Archive for the ‘METAPHYSIQUE’ Category

Pensée du 15 septembre 10

« Les sciences ont conquis des connaissances certaines qui s’imposent à tous ; la philosophie malgré l’effort des millénaires n’y a pas réussi. »

Karl Kaspers, Introduction à la philosophie.

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GRILLE DE LECTURE

Le sens commun donne parfois raison à Calliclès, le personnage platonicien de Gorgias, en tenant la philosophie pour une activité frivole, une entreprise vaine, un jeu intellectuel plus déroutant que subversif. La philosophie serait une évasion, un exutoire d’ennuis existentiels, qui traverse le temps sans rien apporter de concret au bien-être de l’humanité. Le philosophe serait celui qui n’a pas les pieds sur terre, qui est dans les nuages ; c’est le cas de Thalès de Milet qui tomba dans un puits en plein jour, de Diogène Le Cynique qui habitait un tonneau… En effet, dans le Dialogue de Platon intitulé Gorgias, le sophiste Calliclès fustige l’attitude de la philosophie qui consiste à tourner le dos à la réalité, à la vie collective et à la gloire sociale. Car pour l’opinion commune, moins frottée aux choses de l’esprit, la véritable sagesse devait consister dans la pratique des affaires, dans la recherche exclusive des moyens qui accroissent la puissance de l’homme, dans la conquête des lauriers de prestige.

Les sciences, elles, sont allées de découvertes en découvertes ; elles offrent des connaissances certaines. Par rapport à la science, la philosophie est inutile et sans objet, elle ne vaudrait même pas une minute d’attention. La connaissance scientifique est une connaissance tournée vers l’objet alors que la philosophie est une activité réflexive et subjective, une intention vers le sujet. La philosophie ne fournit pas de résultats à caractère universel. Karl Marx, critiquant l’aspect inutilement spéculatif de la philosophie note : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de diverses manières, l’essentiel est de le transformer. » Les philosophes projettent des regards divergents, critiques et destructeurs sur le monde ; leur discours paraît malheureusement sans implication pratique sur la vie des hommes et des femmes de leur temps. Comme le fait remarquer Kant, l’univers de la pensée est un champ de bataille où les différents protagonistes s’assènent des coups sans aménité.

Toutefois, une condamnation si brutale de la philosophie ne serait que hâtive et mal élucidée. Le rôle de la philosophie dans l’ensemble du savoir théorique et pratique est essentiel ; cette discipline constitue l’ensemble ordonné des connaissances humaines dans la mesure où elle fournit les premiers principes et les conditions de possibilité de tout savoir humain. Sur le plan épistémologique (de la connaissance scientifique), la philosophie procède à une étude critique de la science, présente une vision synthétique de l’ensemble de notre savoir et pouvoir, car elle cherche à déterminer l’origine et la valeur de connaissance de toutes les disciplines qui proposent une vision de l’homme et du monde. A ce titre, la philosophie n’est pas moins utile que la physique. En étudiant la valeur et la portée de toute science, la philosophie dépasse le point de vue descriptif et explicatif de la physique. Par-dessus tout, son originalité profonde réside dans son caractère humaniste. La première et la dernière question de la philosophie est qu’est-ce que l’homme ?

 Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 13 septembre 10

« La religion est un ensemble de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées qui unissent en une seule communauté, appelée Eglise, tous ceux qui y adhèrent. »

Emile DURKHEIM, Les formes élémentaires de la vie religieuse

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GRILLE DE LECTURE

La religion est un phénomène pluridimentionnel. Le phénomène religieux est assez complexe. On y distingue quatre dimensions fondamentales que sont les croyances, la pratique religieuse, l’aspect communautaire, les implications éthiques. Ces dimensions peuvent être interdépendantes et jouir d’une autonomie aussi bien conceptuelle qu’opérationnelle. On peut retrouver des formes de religiosité incomplète, c’est-à-dire ne réunissant pas toutes ces dimensions. Essayons d’approfondir ces différentes notions.

 Les croyances constituent une dimension de base de la vie religieuse car elles donnent une valeur et une signification aux rites. Selon Guiseppe SCARVAGLIERI, on entend généralement par croyances l’ensemble des éléments intuitifs et cognitifs perçus et sentis qui renvoient à une réalité au-delà du physique. Ces éléments sont appréhendés non seulement comme faits intellectuels (cognitifs)  mais aussi comme faits d’expérience et faits volontaires vécus. Parce que ces faits sont relatifs à une réalité méta-empirique (au-delà du physique), ils sont par nature non vérifiables. Quant à l’expression « pratique religieuse », elle évoque un ensemble de rites (gestes, paroles, symboles, habitudes) organisés et proposés par une communauté, à travers lesquels l’homme manifeste son rapport avec une divinité. Les rites peuvent être pratiqués de façon individuelle ou communautaire.

