l’illusion. En ce sens la mort nous fait perdre notre présent.

Fr Mervy-Monsoleil AMADI, op

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Pensée du 13 janvier 10

« Si l’être existe en face de Dieu, c’est qu’il est son propre support, c’est qu’il ne conserve pas la moindre trace de création divine. En un mot, même s’il avait été créé, l’être-en-soi serait inexplicable par la création, car il reprend son être par-delà celle-ci. »

Jean-Paul Sartre, L’Etre et le Néant

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GRILLE DE LECTURE

Nous sommes conviés à scruter le rapport de la créature au créateur. Mais ce rapport conserve-t-il son sens dans la phénoménologie existentialiste de Sartre ? Commençons par percer le concept d’en-soi. C’est la réalité matérielle existant indépendamment de nous. Hegel, et à sa suite, Jean-Paul Sartre et la philosophie moderne opposent l’en-soi, la chose, au pour-soi, l’existence humaine. L’en-soi se caractérise par l’immuabilité, son épaisseur d’être ; le pour-soi (la conscience), par sa mobilité et sa liberté.

La philosophie de Sartre considère Dieu comme étant en-soi. Dieu serait-il une chose ? Chacune des choses créées est elle aussi en-soi. Un rapport semble donc permis au cœur de cette philosophie entre l’en-soi divin et l’en-soi créé. Or, dire en-soi, n’est-ce pas nier d’office tout rapport ? C’est pourquoi la relation entre la créature et Dieu semble aussi incompréhensible que Dieu lui-même. A y regarder de près, si l’en-soi était créé, la notion d’identité relative ne serait pas plus contradictoire que celle de l’identité absolue. L’en-soi n’est pas pour-soi, mais il n’est pas par-soi non plus. Il est créé.

Toutes ces affirmations sont philosophiquement hypothétiques, car Sartre est assez clair. Il n’y a pas une essence donnée ou créée qui précèderait l’existence. L’homme est son propre créateur, il donne sens à son existence et crée son essence. La question demeure de savoir d’où viendrait l’en-soi. En tout cas, l’être-en-soi ne s’explique guère par la création. Même si l’on admettait qu’il était une créature de Dieu, il subsisterait encore sans Dieu, parce qu’il est son propre support. L’être-en-soi semble indépendant de Dieu et de tout conditionnement. « Il n’y a pas de nature humaine, puisqu’il n’y a pas de Dieu pour la concevoir ».

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 12 janvier 10

« La postérité pour le philosophe, c’est l’autre monde de l’homme religieux.»

Denis DIDEROT, Encyclopédie

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GRILLE DE LECTURE

Il est hors de doute que la postérité de l’homme religieux renvoie à l’idée de l’au-delà du monde vécu, d’un futur dont l’avènement est eschatologique. Par eschatologie nous entendons eschaton comme la fin dernière, comme les réalités dernières qui achèveront le temps et l’histoire de l’homme. L’homme religieux quel qu’il soit, a une croyance profonde d’un au-delà, d’une vie après la mort dont la vie présente est l’anticipation ou la préparation. L’homme religieux vit dans l’espérance de l’avènement d’un monde nouveau, d’une cité céleste où ne règnent que la justice, la vérité, l’amour et la paix. Par sa conscience profonde d’être relié à un Etre supérieur qui serait le moteur de la vie et qui ordonne téléologiquement le monde, tout homme cherche par sa vie à se configurer à la vie de son Auteur.

Il a conscience que s’il veut accéder à cette sphère du divin, il doit se réaliser ici et maintenant selon l’ordre de la justice et de l’amour. Sa vie future est conditionnée par la vie présente. Il vit la béatitude du cœur pur et du cœur  pauvre qui attend tout de Dieu ; qui sait que l’histoire lui rendra justice et que l’espérance ne déçoit pas. Il devient ainsi contemporain de la vie future par la rectitude de sa vie présente, par la pauvreté de sa vie, et ne quête son bonheur que de Dieu. D’où l’ascèse dans la vie de l’homme religieux comme chemin et exigence de perfection.

