Le texte que voici est un exposé fait en cours de philosophie kantienne (L3) le 26 avril 2009. Le travail a été présenté sous le contrôle du professeur Kouassi Raoul. Les noms des auteurs se trouvent en fin de texte.
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INTRODUCTION
Emmanuel Kant vécut du 22 avril 1724 au 12 février 1804 à Königsberg dans une famille de onze enfants. Il reçu de sa mère une éducation morale et religieuse qui le marqua toute sa vie. Il dira plus tard n’avoir souvenir de rien qui, dans la maison paternelle, fut en contradiction avec l’honnêteté, la décence, la vérité[1].
Nonobstant les nombreuses difficultés liées à la mort de sa mère et de son père, Kant bénéficiera d’une solide formation à l’université de Königsberg. Plus tard, il y dispensera les matières les plus diverses à savoir : mathématiques, logique, métaphysique, physique, pédagogie, droit naturel, géographie. Professeur scrupuleux et vivant, fort aimé de ses élèves, son enseignement sera un commerce des plus intéressants[2]. Il est auteur de plusieurs œuvres notamment : Critique de la faculté de juger (1790), Critique de la raison pratique (1788), Fondements de la métaphysique des mœurs (1785), Prolégomènes à toute métaphysique future qui voudra se présenter comme science (1783), Critique de la raison pure (1ère édition 1781, 2ème édition corrigée 1787) d’où est extrait notre texte d’étude. Lequel texte constitue la première section après l’introduction de ladite œuvre. Il a pour thème l’espace.
En effet, à la question de savoir « qu’est-ce que l’espace ? », l’auteur dans sa thèse nous le présente comme une intuition pure. Pareille affirmation exige de nous une pause recueillante. Un recueillement qui nous invite à faire l’herméneutique de cette vérité, c’est-à-dire à la lire et à la relire afin de la comprendre pour annoncer la pâque spéculative de la résurrection du sens fondamental de cette intuition pure.
A cet effet, il importe de rappeler la question qui nous a mis en mouvement et en dialogue avec l’auteur. Qu’est-ce que l’espace ? De la profondeur de cette exigence, l’on s’aperçoit que la compréhension de l’espace kantien passe avant tout par une interprétation de Kant en philosophe puisqu’il se présente comme tel et en ami, c’est-à-dire en cherchant de plus près à comprendre ce qu’il nous dit au lieu de le critiquer de l’extérieur. Il faut se laisser former par lui pour le comprendre en philosophe et en sage.
Car pour exposer la recherche d’un philosophe, il faut philosopher avec lui, repenser avec lui, tâcher de découvrir avec lui ce qui a été comme le centre, le noyau vital de ses réflexions. Ainsi la compréhension kantienne de l’espace n’est possible que par la saisie de l’ordre intime de sa pensée, sa diversité et son unité caractéristiques. Il s’agit donc de le suivre pas à pas dans sa recherche en élaguant le plus possible tous les a priori provenant des philosophies postérieures.
C’est pourquoi nous avons voulu développer la conception kantienne de l’espace selon l’ordre même de sa recherche. Lequel ordre se présente dans la première unité de sens comme une exposition métaphysique de l’espace. Dans la seconde, il fait une exposition transcendantale de l’espace avant de dégager dans la troisième, les conséquences de sa démonstration.
I. EXPOSITION METAPHYSIQUE DE L’ESPACE
Du latin ‘‘expositio’’, l’exposition chez Kant désigne la représentation claire quoique non détaillée de ce qui appartient à un concept. Elle est dite métaphysique lorsqu’elle contient ce qui représente le concept comme donné a priori[3]. Dans cette première unité de sens, il s’agira d’abord de découvrir que l’exposition métaphysique de l’espace vise précisément à montrer en quoi le concept de l’espace est a priori. Nous aurons ensuite à démontrer qu’il n’est pas un concept au sens d’une représentation générale et médiate par opposition à l’intuition.
