Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Carnet du poète 1

Ioukou la Onzième

 

Idéal de mon âme je monte vers toi

Où mon Coeur me mène lentement vers des prés verts

Une sirène crie au plus intime de moi

Kotti  m’apporte les parfums du Roi Ashanti

Origine de mes peuples puissamment anéantis

Un jour nous revient ce jour-peint-de-vert

Mon père me disait, et ma mère aussi : Ioukou

Est ton nom. Onzième ! Je disais

Le Coeur plein de joie. Ce jour me rappelle ces temps

Inoubliables où je vins au monde

Au milieu des cris de fêtes et de joie. Fêtons mes amis !

N’arrêtons point notre cœur qui se déchaîne pour une terre nouvelle

Et se donne l’espérance d’une vie éternelle. Fêtons, Amis, fêtons!

Grégoire ABESSOLO AMOUGOU, op

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>>>LE BILLET DE MEJNOUR

 

Pensée du 11 novembre 09

« C’est l’essence propre de la science, c’est à priori son mode d’être, d’être hypothèse à l’infini et vérification à l’infini. »

EDMUND HUSSERL, Recherches logiques

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GRILLE DE LECTURE

Spencer, dans Premiers principes (2è partie, ch. I, § 37) distinguait la connaissance vulgaire comme une connaissance non unifiée, de la science comme connaissance partiellement unifiée et de la philosophie comme connaissance totalement unifiée. C’est dire que pour lui, la science donne quelque connaissance qui n’est pas complète, achevée. On peut alors dire que la vérité scientifique est réfutable. Quelque chose reste toujours à vérifier dans la science.

La réfutabilité de la science, de la vérité scientifique lui donne le caractère de ce qui est comme le commencement de quelque chose, de ce qui est comme provisoire. C’est ce que pense Husserl quand il dit que la science dans son essence propre est une « hypothèse à l’infini et vérification à l’infini ». L’épistémologie comme philosophie des sciences nous montre que la science n’est pas dogmatique, elle ne donne pas des vérités dogmatiques. Mais cela n’est-il pas en lien avec la nature même de son objet qu’est la nature ? Ce qui fait sa force, ce qui fait la science, c’est son caractère expérimental. Nous parlons ici de la science de la nature.

Ce qui est vraiment de l’ordre de la science, c’est l’expérimentation, la vérification. C’est dire que toute vérité scientifique reste une hypothèse qui est à passer au crible de la vérification, de l’expérimentation. Nous le disons puisque la véritable science procède par une énonciation d’hypothèse qui se donne à la vérification, à l’expérimentation pour enfin aboutir à un résultat. Mais ce résultat peut faire à son tour l’objet d’une nouvelle expérience.

Aucune vérité scientifique n’est éternelle. Elle doit être prise comme un savoir acquis, vérifié pour un moment, mais des expériences ultérieures peuvent la réfuter à cause de nouvelles révélations ou encore la mise en place d’autres matériels de vérification plus appropriés, plus performants. Une vérité scientifique doit être à la fois vérifiée et vérifiable.

fr Aristide BASSE, op

Pensée du 10 novembre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE>>>

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Le billet de Mejnour 40

INSTRUMENTUM LABORIS

Lorsque, du haut de notre siècle, nous daignons jeter un regard sur les racines de la philosophie, nous ne pouvons nous empêcher d’admirer cet art des subtilités dont firent preuve – selon l’histoire officielle – les Grecs d’abord. Cet art, ainsi, d’ailleurs, que tous les autres, nul ne peut s’y adonner sans s’être patiemment exercé. Les profondeurs, comme les hauteurs, à l’âme qui ne s’y est pas préparée, donnent le vertige. D’où l’importance et le sens de l’ascèse en tant qu’exercice qui mène au succès. Quoi qu’on en dise, s’astreindre à une ascèse exige une force de caractère et entretient cette force de caractère. De l’avis d’André GIDE, « la connaissance n’a jamais fortifié que les forts ».