Le portrait ainsi dépeint de l’homme religieux, nous pouvons convenir avec Diderot que la postérité du philosophe est comme l’autre monde de l’homme religieux. Le philosophe vise un monde juste. La plus grande récompense que le philosophe puisse espérer, c’est la reconnaissance de la postérité, ou le droit d’entrée dans le temple de l’histoire, où il servira d’exemple de consolation et d’avertissement aux générations à venir. Dès lors la postérité pour le philosophe représente à la fois, le soutien du malheureux qu’on opprime, et  le tribunal de l’histoire qui voue un véritable culte à ceux qui ont œuvré pour le progrès de l’humanité, mais qui rétablit aussi la justice, par une saine vengeance, c’est-à-dire, en dénonçant les persécutions que l’homme doit subir.

Fr Mervy-Monsoleil AMADI, op

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L’entente comme essentialité de la tâche herméneutique chez Gadamer

L’Atelier des concepts

Semaine du 11 janvier 2010

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Chers autres dans le Tout Autre,

Nous voici déjà embarqués dans le navire de l’année 2010, laissant derrière nous celui de l’année 2009. Au regard de cette merveille où nous avons célébré ce qui, sans temps, nous a donné un nouveau temps pour nous exercer à suivre le « sans temps », je m’en vais vous souhaiter mes vœux les meilleurs. Plaise donc au Tout autre de réaliser nos attentes de bonheur. Lequel bonheur nous aidera à nous situer dans la proximité de ce qui constitue l’ultime individualité de notre individuel.

Chers athéniens, chers autres dans le Tout Autre, vous dont le voisinage dans le savoir constitue pour moi le chemin qui mène à mon soi, je vous formule mes vœux choisis de paix et de santé. Plaise au Tout Autre, ce « sans temps » qui dans son ineffable kénose, nous retrace les lueurs d’espérance, de nous approcher un peu plus de lui. Puissions-nous en cette nouvelle année être la nouvelle crèche qui apporte la fraîcheur de la vie. Comme don de cette nouvelle année, je nous offre cet article afin de continuer notre pèlerinage philosophique. Vous voudriez bien découvrir et recevoir de mon être-vie, toute ma reconnaissance et que l’Être puisse bouillonner un peu plus en nous.

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L’entente comme essentialité de la tâche herméneutique chez Hans Georg GADAMER

Elvis Aubin Klaourou

L’objet de cette réflexion est de définir la tâche herméneutique chez Gadamer. Une telle ambition exige dès l’amorce de ce travail, que nous répondions à la question qui se pose d’elle-même sur le sens de l’herméneutique. Pour mieux appréhender ce sens, il nous faut aller à la source de ce concept, c’est-à-dire, le visiter en sa résonance étymologique. Dans cette perspective, l’herméneutique pourrait être saisie comme médiation en vue de produire un message intelligible. Dans les emplois qu’en fait la langue grecque, ce message porte, en règle générale, un caractère de vérité, d’autorité, d’authenticité, et se réclame parfois d’une origine divine[1]. A la lumière de son sens étymologique, l’herméneutique et plus précisément la philosophie herméneutique se définit comme art de comprendre (verstehen) et d’interpréter (auffassen)[2]. En elle, l’herméneute tente de « relire et de comprendre le texte d’autrui afin d’annoncer la pâque spéculative de la résurrection du sens »[3].

Telle que développée par Schleiermacher dont les recherches constituent le sol de l’éclosion du paradigme herméneutique, elle est un art ; mais c’est progressivement, et d’ailleurs en vertu d’un développement tout naturel, qu’elle le devient. Dès lors, il n’est pas hasardeux d’affirmer que la pointe herméneutique de Schleiermacher se manifeste dans la conception selon laquelle, la tâche de l’herméneute consiste à chercher à comprendre aussi bien et même mieux que l’auteur. C’est d’ailleurs ce qu’il tente de révéler lorsqu’il affirme que : «nous pouvons et devons amener à la conscience claire ce qui pour l’auteur lui-même demeurait inconscient à ses yeux, il est en effet nécessaire que s’établisse un contact aussi direct que possible entre l’interprète et l’interprété »[4].