I.1. Un concept non empirique
Kant commence son exposé sur l’espace par une définition négative. Il affirme dans la première phrase que « l’espace n’est pas un concept empirique qui ait été tiré d’expérience externe »[4]. Cette affirmation illustre l’enjeu de l’argument à savoir que l’espace n’est pas a posteriori mais nécessairement a priori. Car toute expérience extérieure au contraire suppose l’espace. Aussi dans la deuxième phrase qui constitue le cœur de son argument, Kant est-il d’avis que l’on pose la représentation de l’espace comme fondement pour que certaines sensations puissent être rapportées à quelque chose d’extérieure. En d’autres termes à quelque chose placé dans un autre lieu de l’espace que celui où je me trouve[5].
Par cette analyse, il est évident aux yeux de Kant que l’expérience extérieure n’est elle-même possible qu’au moyen de la représentation de l’espace comme fondement[6]. Ainsi, l’impossibilité de déduire l’espace de l’expérience découle du fait que la représentation de l’espace est le fondement nécessaire pour pouvoir appréhender les prédicats spatiaux (l’extériorité et la contiguïté) de l’expérience perceptive. C’est logiquement que nous revisitons à présent l’espace comme une représentation a priori.
I.2. L’espace comme une représentation a priori
Dans la Critique de la raison pure, Kant présente l’espace comme « une représentation nécessaire a priori qui sert de fondement à toutes les intuitions extérieures… une condition de possibilité des phénomènes »[7]. L’on peut entendre par représentation a priori de l’espace le fait que l’espace préexiste à toute expérience. L’espace est une forme pure de l’intuition externe à travers laquelle le sujet forme des objets et sans laquelle il ne saurait y avoir d’objets pour lui. L’espace, selon Kant, ne peut être dérivé des expériences parce qu’il est déjà impliqué dans chacune d’elles. C’est en ce sens que pour Kant, « L’espace sert de fondement, d’une manière nécessaire, aux phénomènes extérieurs.»[8]
Car, tout ce que je perçois de réel, je le perçois dans l’espace. L’espace est la condition de la réalité pour moi de n’importe quel objet. L’espace est pour cela une condition nécessaire a priori. Il est justement impossible de se faire une représentation abolissant l’espace, mais comme le souligne Kant, il est parfaitement possible d’en éliminer en pensée tous les objets[9]. Une question se pose cependant : l’espace est-il une réalité en soi, existant même sans qu’intervienne un sujet connaissant, donc une réalité absolue ? Ou bien est-il une intuition jaillie du sujet, à travers laquelle celui-ci forme des objets ? L’espace est-il une réalité relative au sujet ?
Pour répondre à cette difficulté, Kant évoque la connaissance a priori en géométrie. En géométrie par exemple, nous connaissons a priori, non à partir de simples concepts, mais à l’aide de constructions intuitives, c’est-à-dire, à partir de relations qui se trouvent ensuite correspondre à la réalité. Ces connaissances en géométrie, qui ne sont possibles que grâce à l’espace, ne sont pas tirées de l’expérience, mais soumises à l’épreuve de l’expérience où elles se vérifient. Si le sujet découvre dans la forme de son intuition cela même qu’il retrouve dans la réalité, c’est parce qu’il l’a constitué préalablement et de tout temps, à l’aide de cette forme de l’intuition qu’on appelle espace.
Kant déduit donc la certitude apodictique de tous les principes géométriques et de la possibilité de leur construction a priori. En effet, si l’espace était un concept a posteriori, les premiers principes de la détermination mathématique ne seraient rien que des perceptions, ayant ainsi toute la contingence de la perception[10]. Plus qu’une représentation a priori où l’espace serait défini comme un concept de l’entendement, l’espace est en réalité une intuition pure.
I.3. L’espace comme pure intuition
La sensibilité est la faculté des intuitions. Par intuition, il faut entendre la vue directe et immédiate d’un objet de pensée actuellement présent à l’esprit et saisi dans la réalité individuelle. Tout en restant une représentation a priori, Kant définit l’espace comme une pure intuition[11]. Autrement dit, l’espace est cette forme pure de la sensibilité qui rend possible notre rapport spatial immédiat avec les choses. Au sens kantien du terme, l’espace n’est pas un concept. Car un concept du point de vue de la compréhension est construit avec des éléments plus simples que lui. Or le morceau d’espace n’est pas plus simple que tout l’espace. Du point de vue de l’extension, un concept doit s’appliquer à une diversité d’objets. Ce qui n’est pas le cas au niveau de l’espace puisqu’il ne peut que s’appliquer à lui-même. Pour Kant, l’espace est un. Quand on parle de plusieurs espaces on n’entend par là que les parties d’un seul et même espace[12]. Il s’ensuit qu’une intuition a priori est la base de tous les concepts que nous formons[13]. L’espace ne peut être qu’une intuition parce qu’il contient en soi une multitude infinie de représentations, ce que ne peut faire le concept qui est seulement la représentation du caractère commun d’une multitude infinie de représentations possibles.