Toutefois, le phénomène religieux a pour caractéristique fondamentale d’être vécu sous forme communautaire. L’aspect communautaire du fait religieux s’explique par l’exigence communautaire des actes religieux et la nature sociale de l’homme qui les accomplit. L’homme adhère à un groupe religieux et s’implique  dans sa communauté sur la base des liens religieux tissés autour d’une pratique collective. L’appartenance communautaire est souvent une marque distinctive d’une religion à une autre ; elle structure l’identité personnelle, et implique une identification culturelle ou une situation territoriale.

Par ailleurs, en s’identifiant à une organisation religieuse, l’homme s’engage à participer aux responsabilités éthiques qui en découlent. En fait, chaque religion propose des valeurs et des objectifs qui constituent un projet global d’homme en société, ou une structure de sens pour l’existence de l’homme. Des normes et des obligations en découlent qui règlent les rapports entre les membres d’une même communauté, ou entre ceux-ci et la divinité. Chaque religion a une éthique qui, au-delà des prescriptions rituelles, peut s’avérer être un souffle innovant pour la vie sociale.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 10 septembre 10

« La répartition de la population d’un pays en différentes classes n’est pas l’effet d’un hasard ni de convention sociale, elle a une base biologique profonde car elle dépend des propriétés physiques des individus. »

Alexis CARREL, L’homme cet inconnu.

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 GRILLE DE LECTURE

Alexis Carrel peut-il donner un autre titre que celui de L’homme cet inconnu à son ouvrage, d’autant plus qu’il semble ne pas connaître véritablement ce qu’est l’homme ? N’allons toutefois pas trop vite en besogne ; la meilleure des attitudes philosophiques serait de chercher à comprendre la pensée d’un interlocuteur avant de passer au jugement. Alexis Carrel accorde un statut scientifique à ce qu’on appelle « l’illusion du biologisme ». Un asiatique est asiatique parce qu’il est biologiquement et physiologiquement fait pour vivre dans cet espace géographique. Pour notre penseur, ceux qui sont aujourd’hui des prolétaires doivent leurs situations aux défauts héréditaires de leur constitution corporelle et spirituelle. Selon cette manière de voir, les ancêtres des cultivateurs ont certainement été des personnes d’une complexion organique et mentale faible, à la différence des seigneurs et des bureaucrates. Etre serf ou roi dépend de nos racines biologiques. A la suite de Joseph Arthur de Gobineau, notre penseur apparaît comme un raciste. Le racisme dogmatique d’Alexis Carrel a quelque chose de provoquant pour le philosophe. C’est à peine que Carrel n’a pas avancé que les esclaves sont ontologiquement mieux constitués que les chefs des principautés. Pour aller encore plus loin, on dirait que certaines races d’hommes de la planète Terre sont des idiots congénitaux par rapport aux races prédestinées (par qui ?) à être supérieures… Ici une allusion à peine voilée est faite à l’époque de l’eugénisme allemand.

 

Les versions impérialistes du biologisme que rappelle Alexis Carrel sont encore plus désastreuses. En effet pour le biologisme impérialiste, il y a des « peuples de Maîtres », la race blanche logée par la géographie au Nord, qui s’opposent en tout aux autres, particulièrement aux races noires situées au Sud. Ceux du Sud, comme dans un cycle de Sisyphe, sont destinés à remplir sans rémission un rôle de subalternes. Nous avons tous certainement à l’esprit le fameux cliché « Matière grise au Nord, matière première au Sud ». Nous savons aussi que le point de vue selon lequel le Quotient Intellectuel varierait selon les races a été dénoncé par Otto Klineberg. Pour lumineuses qu’elles soient, les prétentions scientifiques ou les théories prétendument scientifiques qui retiennent la couleur de la peau comme facteur discriminant ne tiennent plus la route. Le monde n’est plus à l’heure de l’eugénisme et des théories mirifiques de la race pure. Le racisme, qu’il soit psychologique, biologique, impérialiste ou philosophique, évoque une attitude nécessairement subjective et mal fondée. Le jugement qui s’appuie sur des critères biologiques, biomorphiques et géographiques pour connaître l’homme est un jugement de complaisance, plus affectif que scientifique, plus irrationnel que philosophique. Par-dessus tout, il s’agit de reconnaître, affirmait Albert Jacquard, que l’autre nous est précieux dans la mesure où il nous est dissemblable.

 Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 03 juillet 10

« L’assombrissement du monde n’atteint jamais la lumière de l’Etre. »

HEIDEGGER, L’Expérience de la pensée

Pensée du 29 juin 10

« Insister, comme nous le faisons, sur le pari effectif pour la liberté au niveau pratique revient, bien sûr, à reconnaître une certaine indémontrabilité théorique de la liberté. »

André Léonard, Le fondement de la morale. Essai d’éthique philosophique.

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GRILLE DE LECTURE

Nombreux sont ceux qui affirment enthéorie que l’homme n’est pas libre. Ils proclament un déterminisme de principe auquel l’homme n’échappe pas. La philosophie spinosiste est à ce titre très illustrative. Selon Spinoza, l’homme est toujours déterminé, au moins du dedans. La liberté est une détermination immanente et un consentement à la nécessité extérieure. Si d’un côté, on affirme que l’homme est déterminé, de l’autre, on pense que l’homme est pure liberté. Cette deuxième position se heurte à une indémontrabilité théorique selon André Léonard. En fait, il est difficile de convaincre de la réalité de la liberté ceux-là même qui la rejettent par des arguments théoriques. « La liberté est un appel jamais entièrement exaucé. Elle est une provocation de l’esprit en nous et non une donnée immédiate de notre nature… Personne ne naît pas libre, sinon en puissance ou virtuellement. » Cependant, il est possible, pratiquement, de parier sur la liberté. Ce pari n’est pas une vue de l’esprit, il est effectif. Il faut parier pratiquement sur la liberté parce qu’elle est l’objet d’un engagement, « elle ne grandit que si nous optons librement pour elle. S’impliquant ainsi elle-même, la liberté est en quelque sorte elle-même libre. »

La liberté de l’homme est libre, elle est indémontrable théoriquement. C’est ce qu’ont montré de grands philosophes de la liberté comme Kant et Fichte. D’après André Léonard, Kant aurait professé qu’on ne pourra jamais établir la réalité objective de la liberté, car on ne peut expliquer scientifiquement que des phénomènes sensibles. Et pourtant l’homme en fait l’expérience dans son action. Ainsi, la réalité de la liberté ne se découvre que dans le prolongement de l’expérience morale. C’est-à-dire que la liberté est le point d’insertion de la valeur de l’agir moral. Sans liberté, il n’y a pas de moralité. Sur cette base, on peut parier que l’homme est libre, sinon, comment définirait-il le critérium de son action ? L’homme est appelé à agir librement. S’il y a pari pour la liberté, on comprend que la liberté ne peut que faire l’objet d’une foi pratique. S’il y a pari pour la liberté, c’est que la non-liberté existe : « Par un postulat invincible de la raison pratique, nous sommes ainsi amenés à reconnaître que l’homme a une double partie, celle du monde phénoménal régi par le déterminisme, et celle du monde nouménal gouverné par l’idée de liberté. » Déterminisme et liberté ne sont pas irréconciliables, ils se côtoient comme la marque d’une liberté seulement humaine.

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 24 juin 10

« Dévoiler quelle est la constitution de l’être de la réalité-humaine, c’est cela l’Ontologie. »

Martin Heidegger, Kant et le problème de la métaphysique

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GRILLE DE LECTURE

Emmanuel Kant a sonné le glas de la métaphysique traditionnelle qui s’identifiait presque parfaitement à l’ontologie de l’être comme substance. Avant la Critique de la raison pure, l’ontologie, c’est-à-dire l’étude de l’être en tant qu’être était encore la métaphysique. Avec Kant, la question fondamentale de la métaphysique étant devenue « qu’est-ce que l’homme ? », on parlerait plutôt d’une métaphysique de la réalité-humaine. Si la métaphysique de la réalité-humaine devient chez Kant la fondation de la métaphysique, c’est bien l’ontologie fondamentale qui est à la base de la métaphysique de la réalité-humaine. Qu’est-ce alors que l’ontologie fondamentale ? Si la logique fonctionne ici, on répondrait que l’ontologie fondamentale est la fondation de la fondation de la métaphysique. Autant dire que l’ontologie est un double fondement.