Ainsi remarquons-nous que Schleiermacher pose l’action herméneutique sur la base psychologique dans la mesure où l’herméneute par une sorte d’épochè de ses préjugés, est invité à communier à l’âme de l’auteur pour ensuite, se laisser féconder par l’intuition qui fut celle de l’auteur. Cette approche de Schleiermacher semble réduire le sens du texte au sens « voulu » par son auteur.

Or, peut-on affirmer que le sens d’un texte se résume au sens « voulu » ? En d’autres termes, la compréhension n’est-elle rien d’autre que la reproduction d’une production originaire [5]? Il est clair que cette position ne peut pas valoir pour l’herméneutique Gadamérienne. Car selon lui,  la philosophie ne commence jamais à zéro, elle doit continuer à suivre la langue que nous parlons et la penser jusqu’au bout[6]. Avec Gadamer, il appert que la tâche herméneutique déborde les cadres méthodologiques élaborés par Schleiermacher. En ce sens, il affirme que « l’herméneutique issue de Schleiermacher apparaît comme un affadissement dans l’ordre méthodique.»[7] Il nous faut ici préciser la notion de préjugé chez Gadamer.

S’agissant des préjugés, la philosophie herméneutique de Gadamer se présente aussi comme un effort de réhabilitation des préjugés de la compréhension. Dans la perspective d’une herméneutique véritablement historique, Gadamer se demande sur quoi doit se fonder la légitimité des préjugés et qu’est-ce qui permet de les distinguer ? Il dit que « si l’on veut rendre justice au caractère historique fini de l’être humain, il faut réhabiliter fondamentalement le concept de préjugé et reconnaître qu’il existe des préjugés légitimes. » Gadamer s’insurge de la sorte contre l’exigence globale de l’Aufklärung, dont la raison critique écarte les préjugés. Pour lui, les préjugés sont une condition de la compréhension ; ils permettent de s’insérer dans le procès de la transmission. Les préjugés, mis en lien avec l’autorité de la tradition, sont le point de départ du problème herméneutique. (Vérité et Méthode, 115-116)

Ceci dit, tout comme Schleiermacher, Gadamer appréhende la philosophie herméneutique comme art de compréhension. Cependant contre celui-ci, il soutient que la compréhension consiste à reconnaître et laisser valoir, c’est-à-dire à comprendre ce qui nous prend. Il est donc établi que chez ce penseur, « la tâche de l’herméneutique est d’éclairer cette merveille de compréhension qui n’est pas une communication mystérieuse des âmes, mais une participation à un sens commun »[8]. Autrement dit, ce qui est visé dans l’exercice herméneutique, c’est l’entente qui se crée lorsque l’interprète et l’interprété se sont accordés sur le même sens. Dans le jeu herméneutique, l’on aboutit à une triple entente.

Il s’agit de celle qui se crée en l’herméneute lui-même dans la remise en cause de ses préjugés. Ensuite l’on assiste à celle qui se produit avec l’auteur, député de toute la tradition qui sous-tend le texte. Et enfin celle qui unit l’interprète avec le Tout autre qui en réalité lui fait signe dans l’acte de la compréhension. Car, nous dit Gadamer toute compréhension commence par le fait que quelque chose nous appelle[9]. En effet, « ce qui est en question, ce n’est pas ce que nous faisons, ni ce que nous devons faire, mais ce qui survient avec nous, par-delà notre vouloir et notre faire. » (Vérité et Méthode, p. 8).  Somme toute, La compréhension vient au jour dans l’entente. Pourtant, le modèle fondamental de toute entente est le dialogue, la conversation. C’est donc dire que l’entente au rythme du dialogue est l’essentialité de la tâche herméneutique. Mais en fait qu’est-ce que le dialogue ? Telle sera la préoccupation de notre future  méditation dans le penser gadamérien.