L’ascèse dont il est ici question se réalise avec un instrumentum laboris, un instrument de travail bien spécial. J’ai nommé la pensée. Toute notre académie virtuelle se fixe pour devoir l’exercice d’une pensée rigoureuse, méditante et rigoureuse, poétique et scientifique. En tout cas, et pour satisfaire tous les goûts sans nuire à l’essence de la philosophie, chacun, ô compagnon vénérable  et véritable, est invité à penser ici. Puisse la plume vagabonde qui transcrit les fortunes diverses de nos réflexions se laisser elle aussi éduquer à la rigueur d’une pensée qui construit. Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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>>>SOMMAIRE

Pourquoi lire, parler et écrire ? Réponse à un géomètre.

L’ACADEMOS >>>

Par Emmanuel AVONYO, op

Bonjour Yano, vous avez visité L’ACADEMOS et vous nous avez laissé deux commentaires qui motivent essentiellement cette réponse. Nous disons « essentiellement », car il y a une autre source de motivation, l’excellent article que vous avez publié sur votre blog et que nous reproduisons en prose ici du fait de l’intérêt philosophique que cela représente pour nous.

(lemondeenquestions.wordpress.com)

Vos messages

« Bonjour, Je me permets d’y entrer car un peu géomètre de formation. Géomètre et un peu philosophe aussi, à mes heures (libres) comme en témoigne cet article, non abouti, mais avec plein de questions en suspens, qui attendent des réponses justement. »

« Curiosité oblige :

Pourquoi doit-on être géomètre pour entrer à l’académie de philosophie ? »

Et voici votre article

« Lire, parler, écrire : Richesse du pauvre ou Arme des faibles?

Lire, parler, écrire : est ce la richesse du pauvre ou l’arme des faibles. Question digne d’un bac philo, pour philosophes en herbe, ou potentiels. D’aucuns diraient que la richesse du pauvre, c’est Dieu. L’arme des faibles, c’est aussi  Dieu. Lire-parler-écrire ? Pourquoi pas. Mais est-ce essentiel ? Dieu a toujours été l’arme des puissants pour contrôler les peuples. C’est historique, et c’est actuel aussi. Lire, parler, écrire c’est le luxe des pauvres ; leur arme c’est la révolte.

Sans doute confonds-tu Dieu et religion. En fait non, sauf si on considère qu’une religion est l’utilisation de Dieu comme d’une arme, alors, dans ce cas oui. Les puissants se servent de Dieu pour contrôler les hommes. On peut remplacer Dieu par religion si on veut, cela relève plus du jeu de mot que d’autre chose. Oui, les politiques sont de gros consommateurs de religion(s). Et grâce à elle, ils gouvernent le monde. Il n’y a  jamais que le nom que l’on donne à Dieu qui change. D’une simple question de hobby, on arrive à une conclusion absolue reliant définitivement Dieu et les pauvres, les pauvre avec la foi, comme seuls arme, horizon, solution.

Serait-ce presque un outrage ou une contradiction dans les termes que de parler de “richesse des pauvres”. Un pauvre par définition n’est pas riche, et donc dénué de potentiel évolutif. Si lire des journaux gratuits n’est ni riche ni enrichissant. Si même parler n’est pas une arme ne serait-ce que pour se plaindre, dénoncer, réclamer ses droits. Si même écrire, ne serait-ce que pour témoigner de ce qu’il n’a pu parler n’est pas une arme…

Alors le pauvre n’est pas pauvre mais en voie d’appauvrissement continu, pauvre d’espoir, pauvre de réflexions, pauvre de rêves et d’ambition et c’est bien pire. Il serait tellement plus sage et raisonnable de s’armer de combativité face aux obstacles,  de renoncement face à l’immédiat, l’éphémère, de courage et de patience  face et l’épreuve, formule simple et magique si appliquée sur fond de valeur intrinsèque, pour changer une situation difficile ; changement que seul un instinct de survie exacerbé peut réaliser et accomplir.»

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Qu’il nous soit permis de prendre les questions par le bout qui nous convient, tellement nous aurions aimé réagir sur plusieurs aspects de votre intervention.