Heidegger définit l’ontologie kantienne comme le dévoilement de la constitution de l’être de la réalité-humaine. L’œuvre de fondation de la métaphysique, affirme Heidegger, doit obéir à une direction unique qui doit être donnée par la question fondamentale de l’œuvre de la fondation, c’est-à-dire l’ontologie. Cette question fondamentale se décline ontologiquement : c’est le problème de la possibilité interne de l’intelligence de l’être. La constitution de l’être renvoie effectivement à la structure interne de ce lieu philosophique inexpugnable qu’est l’être. Inutile de préciser qu’il s’agit désormais de l’être de la réalité-humaine.  Une relation de dépendance s’est instaurée entre la métaphysique de la réalité-humaine et l’ontologie fondamentale. Celle-ci fonde celle-là, mais celle-là est chargée d’assurer le dévoilement de la constitution interne de l’être de la réalité-humaine.

En quoi la manifestation de cette constitution intérieure peut-elle être dite fondamentale (ontologie fondamentale) ? Non seulement parce que c’est dans cette constitution que la possibilité de la métaphysique trouve sa base, mais aussi parce que l’ontologie fondamentale est le premier degré de la métaphysique de la réalité humaine. Mais la vraie raison est celle qui va s’énoncer : pour que la constitution de l’être de chaque existant soit accessible, la compréhension de l’être doit prendre le caractère d’un pro-jet (Entwurt). Ce que montre l’ontologie fondamentale est que le comprendre (Verstehen) n’est pas seulement un mode particulier de connaissance, mais l’accomplissement même du pro-jet. L’ontologie est fondamentale parce qu’elle présente le comprendre comme un mode d’être de l’être existant qui consiste à projeter la réalité-humaine dont la marque essentielle est la finitude. L’ontologie fondamentale intelligibilise l’être de l’homme comme un pro-jet fini.

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 23 juin 10

« La métaphore vive est au sens fort du mot, un événement de discours (…) Mais la métaphore vive n’existe que dans le moment même de l’innovation sémantique et dans celui de sa réactivation dans l’acte d’écoute ou de lecture. »

Paul Ricœur, « Poétique et symbolique »

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GRILLE DE LECTURE

Métaphoriser chez Ricœur, c’est faire apparaître des ressemblances sémantiques en rapprochant des termes éloignés. Si le « terme » désigne un événement de discours, il faut entendre par métaphore l’élément porteur de sens du symbole langagier. La métaphore se présente comme le noyau sémantique d’un symbole, c’est-à-dire l’élément porteur de sens d’une structure de signification à double sens. Ainsi, la métaphore est une création transitoire du langage qui ne subsiste que lorsqu’elle est reprise et acceptée par une communauté parlante. Toutefois, en dépit de son articulation langagière, la métaphore n’a aucun statut dans le langage en tant que tel.

En effet, Ricœur affirme que le langage ordinaire est un cimetière de métaphores mortes. L’événement métaphorique vivant est discursif, il relève de la rhétorique comme art de persuader. La métaphore vive n’existe que dans le discours, dans le moment de l’innovation sémantique. Le noyau du langage qui fait sens n’est visible que lors de la production du sens par le discours. La métaphore ne vit et ne se discerne mieux que dans l’innovation sémantique, au moment de la création ou de la réactivation du sens. Elle n’est vive que dans le langage, lors de l’élaboration du discours ou à des moments de réactivation du discours tels que celui de l’écoute ou celui de la lecture.

D’abord, affirmer que la métaphore vive n’existe qu’au moment de l’innovation sémantique qui a lieu dans le langage, c’est indiquer qu’il existe des métaphores mortes. Ensuite, dire que la métaphore est le « moment » sémantique du symbole, c’est montrer qu’il y a des noyaux non sémantiques du symbole. Enfin, porter la métaphore au rang de symbole, c’est insinuer qu’il a des symboles non métaphoriques. Pour tout dire, la métaphore ne devient un noyau faisant sens que lorsqu’on qu’on prend le symbole pour une expression à double sens intervenant dans le langage. Le symbole est une unité de noyaux sémantiques et non sémantiques. C’est ainsi que l’étude du symbolisme relève de champs d’investigation fort divers tels que la psychanalyse, la phénoménologie de la religion, le récit littéraire, la rhétorique.