Elvis Aubin Klaourou

>>>L’herméneutique à l’école de Paul Ricoeur


[1] Friedrich SCHLEIERMAHER, Herméneutique, trad. Mariana Simon, Paris, Ed. Labores et fides, 1987, p. 5.

[2] Hans Georg GADAMER, La philosophie herméneutique,  trad. Jean Grondin, Paris, Ed. PUF,  2008, p. 5.

[3] Ludwig Feuerbach, L’essence du christianisme, trad. Jean Pierre GROSSEIN, Paris,  Ed. Tel Gallimard, p. 17.

[4] Friedrich SCHLEIERMAHER, Herméneutique, Op., Cit., p. 21.

[5] Hans Georg GADAMER, La philosophie herméneutique, Op., Cit., p. 101.

[6] Ibidem, p. 48.

[7] Ibidem, p. 75.

[8] Ibidem, p. 74.

[9] Hans Georg GADAMER, Le problème de la conscience historique, trad. Pierre FRUCHON, Op., Cit., p. 88.

Pensée du 11 janvier 10

« Le mal qui effraie le plus, la mort, n’est rien pour nous puisque lorsque nous existons la mort n’est pas là et lorsque la mort est là, nous n’existons plus.»

Epicure, Lettre à Ménécée

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GRILLE DE LECTURE

Il suffit d’ouvrir un peu les yeux pour voir combien la mort nous fait peur. L’homme dans des instants particuliers de sa vie, refuse son propre lieu, refuse de s’habiter, pour ne pas avoir l’idée de la mort. La mort est un événement ! Un événement qui surprend l’homme, un événement malheureux et douloureux. La mort de l’autre me rappelle ma propre mort, me rappelle ma mort prochaine. La seule chose dont l’homme est sûr c’est la « mort ». L’image de la séparation avec ce monde, avec la famille, les amis etc., la représentation de l’Hadès, de ce lieu inférieur où séjourneront les morts, le non-retour des morts sont autant de choses qui font peur.

La mort, une réalité incontournable, est la seule chose dont la vérité est certaine pour l’homme. L’homme est malheureux, angoissé, parce que son existence se situe dans les limites d’une naissance dont l’instant originel lui échappe et la certitude d’une mort prochaine qui advient mais dont le moment précis lui échappe. Pour réparer cette peur qui hante l’homme, Epicure nous invite à une vision optimiste de la mort. Le commun des mortels, tantôt fuit la mort comme le plus grand des maux, tantôt la désire comme le terme de ses misères. Le sage, par contre, ne fait pas fi de la vie et ne craint pas la mort, car la vie ne lui est pas à charge et il ne considère pas la non-existence comme un mal. La conscience du fait que la mort n’est rien et que la vie est éphémère nous ôte le désir de l’immortalité.

Cependant, il convient à l’homme de mourir au moment opportun. Le sage n’hésitera pas à sortir de la vie quand cela lui semble opportun. Dans le choix de la mort volontaire, Épicure recommande l’ataraxie, c’est-à-dire la réflexion calme et sereine. L’amitié et les conversations, douces et spirituelles, avec ses amis sont pour Épicure le plus grand bonheur de la vie. Il n’est donc pas étonnant qu’il conseille au sage de mourir pour ses amis lorsque l’occasion se présente et que lui-même, pourtant accablé de douleurs indicibles, s’éteignit, sans perdre sa paix intérieure, en buvant du vin dans un bain chaud et en se souvenant avec joie des discussions agréables en bonne compagnie.

