Archive for novembre, 2009

Paul Ricoeur et le paradoxe de la chair

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« PAUL RICOEUR ET LE PARADOXE DE LA CHAIR. BRISURE ET SUTURE. »

C’est le titre de l’ouvrage de philosophie du frère Dominicain David-Le-Duc TIAHA qui paraît ce mois de novembre chez L’HARMATTAN.  » Cet ouvrage veut montrer que Le paradoxe de la chair chez Paul Ricoeur, fruit de l’exercice méthodique d’une ontologie fondamentale croisant phénoménologie et philosophie de l’existence, est un dépassement qui serait, depuis l’écriture de Philosophie de la volonté (1950), une riposte aux alternatives ruineuses du rationalisme, du vitalisme et de l’existentialisme. Paul Ricoeur opère ainsi un dépassement de la phénoménologie pure de Husserl qui n’assume pas l’enracinement ontologique du corps dans l’affectivité... » Suite de la présentation

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Pensée du 05 novembre

« Les philosophes n’ont pas d’importance si ce n’est pour cela qu’il nous permettent de penser. Je laisse l’histoire aux historiens, la philosophie me suffit. »

André COMTE-SPONVILLE, Une éducation philosophique

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GRILLE DE LECTURE

L’humanité semble avoir dédié son existence à la science. Grâce à l’extraordinaire épanouissement des sciences, l’être humain peut vivre en toute quiétude. Nul ne peut désormais douter de la prétention de la science à faire de l’homme, le ‘‘maître et possesseur de la nature’’[1]. Car avec la science, l’homme peut désormais au moyen de la technique faire reculer le baiser glacial de la mort, de la faim et de la maladie.

Aujourd’hui plus que jamais, s’actualise la fameuse prophétie de Stamley qui lors d’un colloque international en 1955 observa : « l’heure est proche où la vie se trouvera placée entre les mains des chimistes  qui feront, déferont ou modifieront à leur gré la substance vivante »[2]. La science aujourd’hui semble être le nouveau ‘‘bréviaire’’ des hommes de notre époque qui peu à peu, s’affaissent dans la boue sordide de la consommation. Il n’est donc pas faux de dire avec Heidegger que « l’homme est aujourd’hui menacé dans son être le plus intime. Un déracinement qui procède de l’esprit de l’époque en laquelle notre naissance nous a fixés »[3].

Dans cette situation, une question se pose à l’homme ordinaire qui dans la jouissance immédiate des prouesses scientifiques rencontre le regard du philosophe : quel peut bien être le rôle du philosophe aujourd’hui ? Telle que posée, cette question recoupe d’une manière globale la problématique de savoir l’actualité de la philosophie dans cette société où l’actualité est occupée par les avancées de la science et de la technologie[4]. La philosophie a-t-elle encore aujourd’hui une utilité ? Telle nous semble le sens à donner à la question initiale.

En réponse à cette question, il importe de comprendre que la philosophie ne sert à rien parce qu’elle n’est la servante d’aucun maître. C’est donc à juste titre qu’il est arrivé à Heidegger de dire que : « tout questionner essentiel de la philosophie demeure nécessairement inactuel (unzeitgemaäss), car la philosophie reste un savoir qui non seulement ne se laisse pas rendre actuel (Zeitgemäss) mais dont il faut bien plutôt dire »[5]. L’inutilité de la philosophie que nous venons de mettre en évidence vise à signifier que l’esprit de la philosophie est par conséquent différent de l’esprit de la démarche quotidienne et de l’esprit du commun savoir. Dès lors, l’esprit philosophique se présente comme refus de la spécialisation. Par ailleurs, la philosophie ne saurait être surannée dans la mesure où tout développement est avènement de nouvelles inquiétudes que le philosophe est amené à dissiper sous la houlette de la pensée.

Le philosophe n’est certainement pas un spécialiste, il est bien au contraire celui dont la tâche consiste à permettre aux hommes de penser. La pensée étant le dialogue de l’âme avec elle même, elle nous donne de savoir apprécier d’une part les prouesses de la science tout en nous aidant, d’autre part, à comprendre ces prouesses comme une agression contre la vie et contre l’être même de l’homme. Et qu’au regard de ce fait, l’explosion d’une bombe à hydrogène ne signifierait pas grande chose[6]. Voici la tâche qui sied à Sponville et dont il s’honore d’être l’heureux disciple laissant les autres sciences telle que l’histoire à d’autres personnes.

498752_96[1]Klaourou Elvis Aubin

e.klaourou@yahoo.fr

Pensée du 04 novembre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE


[1] René DESCARTES, Discours de la méthode, Paris, Librairie Larousse, 1969, p. 97.

[2] Martin Heidegger, Questions III et IV, Paris, ed. Gallimard, p. 143.

[3] Ibidem, p. 139.

[4] Boa Thiémèlé, Recherches philosophiques,

[5] Martin HEIDEGGER, Introduction à la philosophie, trad. , Paris, Gallimard, 1, p. 20.

[6] Questions III et IV, Paris, p. 143.

Deuxième travail d’hercule

Mejnour ben HUR, mejnourbh@gmail.com

De mon livre de chevet : “2° Combat contre l’hydre de Lerne : envoyé par Héra, ce monstre à neuf têtes de serpents venimeux ravageait le pays de Lerne, près d’Argos ; Héraclès coupa les têtes les unes après les autres et enterra celle qui était immortelle sous un énorme bloc de rocher”.

De wikipédia :” Le monstre est décrit de façon différente selon les différents contes et mythologies. Plus récemment, il a été décrit comme ayant un corps de dragon et sept têtes. La tête centrale était la « tête intelligente » qui dirigeait le corps et qui était immortelle. Chaque fois qu’un vaillant chevalier la coupait, deux nouvelles têtes poussaient.