Dans la pensée du jour, la métaphore doit être située dans la rhétorique et la poétique. Même si le symbole s’enracine souvent dans un sol pré-linguistique, on ne doit pas toujours y voir la métaphore littéraire. En psychanalyse par exemple, le symbole naît à la jonction du désir et du langage, au carrefour des pulsions et de la culture. Avant de passer dans la métaphore, le symbole s’enracine dans un univers pré-verbal du bios qui doit être purifié pour devenir celui l’univers du logos. La métaphore n’existe pas à cette première extrémité de la considération du symbole. Le champ de la fonction symbolique va bien au-delà des symboles de type métaphorique.

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 22 juin 10

« Les questions philosophiques permanentes sont, fondamentalement, des problèmes de philosophie de la religion. »

Salvatore SPERA, « Philosophie de la religion ».

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GRILLE DE LECTURE

On se rappelle sans doute l’expression de Jacques Maritain dans son Court traité de l’existence : « la religion est essentiellement ce que nulle philosophie ne peut être : relation de personnes à personnes. » On pourrait lui répondre ici que la philosophie est fondamentalement ce que nulle religion ne peut être : réflexion critique d’un existant sur la globalité de l’existence. Tous les problèmes que pose la religion sont du ressort de la réflexion critique. De même, les problèmes de philosophie de la religion sont une problématique obsédante pour la réflexion philosophique. En effet, plusieurs disciplines traitent de la réalité de la religion, à des degrés divers, selon diverses approches et avec des instruments de recherche spécifiques. Cette réalité de la religion qui englobe les expériences, émotions, cultes et traditions, vécu individuel et communautaire, polémiques et schismes, n’échappe pas à la réflexion critique. La philosophie descriptive ou la phénoménologie, lorsqu’elle traite de la religion, donne une vue d’ensemble et ordonne la complexité des phénomènes religieux, des convictions qui portent l’expérience religieuse. C’est une tâche complexe pour la philosophie qui ne doit pas se contenter de décrire mais de fonder en raison des diverses attitudes parfois irréconciliables.

Par ailleurs, les problèmes spécifiques que pose la religion ressortissent du domaine de connaissance de la philosophie, mais on ne saurait délimiter de façon univoque le champ d’explication des problèmes de la religion. Les problèmes de la philosophie de la religion que nous venons d’énumérer plus haut sont aussi ceux des disciplines connexes que sont la psychologie de la religion, la sociologie de la religion, l’histoire des religions, histoires comparées des religions… En fait, la phénoménologie de la religion couvre un spectre si étendu qu’elle n’accomplit son enquête que sur la base d’un ensemble de données archéologiques, ethnologiques, historiques, psychologiques sur les religions… Si les plus grandes questions qui préoccupent la philosophie sont issues du domaine de la philosophie de la religion, c’est aussi parce que celle-ci veut couvrir un ensemble sacral difficilement définissable : tabou, magie, mythe, rite, sacrifice, culte des saints et des défunts, sans oublier le côté humain de l’expérience religieuse. Pour se tenir à égale distance de l’objectivité scientifique, la philosophie doit questionner l’essence de la religion à partir du regard dépouillé des disciplines qui emploient des méthodes de lecture différentes de celle de la philosophie de la religion.

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 21 juin 10

« La politesse est l’origine des vertus ; la fidélité, leur principe ; la prudence, leur condition. »

André Comte-Sponville, Petit traité des grandes vertus.

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GRILLE DE LECTURE

Dans ce célèbre traité des vertus, Comte-Sponville présente la politesse comme la première et l’origine de toutes les vertus. Une vertu est une force qui agit, une excellence qui peut agir. Une vertu est une puissance spécifique, une puissance spécifique qui commande une excellence propre. La vertu d’un être est ce qui fait sa valeur et son excellence propres. La politesse est la première vertu, mais elle est la vertu la plus pauvre, la plus superficielle et la plus discutable. Elle se moque de la morale, parce qu’un nazi poli n’est pas plus vertueux qu’une personne obséquieuse et pleine d’artifices, pas plus qu’une politesse servile ou insultante. A dire vrai, la politesse ne ressemble pas à une vertu. C’est pourtant par la politesse que la vertu s’apprend et que les valeurs s’intériorisent dès le bas âge. L’origine des vertus ne saurait en être une, à moins de nécessiter elle-même une autre origine. La politesse est l’essence des vertus mais reste une vertu pauvre, elle est antérieure à la morale, et définit l’univers de la morale. La morale n’est-elle pas une politesse de l’âme ?