Vous êtes géomètre à part entière pour trois raisons : la première, c’est que vous êtes entrée à L’académie sans avoir été mise en demeure de le faire, malgré l’inscription portée au fronton de L’ACADEMOS. La deuxième est que vous avez appelé votre blog le monde en questions. Devenir géomètre, c’est commencer à répondre intelligemment, rigoureusement, aux questions que le monde nous pose. Troisième raison, vos publications littéraires, poétiques et philosophiques invitent à réfléchir, à faire chemin dans la pensée afin de se laisser innerver par elle, afin d’être moins naïf.

Il faut être géomètre avant d’entrer à L’académie parce qu’on n’y vient pas sans porter le souci de l’existence, sans être confronté aux expériences-limites de la vie et sans le désir de les extérioriser dans la courtoisie du propos philosophique. En fait, l’inscription est plus pédagogique qu’exclusive. Elle est une invitation à dépasser les conditionnements socio-culturels, les déterminismes matériels et les pesanteurs de la pensée pour s’associer à nous. L’academos veut aider à cela, en accueillant tout internaute interpellé.

Ce qui importe en « géométrie », ce ne sont pas les réponses, disait Karl Jaspers, c’est se mettre en route et assumer politiquement son statut de pèlerin du sens. Ce qui importe en « géométrie », ce ne sont pas des constructions abouties, c’est la profondeur de l’intuition, c’est le niveau de radicalité de nos questionnements. Parce qu’il ne suffit pas de se questionner sur des futilités pour être géomètre ; encore que pour tout bon géomètre il n’y a pas de balivernes. C’est au cœur de la banalité du quotidien qu’il est convoqué à l’être-mieux, c’est là qu’il fait fureur comme pour dire que tout ne va pas de soi. Mais on peut vivre banalement sans philosopher, ce qui est dommage. On peut raisonner géométriquement sans philosopher.

Géométriser par la pensée, selon le bon voeu de Platon, Spinoza, Senghor, Assalé Dominique, Dibi Augustin, ce n’est pas un exercice dérivatif d’ennuis. La philosophie est une aventure de sens, un ascétisme de l’argumentation, une réflexion seconde sur l’essentiel de notre vie, qui aboutit à l’affinement du regard personnel, au rejet de l’obscurantisme, à l’élévation de soi pour mieux habiter la politeia. C’est un travail qui ne vas pas sans ratures, sans ruptures, sans déchirures, sans lectures. Car on ne pense mieux par soi-même qu’en s’appuyant d’abord sur la pensée des autres, le temps d’une formation (que vous avez faite aussi). La pensée philosophique est une activité rationnelle pratiquée en société à la manière des hommes, ces esprits socialisés.

A L’academos de Platon, on ne prenait la parole qu’après des dizaines d’année d’initiation à la chose géométrique. Non que la philosophie soit si ésotérique, mais parce qu’elle demande qu’on soit formé, entraîné au questionnement, et qu’on se laisse informer par la pensée (des autres). Et après, on navigue seul mais toujours en société. La philosophie crée des concepts et les utilise pour rechercher la rationalité qui commande l’histoire et l’humanité.  Cela dit, les philosophes ne sont pas des modèles de géométrie, ils ne sont pas des modèles de jugement.  Ils ont pour vocation l’humain. Voilà pourquoi après avoir lu et imité un philosophe professionnel, nous avons la latitude de porter notre propre regard sur lui. C’est là qu’on devient véritablement géomètre.

La raison fondamentale pour laquelle il faut apprendre à lire, à parler et à écrire est toute simple.  Lire pour vivre mieux et parler aux hommes, écrire pour faire le récit de l’histoire intriguante des hommes, pour immortaliser nos jours heureux. C’est un privilège aristocratique, c’est une noblesse qui échappe parfois aux plus prestigieux hommes de notre temps, qui ont besoin d’un écrivain, d’un philosophe, d’un historien pour devenir convenablement homme parmi les hommes illustres. Votre question n’est pas anodine, puisqu’on m’a déjà demandé pourquoi écrire au juste, comme je le fais. J’ai répondu, parce qu’il y avait à penser notre existence, parce qu’on avait beaucoup à en dire, et qu’on ne savait pas écrire.