Dans la mythologie de la Grèce antique, cette redoutable créature habitait les royaumes aquatiques et les marais. Elle possédait un corps de chien et entre 5 et 1000 têtes. Encore une fois, la tête centrale est immortelle et faite en partie d’or. Ces têtes se régénéraient doublement lorsqu’elles étaient tranchées. De plus, l’haleine soufflée par les multiples gueules exhalait un poison radical, même durant le sommeil de l’animal. Le monstre ravageait le bétail et saccageait les récoltes.

Héraclès, recouvert de sa peau de lion pour se protéger des morsures, attira la bête hors de son repaire en lui décochant quelques flèches enflammées. L’Hydre apparut accompagnée d’un crabe (ou une écrevisse géante) envoyé par Héra dans le but de distraire Héraclès lors du combat. Agacé par les pincements du crabe, Héraclès l’écrasa du talon.

Héra en fera une constellation : celle du Cancer à côté de celle du Lion.

Débordé par les multiples régénérations céphaliques, Héraclès appela Iolaos, fils d’Iphiclès, à la rescousse. Sur l’ordre de son oncle, il enflamma quelques arbres et utilisa des brandons afin de cautériser les moignons de cou. Quant à la tête immortelle, elle fut tranchée et enterrée, encore sifflante, sous un rocher.”

A demain, cher compagnon, pour notre méditation sur ce deuxième travail. Mejnour te salue !

LE BILLET DE MEJNOUR, ORGUEIL ET FIERTE

Mejnour ben HUR, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 04 novembre

« Si le courage de la pensée vient d’un appel de l’Etre, ce qui nous est dispensé trouve son langage ».

Martin HEIDEGGER, L’Expérience de la pensée

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GRILLE DE LECTURE

Avec Platon, la pensée se présente comme le dialogue de l’âme avec elle-même. Dans le prolongement de cette intuition, on pourrait ajouter que la pensée est le lieu où l’homme est le plus près de lui-même. Ainsi peut-il, parce que proche de lui-même, s’élever jusqu’à atteindre ce qui constitue la fine pointe de son principe. Un tel exercice est douloureux car il requiert de l’homme une énergie intellectuelle, une rigueur mieux une discipline. De ce point de vue, il n’est pas faux de dire que pour penser, il faut du courage.

Or s’il est vrai que l’exercice de la pensée relève du courage, il n’en demeure pas moins vrai que ce courage de la pensée vient d’un appel. L’appel de l’être. L’être faut-il le rappeler est vérité au sens de A-lètheia. Cette vérité est celle qui supporte la vie, la façonne et lui donne son contenu. Si donc le courage de la pensée vient de l’être, alors, il importe de savoir dans cette conjoncture que la dignité de l’homme consiste à être le représentant de l’indéfinissable[1]. Par la pensée en effet, l’homme devient la terre de noblesse qui se laisse revendiquer par l’être pour dire sa vérité. Une vérité qui nous affranchit et nous éclaire. Dans le partage harmonieux de cet héritage, notre humanité commune exige autre chose de nous. Elle exige que là où la vérité paraît multiple, il nous faut l’éclairer.

Au regard de ce qui précède, il appert que quiconque fait de la philosophie veut non seulement vivre pour la vérité mais veut aussi et surtout imposer profondément ces données à sa propre  pensée[2]. En ce sens il est arrivé à Heidegger de penser qu’il y a quelque chose d’essentielle vers laquelle l’homme doit tendre l’oreille afin d’être fécondé par le langage de l’Etre. Le concept de langage pour Heidegger est la demeure de l’être. Le lieu de la détermination de ce qui vient insuffler de l’Etre aux petits êtres désontologisés.

Pourtant s’il est vrai que le langage est la demeure de l’être et que l’homme est son berger, ne faudrait-il pas que le langage soit aussi la maison de l’être humain, le lieu où celui-ci habite, s’installe, se rencontre dans l’Autre et que l’un des espaces les plus habitables dans cette maison est l’espace de la poésie et de l’art[3]?

DEBATS>>>

Klaourou Elvis Aubin

e.klaourou@yahoo.fr

Pensée du 03 novembre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE

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[1] Karl JASPERS, Introduction à la méthode philosophique, trad. Laurent Jospin, Paris, ed. Payot & Rivages, 1966, p. 50.

[2] Ibidem,

[3] Hans Georg Gadamer, L’héritage de ‘Europe. Trad. Philippe Ivernel, Paris, ed. Payot&Rivages, 2003, p.17.

Orgueil et fierté

Nous avons, semble-t-il, déjà évoqué cette vertu de fierté : sentiment résultant de la conviction selon laquelle, image de Dieu, nous ne pouvons ni ne devons faire ce qui contredit notre nature. L’image de Dieu ne pourrait sans blasphémer se vautrer dans la fange nauséabonde des calculs mesquins, du manque de charité, de la culture du vice. Celui qui est fier ne pêche pas. En revanche, l’orgueil est un péché capital. C’est le lion qui exprime le mieux cette déficience. Il se sent supérieur, inaccessible (aucune flèche ne peut transpercer sa peau). Il est imperméable au dialogue, l’autre est toujours forcément et nécessairement faux, inaudible, inférieur. Montaigne répondrait “autrui, loin de me léser, m’enrichit”. Même si, parfois, nos refus d’envisager la possibilité, la richesse des promesses de l’altérité explique sans le justifier celui qui pense qu’”autrui me fait, autrui me mange”.