Avec l’exemple du triangle, Kant nous montre que les principes géométriques ne sont jamais déduits des concepts généraux de la ligne et du triangle mais de l’intuition et cela a priori et avec une certitude apodictique[14]. Il n’y a donc nulle ombre de doute que la géométrie soit pour Kant la science qui établit de façon synthétique quoique a priori les propriétés de l’espace. Kant convient à ce propos qu’il faille admettre l’espace comme une intuition pure pour que la science de ses propriétés soit a priori et ne se fonde pas sur l’expérience. Ainsi s’il est vrai que l’espace est un concept non empirique, une représentation a priori et une intuition pure, il ne demeure pas moins vrai que tout ceci nous fait déboucher sur la grandeur infinie de l’espace.
I.4. L’espace comme une grandeur infinie
Dans ce quatrième moment, Kant montre que « l’espace est une grandeur infinie donnée »[15]. Ce quatrième moment de l’exposition métaphysique vient à la fin comme ce qui vient dire la vérité de tout ce qui précède. Il nous ouvre à l’intelligence de la distinction kantienne de l’exposition métaphysique et de l’exposition transcendantale. En clair, ce qui est en affaire dans ce quatrième moment de l’exposition métaphysique est la compréhension de la notion de « grandeur infinie donnée » à la lumière des distinctions qu’établit Kant entre l’exposition métaphysique comme la forme d’intuition d’une part et d’autre part l’exposition transcendantale comme intuition formelle de l’espace.
L’exposition métaphysique de l’espace a pour horizon de faire comprendre l’espace comme indéterminé et indéfiniment déterminable comme « grandeur infinie donnée ». Cette réflexion même qui montre l’espace comme ce qui totalise le divers homogène et le détermine comme grandeur, montre aussi l’espace comme le déterminable, c’est-à-dire l’intuition comme pure a priori. Autrement dit, l’espace, en tant qu’intuition pure a priori, n’est pas le produit d’une synthèse immédiate, parce que nous ne pouvons avoir de l’espace que des intuitions déterminées, soit données dans l’expérience sensible, soit construites dans l’intuition.
Le concept d’espace ne peut donc pas être atteint par une sorte d’introspection ou un sens interne. Le fond de l’affaire est que, selon les thèses kantiennes les plus fortement soulignées, le passage des parties au tout dans la synthèse de la grandeur extensive est à ce point immédiat qu’elles « ne sauraient… être antérieures à cet espace unique qui comprend tout, comme si elles en étaient les éléments (…) elles ne peuvent être pensées qu’en lui »[16]. C’est-à-dire que dès qu’il y a détermination spatiale, il y a espace, dès qu’il y a partie, il y a tout. En ce sens « l’espace représenté comme grandeur infinie donnée » ne signifie pas qu’il soit immédiatement donné aux sens et que l’infini puisse ainsi s’épuiser par dénombrement.
A dire vrai, l’expression de « grandeur infinie donnée » est délicate dans l’esthétique transcendantale. Elle exige qu’on s’entende précisément sur les termes. S’agit-il avec la « grandeur » de quanta ou de quantitas, avec l’ « infini » de potentialité ou d’actualité, avec la « donation », d’une construction ou d’une donation sensible ?