L’on peut soutenir que lire, parler, écrire, ne sont pas des facultés réservées à priori aux pauvres. Parce que ne peut s’y consacrer que celui qui a de quoi subvenir à ses besoins primaires, et même plus. Sans être exclusivement l’affaire des riches, la philosophie est l’arme des riches. La pensée est onéreuse en ressources physiques, spirituelles et matérielles. Mais comme toujours l’écriture et la pensée recèlent une discipline kénotique, une vie de simplicité et de détachement qui peut manquer aux riches. Et puis, les plus « ventrus » n’ont plus de questions à se poser sur la vie. L’ici et le maintenant ne sont-ils pas les seuls horizons définis de leur être?

Ainsi présenter l’écriture et la pensée comme une richesse des pauvres fait ressortir clairement, à notre avis, le paradoxe sous-jacent à ces activités. Le philosophe se met à géométriser parce qu’il ne sait pas, ne connaît pas. Mais attention, on n’écrit que parce qu’on sait où on va. On ne pose des questions que lorsque le monde ne les satisfait pas, et que nos attentes sont plus grandes. Finalement, le philosophe est un savant ignorant, riche de ces questions et de cette sagesse qui l’éclaire, mais pauvre du savoir achevé et satisfait. N’est-ce pas la meilleure manière d’être ignorant ? La philosophie est l’arme des faibles, elle est la richesse des pauvres, elle est encore la pauvreté qui se saisit des riches à un moment de leur vie, et qui fait qu’à une heure tardive, des personnes repues peuvent se mettre encore à l’école du bonheur (par la pensée),  comme l’a prédit Epicure.

Voilà Yano, ce que vous nous inspirez, et voilà ce que notre temps nous permet de dire sur ce monde en questions. En fait, votre texte soulève des questions auxquelles il faut que chacun réponde. Nous vous invitons à regarder Les métamorphoses de Dieu de Frédéric Lenoir. « … Dieu n’est pas mort : il se métamorphose. Le sacré prend de nouveaux visages ou bien revêt des habits très anciens… » Mais un Dieu purement nominal, c’est bien la hantise de notre temps, la religion comme bouclier des lanceurs de missiles et des gardiens de la bombe atomique, c’est l’abomination la plus abjecte du politique, c’est la plus ignominieuse profanation du sacré. Nous espérons partager ensemble nos questionnements avec vous. Nous serons heureux de vous lire à L’ACADEMOS.

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Le billet de Mejnour 39

Retour de vacances

Cher compagnon, je reprends la plume. Notre cheminement, suspendu pendant quelques semaines, reprend son cours. Il était bon que Mejnour se ressource. Ceci fait, il va falloir se remettre à penser. Car tel est l’apanage de l’homme. Penser.

La reprise dont le présent billet pose le premier jalon, garantit un recours très relatif aux mythes, quoique ceux-ci soient de véritables véhicules de culture et de connaissances. Il sera davantage question de célébrer une pensée confrontée aux surprises de notre quotidien. La vocation d’un billet, c’est de jeter une parole, une invitation à quelque incursion dans les méandres de sa conscience. Et si, au terme de ce périple intérieur, chacun peut laisser jaillir la lumière qu’il porte en lui, l’Académos pourra s’enorgueillir d’avoir, en toute simplicité, offert une buche pour alimenter le feu de la connaissance. Voici l’aboutissement de vacances studieuses. Voici le sens d’un retour de vacances. Compagnon fidèle, Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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>>>SOMMAIRE

Paul Ricoeur et le concept de temps

L’Atelier des concepts, Par Emmanuel AVONYO, op

Semaine du 09 novembre 2009

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Première partie

Aristote et Saint Augustin ont été deux grands concepteurs du temps. Aristote est le plus noble médiateur grec de la pensée philosophique du temps. Augustin, sur un fond de réflexion théologique empreinte de néo-platonisme, a enveloppé la notion de temps dans le contraste « temps-éternité ». Après ces deux monuments, le concept de temps est demeuré un sujet de scrutation permanente pour toute l’histoire de la philosophie. Kant, Hegel, Husserl, Heidegger se sont passé le témoin l’un après l’autre, chacun butant sur ses limites propres.