La première victoire d’Hercule est une invitation à l’écoute de l’autre. C’est par l’écoute que nous apprenons à nous prendre pour ce que nous sommes vraiment : des femmes et des hommes capables de vaincre nos orgueils pour nous revêtir de cette noble et légitime fierté qui nous rend invulnérables aux maléfices. Savoir écouter, c’est ce qui nous dispose à mieux voir les failles de notre nature. C’est ce qui nous permet de comprendre que, même si notre peau repousse les flèches, notre cou est vulnérable. Et les mains de l’autre peuvent lui servir d’arme efficace. En se préparant à transcrire le deuxième travail d’Hercule, Mejnour, fils de Liberté, te salue !

VOIR LE BILLET DE MEJNOUR, PREMIER TRAVAIL

Mejnour ben HUR, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 03 novembre 09

« La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement et c’est pourtant la plus grande de nos misères ».

BLAISE PASCAL, Pensées

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GRILLE DE LECTURE

Depuis Descartes, l’homme est défini comme animal pensant. C’est-à-dire : « une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi et qui sent »[1]. Par cette faculté, il se distingue de l’animal du fait déjà qu’il se sait existant. Grâce à l’exercice de la raison, il est cet être vivant qui réclame des comptes et qui rend des comptes[2]. Perçu comme tel, il s’assigne la tâche d’être maître et possesseur de la nature[3]. Porté par ce vœu et cet idéal, l’homme pose un nombre pléthorique  d’activités dans le quotidien factuel de son existence. Par une réelle agitation qui désormais régit son existence, l’homme appréhende son travail comme un hommage à sa dignité. Pourtant une réelle méditation de l’agir de celui-ci ne laisse-t-elle pas entrevoir la présence silencieuse d’une misère qui, comme une vermille, le ronge de l’intérieur ?

Selon Pascal, cette agitation n’est rien moins que la résultante d’une incapacité à rester en repos. Car quoique doté de raison l’homme échappe à lui-même et ne peut rester auprès de lui-même. La conscience d’une telle misère de sa condition qu’il expérimente dans la tristesse et le désespoir le pousse à se fuir par le divertissement. Dans cette conjoncture, le divertissement chez Pascal consiste à se détourner de soi, de son néant, de sa mort[4]. Au fond, le divertissement constitue une consolation pour l’homme dans la mesure où il est incapable d’assumer cette misère. Dans le divertissement en effet, l’homme reste sourd à l’appel de son intériorité parce que vivant à la périphérie de son être.

Toutefois, si le divertissement constitue une solution pour l’homme, il n’en demeure pas moins vrai qu’il reste la plus grande misère. L’homme au total a une double nature. Celle qui, à la fois, cherche le repos mais qui ne peut s’en satisfaire. La question de fond qui se dégage donc de cette communication est : qu’est-ce que l’homme ? Telle est donc la question qui est la question de la pensée et qui intéresse le monde entier. De la réponse qu’elle recevra dépendra l’avenir de la terre et celui de l’existence, de l’homme sur cette terre.

Klaourou Elvis Aubin

e.klaourou@yahoo.fr

Pensée du 02 novembre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE


[1] René DESCARTES, Discours de la méthode, Paris, Librairie Larousse, 1969, p. 185.

[2] Heidegger, Principe de raison, Paris, Gallimard,

[3] René DESCARTES, p. 97.

[4] André CONTE-SPONVILLE, Dictionnaire philosophique, Paris, PUF, 2001, p. 178-179.

Premier travail d’Hercule

Il a été question, dans ce billet, d’un livre de chevet dans lequel se trouvaient bien des mythes susceptibles d’être évoqués par Mejnour. C’est de ce livre qu’est tiré le texte suivant : “1° Combat contre le lion de Némée : cette bête redoutable, fruit des amours d’Echidna et de Typhon, terrorisait la vallée de Némée. Héraclès, après avoir vainement essayé d’abattre de ses flèches et de sa massue l’animal, finit par l’étrangler de ses propres mains ; il l’écorcha et se revêtit de sa peau, qu’aucune bête ne pouvait transpercer”.

Donne toi, cher compagnon, la peine et le temps de lire ce texte, de te laisser toucher par lui, de t’ouvrir à son message et à ses symboles. Demain, nous nous offrirons le loisir d’en parler. Ceci est d’autant plus utile que nous ne nous entendons vraiment qu’à condition de savoir, ensemble, de quoi nous parlons. En attendant donc l’instant où s’élucidera l’énigme de ce premier travail, Mejnour, fils de Liberté, te salue!

>>>VOIR BILLET DE MEJNOUR, VOICI HERCULE

Mejnour ben HUR, mejnourbh@gmail.com

Pensée du 02 novembre 09

 

« La compréhension est le mouvement même de la ‘‘Transcendance’’».

Hans Georg GADAMAER,le problème de la conscience historique (p. 51)

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GRILLE DE LECTURE

Avec Heidegger, la compréhension n’est plus une opération qui irait  en sens inverse de celle de la vie constituante et qui lui serait postérieure. Elle est bien au contraire, le mode d’être originaire de la vie humaine elle-même. Ici se trouve le testament heideggérien légué à Gadamer. Lequel testament invite à admettre que comprendre n’est pas un mode de comportement parmi d’autres mais le mode d’être du dasein.

Mais en fait que veut dire comprendre ? Une approche du concept en sa résonance allemande pourrait tracer le chemin de la réponse à la question posée. A la lumière donc de cette approche, nous découvrons que le verbe comprendre (Verstehen) possède deux sens. Tout d’abord il a le même sens qu’en français lorsque nous disons, par exemple : « je comprends la signification de quelque chose ». Ensuite il signifie aussi : « s’y connaître en quelque chose ». De ces deux acceptions, la compréhension en conséquence, devient l’acte par lequel, l’on communie à ce qui se pose là devant soi et qui toujours déjà entretient avec nous un lien d’amitié. La compréhension est donc une question « d’appartenance » dans la mesure où le mouvement de la compréhension est porté par le désir de faire communauté avec le sens.