Fr Mervy-Monsoleil AMADI, op

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Pensée du 10 janvier 10

« Parce qu’il est le Logos incarné, l’homme est essentiellement l’ennemi de l’Etre : il est l’être négatif qui est uniquement dans la mesure où il supprime l’Etre »

Kostas PAPAIOANNOU in Hegel, La Raison dans l’Histoire

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GRILLE DE LECTURE

Ce grand interprète contemporain de Hegel a rédigé l’introduction à La Raison dans l’Histoire de Hegel. Il nous situe ici au cœur de la négativité, le moteur rationnel de l’histoire. La dialectique hégélienne prévoit une succession de phases opposées. Le Réel, comme un tout, est toujours en lui-même une unité différenciée, l’unité de déterminations opposées : position, négation et négation de la négation. Mais cette négation n’est qu’une façon de relativiser l’objet nié dans son être afin de l’élever à une nouvelle signification. Dans l’homme, l’identité de l’Absolu passe dans la différence et l’objectivité. Et selon cette considération, ne peut-on pas dire que l’homme est l’ennemi de l’Etre, et qu’il est essentiellement l’être négatif ? C’est une évidence hégélienne.

Seul l’homme peut nier la totalité du donné parce que l’homme est le Concept, le Logos qui s’enracine dans l’histoire, existant concrètement de manière empiriquement perceptible. Pour être le Logos, il est un être supra-naturel, il est Dieu même parvenu à une existence charnelle enfin adéquate à son être. Dans ce processus de division existentielle de l’unité originaire de l’Absolu, l’homme émerge comme négativité pure. La négativité nous permet de saisir l’homme sous une double détermination identitaire : d’un côté, en tant que Concept divin, il manifeste et réalise la vie divine, sa vie est libération de Dieu nié dans la Nature. Contrairement à la vision de Platon, l’homme est quelque chose d’infiniment plus haut car ce qui erre ainsi, c’est l’esprit ; de l’autre, en tant que négativité naturelle, il est comme le « négateur » de l’Idée, le « suppresseur » de l’Etre. Dieu qui meurt dans la Nature, s’éveille par la négation en l’homme qui à son tour oppose une négation totale à l’ensemble du donné. C’est toute la raison d’être de l’homme.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 09 janvier 10

« L’autonomie de l’art reflète le manque de liberté des individus d’une société non libre. S’ils étaient libres, l’art serait la forme et l’expression de leur liberté. L’art reste marqué par le manque de liberté ; c’est en s’opposant à ce manque que l’art acquiert son autonomie. »

Herbert Marcuse, La dimension esthétique

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GRILLE DE LECTURE

La dimension esthétique de Herbert Marcuse se veut une critique de l’orthodoxie dominante dans l’esthétique marxiste. Le marxisme interprète la qualité et la vérité d’une œuvre d’art par rapport à la totalité des rapports de production en vigueur, par rapport au tableau social. L’esthétique marxiste est conditionnée par une situation de classe. Ainsi, l’art est voué à réifier une perception du monde qui aliène les individus. Marcuse ne partage pas cette orientation de l’œuvre d’art. Pour lui, dans l’art, vérité et autonomie sont interdépendantes. Et l’œuvre d’art ne peut avoir de pertinence politique que dans son autonomie.

Cette critique de l’esthétique marxiste part de la théorie marxiste elle-même, elle envisage aussi l’œuvre d’art dans le contexte des relations sociales et lui assigne un potentiel politique et idéologique. L’art qui est prôné ici est celui qui appartient à l’imagerie de la libération sociale. L’art doit émanciper la sensibilité, l’imagination et la raison dans toute leurs subjectivité et objectivité. La fonction critique de l’art réside dans sa contribution à la lutte pour la libération, et cette dernière dépend de la forme esthétique qui éloigne l’art de la lutte des classes et  conquiert son autonomie.

En cela, l’art doit être révolutionnaire et prendre part à la lutte pour la libération des individus d’une société oppressée. C’est là où se trouve la vérité de l’art. Il doit briser l’entrelacs de destruction et de soumission sociales afin d’en affranchir les individus. L’art reflète ainsi le manque de liberté d’une société. La vérité de l’art gît dans son pouvoir de rompre le monopole de la réalité établie. Mais il convient de rappeler que le monde esthétique est celui d’un principe de réalité différent. Il combat toute réification. C’est le monde de la contre-conscience, de la négation de l’esprit réaliste-conformiste.