Nous pensons que l’espace dont-il est question ainsi que le temps sont des quanta originaires que l’entendement n’a pas encore rendu mesurables et qu’en cette pureté non encore intellectualisé, l’infini est donc tout autre chose que l’illimitation de la synthèse qui procède sans fin du fini au fini : elle s’ouvre dans cette autre évidence phénoménologique de la ‘‘co-donation’’ à l’infini des parties de l’espace, dans l’unité, qui les précède, de la représentation de l’unique espace. En d’autres termes, « l’espace est représenté comme une grandeur infinie donnée », signifie : que l’espace soit une grandeur ne veut pas dire qu’il ait telle ou telle quantité d’étendue, et une grandeur infinie ne signifie pas une quantité d’étendue non finie. La grandeur vise ici cet être-grand qui rend possible les quantités d’étendues particulières susceptibles d’être déterminées, qui demeure indéterminé et continu au regard de la multiplicité des parties : tel est l’espace.
Nommer infinie cette grandeur ne signifie donc pas que l’espace diffère des parties individuelles et déterminées par le degré et la richesse de sa composition, mais qu’il en est différent infiniment, c’est-à-dire essentiellement. Il précède toutes les parties comme la totalité unique dans laquelle elles peuvent être circonscrites. Cette totalité ne possède pas, comme l’universalité du concept, la pluralité des individus en dessous d’elle, mais elle contient ses parties en tant que déjà ‘‘co-intuitionnées’’ en sorte que cette pure intuition de la totalité peut à chaque instant livrer les parties. La représentation de pareille grandeur infinie en tant que donnée est donc une intuition qui se donne son contenu. Si cette totalité unique peut être donnée d’un coup, sa représentation laisse surgir ce qu’elle est susceptible de représenter et doit être appelée, en ce sens, un acte « originel » de représentation.
En définitive, l’espace est une grandeur infinie, parce qu’il est capable de contenir une quantité infinie de représentation, il est une intuition et non un concept. L’espace n’est pas proprement donné, mais représenté comme donné. Ce qui est donné est « la forme toute prête dans l’esprit ». En un mot, un morceau d’espace n’est pas moins espace. De ce fait, l’espace n’est pas un objet même si l’existence des objets le suppose. Au fond, si l’exposition métaphysique a conduit à son terme l’analyse de la représentation sans faire appel à la relation de l’espace à la géométrie, l’exploitation de cette tâche semble être celle que vise l’exposition transcendantale du concept de l’espace.
II. EXPOSITION TRANSCENDANTALE DE L’ESPACE
L’étude de l’exposition métaphysique nous a conduit à la compréhension de l’espace comme une intuition pure, une représentation a priori et comme une grandeur infinie. Dans cette seconde unité de sens, il s’agira pour nous de présenter d’une part l’espace comme fondement de la connaissance et d’autre part, l’espace comme la condition a priori de la connaissance.
II.1. L’espace comme fondement de la connaissance
La connaissance (la science) exige que l’activité de l’esprit (la mise en forme) s’applique à des objets donnés de l’expérience. Dans la logique de cette affirmation, Kant peut déduire que l’homme ne peut rien connaître au-delà de l’expérience. En d’autres termes, seul ce qui se plie au tribunal de l’expérience peut être connu de l’homme. Or l’expérience extérieure dans la perspective kantienne n’est possible que par la sensibilité. La sensibilité est la faculté des intuitions. Par intuition il faut entendre la vue directe et immédiate d’un objet de pensée actuellement présent à l’esprit et saisi dans sa réalité individuelle. Il n’y a donc d’intuition que si un objet nous est donné. Or seul l’espace est capable de nous livrer à l’extérieur de nous les objets. De ce point de vue, l’on comprend que « l’espace est le principe capable d’expliquer la possibilité d’autres connaissances synthétiques a priori »[17].
Dire donc de l’espace qu’il est le fondement de la connaissance, c’est reconnaître l’espace comme le principe suprême, le point de départ de la connaissance. Sans aucune hâblerie, l’espace est le fondement des constructions c’est-à-dire le fondement des connaissances mathématiques. Pour ce faire, Kant montre que pour que la géométrie soit la science qui détermine synthétiquement, et cependant a priori, les propriétés de l’espace, il importe que l’espace soit originairement une intuition[18].
II.2. L’espace comme condition a priori de la connaissance
Cette exposition a pour enjeu de montrer que l’espace est la condition de possibilité de toute expérience. L’espace rend possible la juxtaposition ou la simultanéité des choses. Elle permet leur monstration et la manifestation des phénomènes[19]. Cependant Kant précise que l’affirmation selon laquelle l’espace est la condition a priori de la connaissance ne signifie pas qu’elle est la condition de possibilité des choses en soi mais bien au contraire, la condition de celles des phénomènes. En d’autres termes, il est ce par quoi les choses sont manifestées. De ce fait, la présentation de l’espace comme « condition des objets extérieurs appartient d’une manière nécessaire au phénomène ou à l’intuition du phénomène »[20].