Au fond, il s’agit de saisir que « ce que nous nous préparons à accueillir n’est jamais sans quelque résonance en nous, et il est le miroir où chacun de nous se reconnaît »[1]. De ce point de vue, il n’est pas hasardeux d’affirmer avec Gadamer que « la compréhension est le mouvement même de ‘‘la transcendance’’». Cette affirmation requiert de nous au moins une seconde de silence.

Pareil silence nous donne de comprendre en un éclair que la compréhension est le mouvement même de la transcendance parce qu’elle est le lieu même où se tissent silencieusement les fiançailles de l’homme d’avec la vérité (la transcendance). C’est donc cette vérité qui suscite en l’homme son désir, sa soif de comprendre. Dès lors, dire que « la compréhension est le mouvement même de ‘‘la transcendance’’ revient à dire que la compréhension a un poids ontologique et que « toute compréhension commence par le fait que quelque chose nous appelle »[2]. Elle est une détermination transcendantale qui donne à l’herméneutique une nouvelle dimension et une portée universelle. De ce fait, toute compréhension herméneutique commence et finit par la chose même[3].

Klaourou Elvis Aubin

e.klaourou@yahoo.fr

Pensée du 1er novembre 09

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE


[1]Hans Georg GADAMER, le problème de la conscience historique, trad. Pierre Fruchon, Paris, ed. Seuil, 1996, p.56.

[2] Ibidem, p.88.

[3] Ibidem, p. 90.


Voici hercule


Voici Hercule qui, pour la postérité, a accompli 12 travaux. Wikipédia en publie la liste :

  1. Étouffer le lion de Némée à la peau impénétrable, et rapporter sa dépouille
  2. Tuer l’hydre de Lerne, dont les têtes tranchées repoussaient sans cesse.
  3. Vaincre à la course la biche de Cérynie aux sabots d’airain et aux bois de bronze, créature sacrée d’Artémis.
  4. Rapporter vivant l’énorme sanglier d’Érymanthe.
  5. Nettoyer les écuries d’Augias, qui ne l’avaient jamais été.
  6. Tuer les oiseaux du lac Stymphale aux plumes d’airain.
  7. Dompter le taureau crétois de Minos, que celui-ci n’avait pas voulu rendre à Poséidon.
  8. Capturer les juments mangeuses d’hommes de Diomède.
  9. Rapporter la ceinture d’Hippolyte, la fille d’Arès et reine des Amazones.
  10. Vaincre Géryon le géant aux trois corps, et ramener son troupeau de bœufs.
  11. Rapporter les pommes d’or du jardin des Hespérides gardées par Ladon.
  12. Descendre aux Enfers et enchaîner Cerbère.

Retenons que, par chacun de ces travaux, ce héros nous invite à faire notre chemin d’humanité qui nous libère de nos inconstances et nos folies pour déboucher sur l’immortalité. C’est par ces travaux que l’individu exerce son métier d’homme. C’est le creuset de sa perfection. La vie d’Hercule est une hymne à l’héroïsme. Et l’héroïsme est un accomplissement. Pour y atteindre, le poète emprunterait le chemin de la sublimation, le chrétien parlerait de conversion, l’alchimiste de transmutation. En attendant ces sommets, tandis qu’il se prépare à te présenter le premier travail de ce héros, Mejnour te salue!

Mejnour ben HUR, mejnourbh@gmail.com

>>>VOIR, EVIDENCES USEES

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L’espace chez Kant

Le texte que voici est un exposé fait en cours de philosophie kantienne (L3) le 26 avril 2009. Le travail a été présenté sous le contrôle du professeur Kouassi Raoul. Les noms des auteurs se trouvent en fin de texte.

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INTRODUCTION

Emmanuel Kant vécut du 22 avril 1724 au 12 février 1804 à Königsberg dans une famille de onze enfants. Il reçu de sa mère une éducation morale et religieuse qui le marqua toute sa vie. Il dira plus tard n’avoir souvenir de rien qui, dans la maison paternelle, fut en contradiction avec l’honnêteté, la décence, la vérité[1].

Nonobstant les nombreuses difficultés liées à la mort de sa mère et de son père, Kant bénéficiera d’une solide formation à l’université de Königsberg. Plus tard, il y dispensera les matières les plus diverses à savoir : mathématiques, logique, métaphysique, physique, pédagogie, droit naturel, géographie. Professeur scrupuleux et vivant, fort aimé de ses élèves, son enseignement sera un commerce des plus intéressants[2]. Il est auteur de plusieurs œuvres notamment : Critique de la faculté de juger (1790), Critique de la raison pratique (1788), Fondements de la métaphysique des mœurs (1785), Prolégomènes à toute métaphysique future qui voudra se présenter comme science (1783), Critique de la raison pure (1ère édition 1781, 2ème édition corrigée 1787) d’où est extrait notre texte d’étude. Lequel texte constitue la première section après l’introduction de ladite œuvre. Il a pour thème l’espace.

En effet, à la question de savoir « qu’est-ce que l’espace ? », l’auteur dans sa thèse nous le présente comme une intuition pure. Pareille affirmation exige de nous une pause recueillante. Un recueillement qui nous invite à faire l’herméneutique de cette vérité, c’est-à-dire à la lire et à la relire afin de la comprendre pour annoncer la pâque spéculative de la résurrection du sens fondamental de cette intuition pure.

A cet effet, il importe de rappeler la question qui nous a mis en mouvement et en dialogue avec l’auteur. Qu’est-ce que l’espace ? De la profondeur de cette exigence, l’on s’aperçoit que la compréhension de l’espace kantien passe avant tout par une interprétation de Kant en philosophe puisqu’il se présente comme tel et en ami, c’est-à-dire en cherchant de plus près à comprendre ce qu’il nous dit au lieu de le critiquer de l’extérieur. Il faut se laisser former par lui pour le comprendre en philosophe et en sage.