Pour être la plus pauvre et la vertu des commencements, la politesse est une petite vertu, elle est une valeur insuffisante, une qualité formelle, dérisoire, si elle ne donne pas naissance à d’autres vertus. Par exemple, la politesse a besoin de fidélité comme le principe toute vertu. La vertu en tant qu’une disposition constante à faire le bien n’est rien sans fidélité, sans mémoire des valeurs passées apprises. Tout comme la mémoire est vertu, la fidélité est vertu de mémoire. Un devenir vertueux infidèle ne sera pas une vertu. L’homme, dit Comte-Sponville, n’est esprit que par la mémoire, humain que par la fidélité. L’esprit fidèle est le principe de la vertu humaine. La fidélité n’est pas une valeur parmi d’autres, elle ce par quoi il y a valeurs et vertus. Mais la fidélité répugne à la versatilité et à l’opiniâtreté. La fidélité est pire que la délation et le reniement. C’est ce qui fait dire à Vladimir Jankélévitch que la fidélité à la sottise est une sottise de plus. La fidélité est amour fidèle du bien.

La vertu n’est vertu qu’à une condition : par la prudence. Kant y voyait un amour de soi éclairé et habile. A ce titre, elle paraît trop avantageuse et trop calculatrice pour être morale. Pour les modernes, la prudence relève moins de morale que de psychologie. Néanmoins, la prudence est élevée depuis l’Antiquité grecque et le Moyen Age à la dignité de vertu cardinale. Aux côtés du courage encore appelé force d’âme, de la tempérance et de la justice, la prudence tient le 1e rang. La prudentia latine ou la phronesis grecque a été présentée par Aristote comme une vertu intellectuelle, elle se rapporte à la connaissance et à la raison. Ainsi, la prudence est cette disposition qui permet de délibérer correctement sur ce qui est bon ou mauvais pour l’homme. Elle aide à agir convenablement. C’est elle qui rend vertueuse les vertus, pourrait-on dire. C’est une intelligence vertueuse, ou mieux, le bon sens au service de la bonne volonté et de la liberté morale. Ce n’est pas un facteur d’inhibition, c’est une sagesse pratique, une vertu de l’action.

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 20 juin 10

« Les partenaires dans (la) position originelle sont décris comme étant des représentants rationnellement autonomes des citoyens dans la société. En tant que tels, les partenaires doivent faire de leur mieux pour ceux qu’ils représentent, tout en respectant les restrictions de la position originelle. »

John Rawls, Justice et démocratie

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GRILLE DE LECTURE

Les citoyens qui participent au choix des principes de justice sont des représentants de la société politique. Pour en être dignes, ils doivent se plier scrupuleusement aux restrictions de la situation originelle où se font les choix. Ces choix, pour être représentatifs des aspirations d’une société démocratique, doivent s’opérer dans des conditions équitables où les contractants mettent leur moi hors jeu et ignorent les avantages qu’ils auraient pu tirer de tel ou tel principe retenu. Les meilleurs choix à effectuers sont ceux qui viseront le bien de tous. Les principes d’une égale liberté pour tous et d’une juste égalité des chances sont les deux pôles qui portent la conception rawlsienne de la justice. Ces principes sont aussi ceux que défendent nos Etats démocratiques.

Les plus grandes critiques adressées à Rawls concernent la situation originelle (situation hypothétique de neutralité et de désubstantialisation du moi), sa faisabilité et la conception rawlsienne de la personne. Rawls répond que sa conception de la personne n’est pas moralement neutre. (Justice et démocratie, p. 173). Tout en désencombrant les partenaires au contrat de leurs désirs substantiels, les restrictions de la position originelle ne leur enlèvent pas l’autonomie et la raison. Ils demeurent « rationnellement autonomes » afin de faire un discernement judicieux des principes de justice. Mais l’autonomie rationnelle ne confère pas l’autonomie complète.

La conception complète de la personnalité morale prévoit de distinguer entre la capacité d’être rationnel et la capacité d’être raisonnable. Ces deux facultés morales correspondent aux deux composantes de la position originelle. Le Rationnel est la capacité à avoir une conception du bien à un moment donné pour s’accorder sur les principes les meilleurs, alors que le Raisonnable est la capacité à avoir un sens de justice, à progresser dans sa conception du bien et à respecter les termes équitables de la coopération sociale. Avant de faire le choix, les contractants sont Rationnels, et pour la mise en œuvre de leurs choix, ils sont raisonnables. Comment s’articulent ces deux composantes ? Faut-il les sérier ? A moins de l’avoir mal lu, on peut soutenir que Rawls n’a pas levé l’équivoque, loin s’en faut, car la position originelle semble recéler encore des ambiguïtés.

Emmanuel AVONYO, op

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