Paul Ricœur a consacré son immense trilogie de phénoménologie Temps et Récit à la complication (par l’accentuation et la saturation des apories) de ce qu’on savait de l’expérience temporelle (Temps et Récit III, p. 352). Il essaye de recouvrir l’aporétique du temps par une poétique du récit. Partant du constat de l’aporicité de principe de toute phénoménologie de la temporalité, il établit que la temporalité ne se laisse pas dire dans le discours direct d’une phénoménologie, mais requiert la médiation indirecte de la narration. Toute tentative d’exprimer le vécu du temps dans son immédiateté débouchant sur une aporie, Ricœur tient le récit pour le gardien du temps.

La nouveauté de cette entreprise réside dans le fait que le « temps raconté » vient dire la refiguration du temps par le récit. Si la fonction du récit est d’articuler le temps de manière à lui donner la forme d’une expérience humaine, le temps se présente de son côté comme le référent du récit. On ne sort pas facilement du cercle herméneutique de Ricœur. Avant d’exposer la conception  ricoeurienne de l’expérience temporelle qui culmine dans une poétique du temps, nous ferons un grand détour par la critique historique qu’il fait du concept. Dans l’Atelier des concepts de cette semaine, nous procédons à une brève présentation de la trilogie Temps et Récit et à une relecture de la critique qu’il fait du temps tel qu’Aristote et Saint Augustin l’ont conçu.

« TEMPS ET RECIT » DE PAUL RICOEUR

Temps et Récit comprend trois volumes publiés de 1983 à 1985. L‘intrigue et le récit historique (Tome 1), La configuration dans le récit de fiction (Tome 2) et Le temps raconté (Tome 3). Le temps est le thème philosophique majeur qui traverse Temps et récit. C’est un ouvrage que l’on peut avoir du mal à classer vu le nombre important de grands thèmes qui y sont abordés. Pour l’historien François Dosse, la trilogie Temps et Récit fut pour Ricoeur l’occasion de penser l’articulation du clivage entre un temps qui doit apparaître et un temps conçu comme condition des phénomènes.  Mais Temps et Récit est selon lui une oeuvre portant sur l’histoire (Paul Ricoeur, les sens d’une vie, La Découverte, 1997).

Un autre grand lecteur de Ricoeur, Olivier Mongin, a un point de vue qui sert un peu plus notre propos. Montrant que Temps et Récit a pour objectif de construire une médiation entre le temps et le récit par la médiation de la mise en intrigue,  il met en évidence l’importance du temps, du récit et de l’action dans cette vaste enquête philosophique (Paul Ricoeur, Seuil, 1994, p. 145). Ces deux points de vue ne sont pas pour autant opposables. Car c’est l’action humaine que le récit imite, c’est une histoire que le récit raconte. Entre temps et récit, s’insèrent nécessairement l’action humaine et l’histoire.

Le parcours philosophique de Paul Ricoeur éclaire davantage le sujet. Avant la rédaction de ces textes, Ricœur a dispensé des cours d’histoire de la philosophie sur le temps à la Sorbonne, à Nanterre et à Chicago. Il a par la suite écrit des articles (par exemple Narrativité, 1980) sur l’expérience humaine du temps et sa fonction narrative. Il affirme dans son autobiographie intellectuelle que Temps et récit lui a permis de porter à un plus haut niveau de réflexion l’intuition contenue dans ce qu’il appelle « ses galops d’essai » sur le temps et la narrativité (Réflexion faite, Esprit, 1995, p. 63). A juste titre, dans Temps et Récit, Paul Ricœur tient l’hypothèse fondamentale selon laquelle le récit n’achève sa course que dans l’expérience du lecteur dont il « refigure » l’expérience temporelle.