Car pour exposer la recherche d’un philosophe, il faut philosopher avec lui, repenser avec lui, tâcher de découvrir avec lui ce qui a été comme le centre, le noyau vital de ses réflexions. Ainsi la compréhension kantienne de l’espace n’est possible que par la saisie de l’ordre intime de sa pensée, sa diversité et son unité caractéristiques. Il s’agit donc de le suivre pas à pas dans sa recherche en élaguant le plus possible tous les a priori provenant des philosophies postérieures.

C’est pourquoi nous avons voulu développer la conception kantienne de  l’espace selon l’ordre même de sa recherche. Lequel ordre se présente dans la première unité de sens comme une exposition métaphysique de l’espace. Dans la seconde, il fait une exposition transcendantale de l’espace avant de dégager dans la troisième, les conséquences de sa démonstration.

I.       EXPOSITION METAPHYSIQUE DE L’ESPACE

Du latin ‘‘expositio’’, l’exposition chez Kant désigne la représentation claire quoique non détaillée de ce qui appartient à un concept. Elle est dite métaphysique lorsqu’elle contient ce qui représente le concept comme donné a priori[3]. Dans cette première unité de sens, il s’agira d’abord de découvrir que l’exposition métaphysique de l’espace vise précisément à montrer en quoi le concept de l’espace est a priori. Nous aurons ensuite à démontrer qu’il n’est pas un concept au sens d’une représentation générale et médiate par opposition à l’intuition.

I.1.    Un concept non empirique

Kant commence son exposé sur l’espace par une définition négative. Il affirme dans la première phrase que « l’espace n’est pas un concept empirique qui ait été tiré d’expérience externe »[4]. Cette affirmation illustre l’enjeu de l’argument à savoir que l’espace n’est pas a posteriori mais nécessairement a priori. Car  toute expérience extérieure au contraire suppose l’espace. Aussi dans la deuxième phrase qui constitue le cœur de son argument, Kant est-il d’avis que l’on pose la représentation de l’espace comme fondement pour que certaines sensations puissent être rapportées à quelque chose d’extérieure. En d’autres termes à quelque chose placé dans un autre lieu de l’espace que celui où je me trouve[5].

Par cette analyse, il est évident aux yeux de Kant que l’expérience extérieure n’est elle-même possible qu’au moyen de la représentation de l’espace comme fondement[6]. Ainsi, l’impossibilité de déduire l’espace de l’expérience découle du fait que la représentation de l’espace est le fondement nécessaire pour pouvoir appréhender les prédicats spatiaux (l’extériorité et la contiguïté) de l’expérience perceptive. C’est logiquement que nous revisitons à présent l’espace comme une représentation a  priori.

I.2.    L’espace comme une représentation a priori

Dans la Critique de la raison pure, Kant présente l’espace comme « une représentation nécessaire a priori qui sert de fondement à toutes les intuitions extérieures… une condition de possibilité des phénomènes »[7]. L’on peut entendre par représentation a priori de l’espace le fait que l’espace préexiste à toute expérience. L’espace est une forme pure de l’intuition externe à travers laquelle le sujet forme des objets et sans laquelle il ne saurait y avoir d’objets pour lui. L’espace, selon Kant, ne peut être dérivé des expériences parce qu’il est déjà impliqué dans chacune d’elles. C’est en ce sens que pour Kant, « L’espace sert de fondement, d’une manière nécessaire, aux phénomènes extérieurs.»[8]

Car, tout ce que je perçois de réel, je le perçois dans l’espace. L’espace est la condition de la réalité pour moi de n’importe quel objet. L’espace est pour cela une condition nécessaire a priori. Il est justement impossible de se faire une représentation abolissant l’espace, mais comme le souligne Kant, il est parfaitement possible d’en éliminer en pensée tous les objets[9]. Une question se pose cependant : l’espace est-il une réalité en soi, existant même sans qu’intervienne un sujet connaissant, donc une réalité absolue ? Ou bien est-il une intuition jaillie du sujet, à travers laquelle celui-ci forme des objets ? L’espace est-il une réalité relative au sujet ?

Pour répondre à cette difficulté, Kant évoque la connaissance a priori en géométrie. En géométrie par exemple, nous connaissons a priori, non à partir de simples concepts, mais à l’aide de constructions intuitives, c’est-à-dire, à partir de relations qui se trouvent ensuite correspondre à la réalité. Ces connaissances en géométrie, qui ne sont possibles que grâce à l’espace, ne sont pas tirées de l’expérience, mais soumises à l’épreuve de l’expérience où elles se vérifient. Si le sujet découvre dans la forme de son intuition cela même qu’il retrouve dans la réalité, c’est parce qu’il l’a constitué préalablement et de tout temps, à l’aide de cette forme de l’intuition qu’on appelle espace.

Kant déduit donc la certitude apodictique de tous les principes géométriques et de la possibilité de leur construction a priori. En effet, si l’espace était un concept a posteriori, les premiers principes de la détermination mathématique ne seraient rien que des perceptions, ayant ainsi toute la contingence de la perception[10]. Plus qu’une représentation a priori où l’espace serait défini comme un concept de l’entendement, l’espace est en réalité une intuition pure.