En clair, contre les déceptions du monde, Herbert Marcuse veut, à travers un art rénové, appeler à la promesse de vie, souvenir d’un bonheur qui fut jadis et qui veut faire retour. Pour être pleinement politique, l’art doit maintenir en lumière le but que doit se fixer la praxis et toujours revendiquer l’énonciation de sa propre vérité. L’autonomie de l’art est le lieu de justification de sa forme et de sa subjectivité. L’art n’est autonome que s’il combat pour la liberté. Marqué par les stigmates sociaux, il doit inviter à une sublimation esthétique et émancipatrice de la réalité unidimensionnelle.

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 08 janvier 10

« Le philosophe est toujours dépendant de l’homme : il reste à son école ; il doit l’éclairer, il ne doit pas se substituer à lui. »

HENRY DUMERY, Le problème de Dieu en philosophie de la religion

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GRILLE DE LECTURE

Henry Duméry semble nous inviter à observer que la philosophie est toujours anthropologie, elle est l’écolière de l’homme. Le philosophe ne doit pas perdre de vue que sa discipline est une technique réflexive appliquée au vécu. Cette discipline est la servante de l’homme pensant, de l’homme agissant et souffrant (Ricœur), dans la concrétude de son existence. La philosophie vit de la vie concrète. La philosophie est le verbe de la vie, elle est la vie elle-même. La philosophie, quoi qu’on dise, vient toujours après la vie comme une reprise conceptuelle de celle-ci.

Grâce à la médiation conceptuelle, la vie se fait réflexive car, selon Henry Duméry, la vie en l’homme est conscience de soi et pensée en acte, lumière et liberté. La vie est un dynamisme qui se saisit dans la réflexion. Elle est une lumière qui enveloppe l’homme et l’incite à rechercher son intelligibilité dans l’exercice libre de la pensée. Le vécu porte la pensée en elle comme au stade d’irréflexion. Si la philosophie est le verbe de la vie, n’est-ce pas parce qu’il y a un verbe immanent à la vie, qui doit s’élever en même temps que l’homme au noble niveau du discours philosophique dans un acte second (réflexif) de la pensée ?

La philosophie se rapporte à la vie comme le réflexif au spontané. La vie est « pensée en acte ». La philosophie est pensée seconde, réflexion seconde (pléonasme). Elle est pour cela même anthropologie ; qu’on la définisse comme on veut. Elle est réflexion de l’homme sur la vie, la théorie de la vie, ou mieux, la vie théorique. Car, comme dirait Hannah Arendt, il n’y a pas de Vita activa sans la Vita contemplativa (Condition de l’homme moderne). La conscience spontanée, c’est-à-dire la spiritualité vivante et concrète, ne peut se médiatiser que par des valeurs de travail ou par la vie idéelle. La réflexion philosophique reste dès lors arrimée au comportement pratique qu’elle guide et qu’elle règle.

Emmanuel AVONYO, op

L’ACADEMOS

Pro création

Le Billet de Mejnour 81

Et voici le prétexte de la fin. Il est de Paul RICŒUR (Vivant jusqu’à la mort, Seuil, 2007, p. 143) : « C’est à l’heure du déclin que le mot résurrection s’élève. Par-delà les épisodes miraculeux. Du fond de la vie, une puissance surgit qui dit que l’être est être contre la mort. Croyez-le avec moi. »

Ces lignes, écrites quelques semaines avant la mort de leur auteur, étaient destinées à une de ses amies. Elles peuvent très bien faire office d’épilogue à la présente série « homme femme mode d’emploi ». Car elles indiquent la nécessaire complicité entre hommes et femmes pour célébrer la vie, vaincre les bornes factices imposées à l’humaine condition.

Alors, s’il fallait, d’une phrase dire ce qu’est le mode d’emploi de ces relations interpersonnelles, il viendrait aisément à l’esprit, en forme de slogan, ce mot : « Entretenir la flamme de la vie ». Quoi qu’il en coûte, parce qu’il en coûte toujours quelque chose à ceux qui veulent aller de l’avant.

Mejnour vous salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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