Parmi les raisons qui sous-tendent cet intérêt pour la question du temps par la porte du récit, il y a les productions antérieures de Ricœur sur l’historiographie et le sens de l’histoire dans lesquelles la structure narrative de l’histoire et ses implications pour une philosophie du temps n’étaient pas encore prises en compte. Il y a surtout « les traits remarquables du récit en tant que structure langagière distincte ». La rencontre avec une épistémologie narrativiste (relation entre connaissance historique et structures narratives) à Chicago et avec l’exégèse biblique aurait facilité cette entrée dans la question du temps par le récit.

Ainsi pour Ricœur, il y avait un rapport de conditionnement mutuel entre narrativité et temporalité. Il réalise que « la notion de temps reste un nœud de difficultés et d’apories apparemment sans issue ». Malgré cet horizon de recherche conditionné, un examen minutieux des grandes analyses du temps chez Augustin, Husserl et Heidegger ont ponctué la troisième partie de Temps et Récit. Ricœur essaye de rendre compte de l’enchevêtrement du passé, du futur et du présent respectivement comme milieu du souvenir et de l’histoire, milieu de l’attente, de la crainte et de l’espoir, moment d’attention et d’initiative. En se mesurant sur l’ogre aristotélicien, Augustin a attiré l’attention sur le caractère aporétique du temps.

L’IMPOSSIBLE REFUTATION DE LA THESE COSMOLOGIQUE D’ARISTOTE

Pour Augustin, le temps comme distension de l’âme (distentio animi) est la possibilité de la mesure du temps. Les divisions du temps en jours, en années sont des propriétés du temps présent. Le principe de l’extension de la mesure du temps ressortit à la seule distension de l’esprit. Ainsi, la mesure est une propriété authentique du temps. On pourrait appeler cette approche intime du temps le « temps intérieur ».

En effet, Saint Augustin ne veut pas identifier le temps aux mouvements circulaires des astres. « J’ai entendu dire à un docte (allusion faite à Aristote) que le temps, c’est proprement le mouvement du soleil, de la lune et des astres. Je ne suis pas de son avis. » Augustin refuse ce temps astral car il n’est pas justifié que si les astres s’arrêtaient, il n’y aurait plus de temps pour mesurer le mouvement des corps. Il rejette ainsi la conception purement cosmologique du mouvement temporel et se met à chercher dans la distension de l’esprit le principe de l’extension du temps (Confessions, Livre XI, 23, p. 272 ss).

Or en procédant ainsi, saint Augustin semble rater complètement sa cible. Selon Ricœur, la théorie aristotélicienne du temps est éminemment plus subtile qu’Augustin ne le pense. Aristote n’identifie pas entièrement le temps au mouvement qui cristallise l’attention d’Augustin. Il affirme seulement que « le temps est quelque chose du mouvement » et que c’est l’âme ou l’intellect qui nombre le temps. Augustin soutient aussi que c’est l’âme qui mesure le temps. Ce qui revient à dire que la réfutation du temps cosmologique n’est qu’une continuation de cette théorie d’Aristote. C’est pour cette raison que Paul Ricœur écrit au sujet du débat Aristote et Augustin que « l’échec majeure de la théorie augustinienne est de n’avoir pas réussi à substituer une conception psychologique du temps à une conception cosmologique » (Temps et Récit III, Paris, Seuil, 1985, p. 19.)

Augustin, un maître incontesté

En tirant ce constat d’échec, Ricœur ne manque pas de saluer le mérite d’Augustin. Il souligne qu’insister sur les apories de la conception augustinienne du temps avant de faire paraître celles qui surgissent chez quelques-uns de ses successeurs, ce n’est pas renier sa grandeur. Car en dépit de la superposition de la psychologie du temps à la cosmologie d’Aristote, l’entreprise d’Augustin constitue un « irrécusable progrès par rapport à toute cosmologie du temps ». Augustin est un maître incontesté (maîtrise paradoxale certes), en dépit du génie certain de Husserl et de Heidegger.