Il nous faut à présent montrer en quel sens l’espace est la condition a priori de la connaissance. Cette précision exige que nous distinguions dans notre objet de connaissance deux sortes d’éléments à savoir : la matière qui dépend de l’objet même et la forme qui dépend du sujet. Ainsi connaître chez Kant consiste à mettre en forme la matière donnée, et il est clair que la matière est a posteriori tandis que la forme est a priori. Nous pouvons conclure avec Kant que l’espace est la condition a priori de la connaissance. Quelles sont donc les conséquences qui résultent de cette argumentation kantienne ?
III. CONSEQUENCES DE LA CONCEPTION DE L’ESPACE
La lecture et la méditation de la démonstration spatiale de Kant nous fait déboucher sur des conclusions gnoséologiques qui en vérité font rupture avec celle de Newton et de Leibniz. Mais avant, quelle brève présentation pouvons-nous faire de la conception spatiale de Newton et de celle de Leibniz ? En quoi consiste l’originalité spatiale de Kant ?
III.1. L’espace chez Newton (1643-1727)
En 1687, Newton franchit une nouvelle étape conceptuelle. En publiant, en 1687, Les Principes mathématiques de la philosophie naturelle, il définit le mouvement à partir du concept de quantité de mouvement. En 1776, La monadologie physique repart de cette opposition entre métaphysique et physique : la géométrie pose un espace infiniment divisible. Dans cette perspective, le mécanisme géométrique de Newton admet l’existence du vide ; hypothèse nécessaire pour concevoir des mouvements libres. Par la suite, on découvre que Newton dans sa théorie spatiale, fait de l’espace un être réel, une réalité absolue qui existe indépendamment de tout contenu. Une telle conception semble ne pas recevoir l’approbation de Leibniz.
III.2. L’espace chez Leibniz (1646-1716)
Contrairement à Newton, Leibniz considère que l’espace est un système de relation entre les corps. Car, s’il n’y avait pas de corps, la notion d’espace perdrait son sens. Dans cette perspective, il fait observer que la notion d’espace est issue de la perception du mouvement. C’est parce que nous observons que les choses changent leur rapport de situation les unes par rapport aux autres que nous en venons à considérer la notion d’espace. Ce qui est originaire est la perception d’objets physiques qui ont un certain rapport de situation (haut, bas, devant, derrière) entre eux ; nous observons que les choses perçues changent de distance et de situation les unes par rapport aux autres ; c’est ce changement que nous appelons le mouvement et ce mouvement nous amène à former la notion de l’espace.
Pour Leibniz, on ne peut donc pas rencontrer d’espace vide dans notre perception. Il y a toujours un corps qui occupe la place d’un autre. L’espace est donc ce qui résulte de l’ensemble des places prises ensemble. C’est ce qui conduit au rapport métrique et topologique de l’espace. Avec Leibniz, il nous faut retenir que l’espace est purement relatif, l’espace étant de l’ordre des cœxistences. Au regard de la théorie spatiale de Newton et de celle de Leibniz, il est possible de constater la rupture épistémologique qu’opère Kant dans sa nouvelle considération de l’espace.
III.3. Kant entre Newton et Leibniz
Il existe une réelle polémique autour de la pensée kantienne sur l’espace. Car si pour certains, l’espace kantien est une reprise de la conception newtonienne, pour d’autres au contraire, la pensée kantienne n’est rien moins qu’une relativisation de l’espace à la suite de Leibniz. Pourtant une réelle méditation de la pensée kantienne, nous montre bien qu’il rejette l’une et l’autre thèse lorsqu’il présente de façon très originale, l’espace comme dépendant uniquement de la forme de notre intuition, de la constitution subjective de notre esprit.