I.3.    L’espace comme pure intuition

La sensibilité est la faculté des intuitions. Par intuition, il faut entendre la vue directe et immédiate d’un objet de pensée actuellement présent à l’esprit et saisi dans la réalité individuelle. Tout en restant une représentation a priori, Kant définit l’espace comme une pure intuition[11]. Autrement dit, l’espace est cette forme pure de la sensibilité qui rend possible notre rapport spatial immédiat avec les choses. Au sens kantien du terme, l’espace n’est pas un concept. Car un concept du point de vue de la compréhension est construit avec des éléments plus simples que lui. Or le morceau d’espace n’est pas plus simple que tout l’espace. Du point de vue de l’extension, un concept doit s’appliquer à une diversité d’objets. Ce qui n’est pas le cas au niveau de l’espace puisqu’il ne peut que s’appliquer à lui-même. Pour Kant, l’espace est un. Quand on parle de plusieurs espaces on n’entend par là que les parties d’un seul et même espace[12]. Il s’ensuit qu’une intuition a priori est la base de tous les concepts que nous formons[13]. L’espace ne peut être qu’une intuition parce qu’il contient en soi une multitude infinie de représentations, ce que ne peut faire le concept qui est seulement la représentation du caractère commun d’une multitude infinie de représentations possibles.

Avec l’exemple du triangle, Kant nous montre que les principes géométriques ne sont jamais déduits des concepts généraux de la ligne et du triangle mais de l’intuition et cela a priori et avec une certitude apodictique[14]. Il n’y a donc nulle ombre de doute que la géométrie soit pour Kant la science qui établit de façon synthétique quoique a priori les propriétés de l’espace. Kant convient à ce propos qu’il faille admettre l’espace comme une intuition pure pour que la science de ses propriétés soit a priori et ne se fonde pas sur l’expérience. Ainsi s’il est vrai que l’espace est un concept non empirique, une représentation a priori et une intuition pure, il ne demeure pas moins vrai que tout ceci nous fait déboucher sur la grandeur infinie de l’espace.

I.4.    L’espace comme une grandeur infinie

Dans ce quatrième moment, Kant montre que « l’espace est une grandeur infinie donnée »[15]. Ce quatrième moment de l’exposition métaphysique vient à la fin comme ce qui vient dire la vérité de tout ce qui précède. Il nous ouvre à l’intelligence de la distinction kantienne de l’exposition métaphysique et de l’exposition transcendantale. En clair, ce qui est en affaire dans ce quatrième moment de l’exposition métaphysique est la compréhension de la notion de « grandeur infinie donnée » à la lumière des distinctions qu’établit Kant entre l’exposition métaphysique comme la forme d’intuition d’une part et d’autre part l’exposition transcendantale comme intuition formelle de l’espace.

L’exposition métaphysique de l’espace a pour horizon de faire comprendre l’espace comme indéterminé et indéfiniment déterminable comme « grandeur infinie donnée ». Cette réflexion même qui montre l’espace comme ce qui totalise le divers homogène et le détermine comme grandeur, montre aussi l’espace comme le déterminable, c’est-à-dire l’intuition comme pure a priori. Autrement dit, l’espace, en tant qu’intuition pure a priori, n’est pas le produit d’une synthèse immédiate, parce que nous ne pouvons avoir de l’espace que des intuitions déterminées, soit données dans l’expérience sensible, soit construites dans l’intuition.

Le concept d’espace ne peut donc pas être atteint par une sorte d’introspection ou un sens interne. Le fond de l’affaire est que, selon les thèses kantiennes les plus fortement soulignées, le passage des parties au tout dans la synthèse de la grandeur extensive est à ce point immédiat qu’elles « ne sauraient… être antérieures à cet espace unique qui comprend tout, comme si elles en étaient les éléments (…) elles ne peuvent être pensées qu’en lui »[16]. C’est-à-dire que dès qu’il y a détermination spatiale, il y a espace, dès qu’il y a partie, il y a tout. En ce sens « l’espace représenté comme grandeur infinie donnée » ne signifie pas qu’il soit immédiatement donné aux sens et que l’infini puisse ainsi s’épuiser par dénombrement.

A dire vrai, l’expression de «  grandeur infinie donnée » est délicate dans l’esthétique transcendantale. Elle exige qu’on s’entende précisément sur les termes. S’agit-il avec la « grandeur » de quanta ou de quantitas, avec l’ « infini » de potentialité ou d’actualité, avec la « donation », d’une construction ou d’une donation sensible ?

Nous pensons que l’espace dont-il est question ainsi que le temps sont des quanta originaires que l’entendement n’a pas encore rendu mesurables et qu’en cette pureté non encore intellectualisé, l’infini est donc tout autre chose que l’illimitation de la synthèse qui procède sans fin du fini au fini : elle s’ouvre dans cette autre évidence phénoménologique de la ‘‘co-donation’’ à l’infini des parties de l’espace, dans l’unité, qui les précède, de la représentation de l’unique espace. En d’autres termes, « l’espace est représenté comme une grandeur infinie donnée », signifie : que l’espace soit une grandeur ne veut pas dire qu’il ait telle ou telle quantité d’étendue, et une grandeur infinie ne signifie pas une quantité d’étendue non finie. La grandeur vise ici cet être-grand qui rend possible les quantités d’étendues particulières susceptibles d’être déterminées, qui demeure indéterminé et continu au regard de la multiplicité des parties : tel est l’espace.

Nommer infinie cette grandeur ne signifie donc pas que l’espace diffère des parties individuelles et déterminées par le degré et la richesse de sa composition, mais qu’il en est différent infiniment, c’est-à-dire essentiellement. Il précède toutes les parties comme la totalité unique dans laquelle elles peuvent être circonscrites. Cette totalité ne possède pas, comme l’universalité du concept, la pluralité des individus en dessous d’elle, mais elle contient ses parties en tant que déjà ‘‘co-intuitionnées’’ en sorte que cette pure intuition de la totalité peut à chaque instant livrer les parties. La représentation de pareille grandeur infinie en tant que donnée est donc une intuition qui se donne son contenu. Si cette totalité unique peut être donnée d’un coup, sa représentation laisse surgir ce qu’elle est susceptible de représenter et doit être appelée, en ce sens, un acte « originel » de représentation.