Ainsi, l’espace au sens kantien du terme est une intuition pure, une forme a priori de la sensibilité, le cadre à l’intérieur duquel sont données et liées les sensations. Mais il en résulte deux conséquences. La première est que l’espace n’existe dans les choses qu’autant qu’on les perçoit[21]. C’est en ce sens qu’il convient de comprendre son assertion selon laquelle : « il n’y a pas de déterminations soit absolues soit relatives, qui puissent être intuitionnées avant l’existence des choses auxquelles elles appartiennent et par conséquent a priori »[22]. La seconde est qu’on ne peut parler d’espace et d’êtres étendus qu’au point de vue de l’homme, mais qu’en revanche pour l’homme, il n’y a d’objets perçus que dans l’espace[23]. Nous ne pouvons pas savoir si pour d’autres êtres pensants les choses présenteraient les propriétés spatiales qu’elles présentent pour nous ; mais nous savons que pour nous les rapports spatiaux sont constitutifs des choses[24]. L’espace n’est pas la condition de la possibilité de la chose en soi, mais seulement la condition de leur manifestation à notre esprit. Il est présupposé par toute expérience tout en étant une idée pure constitutive de notre faculté de connaître. L’espace et le temps sont selon Kant des réalités empiriques et des idéalités transcendantales.
CONCLUSION
Au cours de cet exposé sur l’espace dans la Critique de la raison pure, nous nous sommes attelés à rendre compte de la conception kantienne de l’espace en trois moments : l’exposition métaphysique de l’espace, l’exposition transcendantale du concept de l’espace et les conséquences de ces expositions. A la question « qu’est-ce que l’espace ? », Kant répond que l’espace est une intuition pure, un concept non empirique, une représentation a priori et une grandeur infinie. Bien plus, l’espace, le fondement de la connaissance est encore une condition a priori de toute connaissance. L’espace est une forme pure de notre sensibilité dans laquelle toutes nos sensations s’ordonnent. Il est une condition nécessaire et universelle de l’expérience sensible. Toutefois, l’espace existe a priori dans notre faculté de connaître. L’espace est de ce fait une réalité empirique et une idéalité transcendantale. Nous avons souligné aussi que la conception de l’espace chez Kant se situe entre celles de Newton et de Leibniz, elle leur est pour cela même irréductible.
AUTEURS DE L’EXPOSE
AMADI Mervy
ASSONHON José
AVONYO Sena
EHIMANE Mathieu
FOFANA D. Benjamin
KLAOUROU Elvis Aubin
MANDABA Romaric
ONANA Lucas
PADOUNDJI Serge
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TABLE DES MATIERES
SOMMAIRE
INTRODUCTION
I. EXPOSITION METAPHYSIQUE DE L’ESPACE
I. 1. Un concept non empirique
I. 2. L’espace comme une représentation a priori
I. 3. L’espace comme pure intuition
I. 4. L’espace comme une grandeur infinie
II. EXPOSITION TRANSCENDANTALE DE L’ESPACE
II. 1. L’espace comme fondement de la connaissance
II. 2. L’espace comme condition a priori de la connaissance
III. CONSEQUENCES DE LA CONCEPTION DE L’ESPACE
III. 1. L’espace chez Newton
III. 2. L’espace chez Leibniz
III. 3. Kant entre Newton et Leibniz
CONCLUSION
[1] Emmanuel KANT, Préface à la deuxième édition de la critique de la raison pure, Fernand Nathan 1981, p. 7.
[2] Pascal GEORGES, Pour connaître Kant, Paris, Bordas, 1966, p. 11.
[3] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Trad. TREMESAYGUES et B. PACAUD, Paris, Quadrige/PUF 7ème édition, juin 2004, p. 55.
[4] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 56.
[5] Idem.
[6] Idem..
[7] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 56.
[8] Idem.
[9] Idem.
[10] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 56.
[11] Idem.
[12] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 57.
[13] Idem.
[14] Idem.
[15] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 57.
[16] Emmanuel Kant, Critique la raison pure, Tom. I, trad. J. BARNI, coll. Les meilleurs auteurs classiques, Paris, Ernest Flammarion, p. 65.
[17] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 57.
[18] Idem.
[19] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 59.
[20] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 60.
[21] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 57.
[22] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 58.
[23] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Quadrige /PUF, 2004, p. 58.
[24] Idem.
COMMENTAIRES