En définitive, l’espace est une grandeur infinie, parce qu’il est capable de contenir une quantité infinie de représentation, il est une intuition et non un concept. L’espace n’est pas proprement donné, mais représenté comme donné. Ce qui est donné est « la forme toute prête dans l’esprit ». En un mot, un morceau d’espace n’est pas moins espace. De ce fait, l’espace n’est pas un objet même si l’existence des objets le suppose. Au fond, si l’exposition métaphysique a conduit à son terme l’analyse de la représentation sans faire appel à la relation de l’espace à la géométrie, l’exploitation de cette tâche semble être celle que vise l’exposition transcendantale du concept de l’espace.

II.      EXPOSITION TRANSCENDANTALE DE L’ESPACE

L’étude de l’exposition métaphysique nous a conduit à la compréhension de l’espace comme une intuition pure, une représentation a priori et comme une grandeur infinie. Dans cette seconde unité de sens, il s’agira pour nous de présenter d’une part l’espace comme fondement de la connaissance et d’autre part, l’espace comme la condition a priori de la connaissance.

II.1.    L’espace comme fondement de la connaissance

La connaissance (la science) exige que l’activité de l’esprit (la mise en forme) s’applique à des objets donnés de l’expérience. Dans la logique de cette affirmation, Kant peut déduire que l’homme ne peut rien connaître au-delà de l’expérience. En d’autres termes, seul ce qui se plie au tribunal de l’expérience peut être connu de l’homme. Or l’expérience extérieure dans la perspective kantienne n’est possible que par la sensibilité. La sensibilité est la faculté des intuitions. Par intuition il faut entendre la vue directe et immédiate d’un objet de pensée actuellement présent à l’esprit et saisi dans sa réalité individuelle. Il n’y a donc d’intuition que si un objet nous est donné. Or seul l’espace est capable de nous livrer à l’extérieur de nous les objets. De ce point de vue, l’on comprend que « l’espace est le principe capable d’expliquer la possibilité d’autres connaissances synthétiques a priori »[17].

Dire donc de l’espace qu’il est le fondement de la connaissance, c’est reconnaître l’espace comme le principe suprême, le point de départ de la connaissance. Sans aucune hâblerie, l’espace est le fondement des constructions c’est-à-dire le fondement des connaissances mathématiques. Pour ce faire, Kant montre que pour que la géométrie soit la science qui détermine synthétiquement, et cependant a priori, les propriétés de l’espace, il importe que l’espace soit originairement une intuition[18].

II.2.    L’espace comme condition a priori de la connaissance

Cette exposition a pour enjeu de montrer que l’espace est la condition de possibilité de toute expérience. L’espace rend possible la juxtaposition  ou la simultanéité des choses. Elle permet leur monstration et la manifestation des phénomènes[19]. Cependant Kant précise que l’affirmation selon laquelle l’espace est la condition a priori de la connaissance ne signifie pas qu’elle est la condition de possibilité des choses en soi mais bien au contraire, la condition de celles des phénomènes. En d’autres termes, il est ce par quoi les choses sont manifestées. De ce fait, la présentation de l’espace comme « condition des objets extérieurs appartient d’une manière nécessaire au phénomène ou à l’intuition du phénomène »[20].

Il nous faut à présent montrer en quel sens l’espace est la condition a priori de la connaissance. Cette précision exige que nous distinguions dans notre objet de connaissance deux sortes d’éléments à savoir : la matière qui dépend de l’objet même et la forme qui dépend du sujet. Ainsi connaître chez Kant consiste à mettre en forme la matière donnée, et il est clair que la matière est a posteriori tandis que la forme est a priori. Nous pouvons conclure avec Kant que l’espace est la condition a priori de la connaissance. Quelles sont donc les conséquences qui résultent de cette argumentation kantienne ?

III.    CONSEQUENCES DE LA CONCEPTION DE L’ESPACE

La lecture et la méditation de la démonstration spatiale de Kant nous fait déboucher sur des conclusions gnoséologiques qui en vérité font rupture avec celle de Newton et de Leibniz. Mais avant, quelle brève présentation pouvons-nous faire de la conception  spatiale de Newton et de celle de Leibniz ? En quoi consiste l’originalité spatiale de Kant ?

III.1. L’espace chez Newton (1643-1727)

En 1687, Newton franchit une nouvelle étape conceptuelle. En publiant, en 1687, Les Principes mathématiques de la philosophie naturelle, il définit le mouvement à partir du concept de quantité de mouvement. En 1776, La monadologie physique repart de cette opposition entre métaphysique et physique : la géométrie pose un espace infiniment divisible. Dans cette perspective, le mécanisme géométrique de Newton admet l’existence du vide ; hypothèse nécessaire pour concevoir des mouvements libres. Par la suite, on découvre que Newton dans sa théorie spatiale, fait de l’espace un être réel, une réalité absolue qui existe indépendamment de tout contenu. Une telle conception semble ne pas recevoir l’approbation de Leibniz.

III.2. L’espace chez Leibniz (1646-1716)

Contrairement à Newton, Leibniz considère que l’espace est un système de relation entre les corps. Car, s’il n’y avait pas de corps, la notion d’espace perdrait son sens. Dans cette perspective, il fait observer que la notion d’espace est issue de la perception du mouvement. C’est parce que nous observons que les choses changent leur rapport de situation les unes par rapport aux autres que nous en venons à considérer la notion d’espace. Ce qui est originaire est la perception d’objets physiques qui ont un certain rapport de situation (haut, bas, devant, derrière) entre eux ; nous observons que les choses perçues changent de distance et de situation les unes par rapport aux autres ; c’est ce changement que nous appelons le mouvement et ce mouvement nous amène à former la notion de l’espace.

Pour Leibniz, on ne peut donc pas rencontrer d’espace vide dans notre perception. Il y a toujours un corps qui occupe la place d’un autre. L’espace est donc ce qui résulte de l’ensemble des places prises ensemble. C’est ce qui conduit au rapport métrique et topologique de l’espace. Avec Leibniz, il nous faut retenir que l’espace est purement relatif, l’espace étant de l’ordre des cœxistences. Au regard de la théorie spatiale de Newton et de celle de Leibniz, il est possible de constater la rupture épistémologique qu’opère Kant dans sa nouvelle considération de l’espace.

III.3. Kant entre Newton et Leibniz

Il existe une réelle polémique autour de la pensée kantienne sur l’espace. Car si pour certains, l’espace kantien est une reprise de la conception newtonienne, pour d’autres au contraire, la pensée kantienne n’est rien moins qu’une relativisation de l’espace à la suite de Leibniz. Pourtant une réelle méditation de la pensée kantienne, nous montre bien qu’il rejette l’une et l’autre thèse lorsqu’il présente de façon très originale, l’espace comme dépendant uniquement de la forme de notre intuition, de la constitution subjective de notre esprit.

Ainsi, l’espace au sens kantien du terme est une intuition pure, une forme a priori de la sensibilité, le cadre à l’intérieur duquel sont données et liées les sensations. Mais il en résulte deux conséquences. La première est que l’espace n’existe dans les choses qu’autant qu’on les perçoit[21]. C’est en ce sens qu’il convient de comprendre son assertion selon laquelle : « il n’y a pas de déterminations soit absolues soit relatives, qui puissent être intuitionnées avant l’existence des choses auxquelles elles appartiennent et par conséquent a priori »[22]. La seconde est qu’on ne peut parler d’espace et d’êtres étendus qu’au point de vue de l’homme, mais qu’en revanche pour l’homme, il n’y a d’objets perçus que dans l’espace[23]. Nous ne pouvons pas savoir si pour d’autres êtres pensants les choses présenteraient les propriétés spatiales qu’elles présentent pour nous ; mais nous savons que pour nous les rapports spatiaux sont constitutifs des choses[24].  L’espace n’est pas la condition de la possibilité de la chose en soi, mais seulement la condition de leur manifestation à notre esprit. Il est présupposé par toute expérience tout en étant une idée pure constitutive de notre faculté de connaître. L’espace et le temps sont selon Kant des réalités empiriques et des idéalités transcendantales.

CONCLUSION

Au cours de cet exposé sur l’espace dans la Critique de la raison pure, nous nous sommes attelés à rendre compte de la conception kantienne de l’espace en trois moments : l’exposition métaphysique de l’espace, l’exposition transcendantale du concept de l’espace et les conséquences de ces expositions. A la question « qu’est-ce que l’espace ? », Kant répond que l’espace est une intuition pure, un concept non empirique, une représentation a priori et une grandeur infinie. Bien plus, l’espace, le fondement de la connaissance est encore une condition a priori de toute connaissance. L’espace est une forme pure de notre sensibilité dans laquelle toutes nos sensations s’ordonnent. Il est une condition nécessaire et universelle de l’expérience sensible. Toutefois, l’espace existe a priori dans notre faculté de connaître. L’espace est de ce fait une réalité empirique et une idéalité transcendantale. Nous avons souligné aussi que la conception de l’espace chez Kant se situe entre celles de Newton et de Leibniz, elle leur est pour cela même irréductible.

AUTEURS DE L’EXPOSE

AMADI Mervy

ASSONHON José

AVONYO Sena

EHIMANE Mathieu

FOFANA D. Benjamin

KLAOUROU Elvis Aubin

MANDABA Romaric

ONANA Lucas

PADOUNDJI Serge


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TABLE DES MATIERES

SOMMAIRE

INTRODUCTION

I.       EXPOSITION METAPHYSIQUE DE L’ESPACE

I. 1.   Un concept non empirique

I. 2.   L’espace comme une représentation a priori

I. 3.   L’espace comme pure intuition

I. 4.   L’espace comme une grandeur infinie

II.      EXPOSITION TRANSCENDANTALE DE L’ESPACE

II. 1.  L’espace comme fondement de la connaissance

II. 2.  L’espace comme condition a priori de la connaissance

III.    CONSEQUENCES DE LA CONCEPTION DE L’ESPACE

III. 1. L’espace chez Newton

III. 2. L’espace chez Leibniz

III. 3. Kant entre Newton et Leibniz

CONCLUSION


[1] Emmanuel KANT, Préface à la deuxième édition de la critique de la raison pure,  Fernand Nathan 1981, p. 7.

[2] Pascal GEORGES, Pour connaître Kant, Paris, Bordas, 1966, p. 11.

[3] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Trad. TREMESAYGUES et B. PACAUD, Paris, Quadrige/PUF 7ème édition,  juin 2004, p. 55.

[4] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 56.

[5] Idem.

[6] Idem..

[7] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 56.

[8] Idem.

[9] Idem.

[10] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 56.

[11] Idem.

[12] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 57.

[13] Idem.

[14] Idem.

[15] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 57.

[16] Emmanuel Kant, Critique la raison pure, Tom. I, trad. J. BARNI, coll. Les meilleurs auteurs classiques, Paris, Ernest Flammarion, p. 65.

[17] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 57.

[18] Idem.

[19] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 59.

[20] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 60.

[21] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 57.

[22] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 58.

[23] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 58.

[24] Idem.