En fait, c’est l’analyse augustinienne de l’expérience du temps intérieur qui a révélé l’aporie selon laquelle il est impossible de dériver le temps de l’âme des structures cosmologiques du temps. (Réflexion faite, Esprit, 1995, p. 67) Quant à  Husserl et Heidegger, ils représentent selon notre philosophe les « deux exemples canoniques » de  phénoménologues du temps : la phénoménologie de la conscience intime du temps chez Husserl et la phénoménologie herméneutique  de la temporalité chez Heidegger.

L’échec d’Augustin n’est pas qu’un manquement de cible dans la critique par le fait d’une identification simpliste du temps au mouvement. C’est aussi l’échec du caractère insoutenable de son argumentation mal engagée dès le début. « Il n’est tout simplement pas vrai, observe Ricœur, qu’un jour resterait ce que nous appelons un jour s’il n’était pas mesuré par le mouvement du soleil.» (Temps et Récit, III, p. 20) Augustin aurait pensé que les astres ne sont que des signes astraux (Ricœur dit « luminaires ») qui marquent le temps. Alors que le temps n’est ni le mouvement des astres ni celui d’un corps.

L’échec d’Augustin a aussi  consisté à dériver le principe de la mesure du temps de la seule distension de l’esprit. Si l’extension du temps psychique ne se laisse pas dériver de la distension de l’âme, la réciproque s’impose avec le même caractère contraignant. L’impossibilité de la dérivation inverse provient de l’écart, conceptuellement infranchissable, entre la notion d’instant d’Aristote et celle du présent au sens d’Augustin. N’importe quelle coupure de la continuité du mouvement (c’est-à-dire l’instant) peut être le présent de saint Augustin. Jusqu’à Kant, la plus grande aporie du temps se situe dans la dualité de l’instant et du présent. (Temps et Récit, III, p. 30-31)

Cette impasse amène Ricœur à aborder le problème du temps du point de vue de la nature, de l’univers et du monde sans exclure aucun élément. Parce que pour faire l’économie de cet échec, « il importe à une théorie narrative du temps que soient laissés libres les deux accès au problème du temps : par le côté de l’esprit et par celui du monde. » (Temps et Récit III, p. 22) Ricœur se pose en conciliateur des théories qui ne s’accordent pas à priori. On pourrait se douter qu’il va tout droit dans une nouvelle impasse. Il mesure tout de même la difficulté de l’entreprise puisque l’aporie de la temporalité découle de la tentative de dérivation ou d’ajustement des deux bouts de la chaîne que sont le temps de l’âme et le temps du monde, le temps physique (cosmologique) et le temps psychologique (phénoménologique). Il savait qu’était vain de tenter de dériver l’un de l’autre.

La confrontation Aristote-Augustin n’a pas connu de perdant. Augustin n’a pas réussi à démonter la théorie cosmologique du temps afin de lui substituer le temps de l’âme. Bien plus, aucune alliance ne semble possible si chacun conserve ses prémisses intactes. Le choix n’est pas aisé entre Aristote et Augustin, mais jamais les deux à la fois sans occulter l’un au profit de l’autre. L’aporétique du temps sent le roussi. L’atelier de la semaine prochaine nous permettra de cerner ce en quoi consistent réellement les apories du temps, et peut-être de nous frayer un chemin vers la modernité.

L’atelier des concepts,

Emmanuel AVONYO, op

Aristote et Saint Augustin sur le temps

A suivre :

>>> L’APORETIQUE DU TEMPS

Aristote-Augustin

Husserl-Kant

Heidegger et le concept « vulgaire » du temps

>>> LA POETIQUE DU TEMPS

Pensée du 09 novembre

« La responsabilité qui se déploie dans l’éthique traditionnelle est tournée vers le passé en ce sens qu’elle se contente de régler les questions que la mutation a soulevées : l’idée d’un avenir à préparer ne vient pas tout de suite à l’esprit. Dans ces conditions, l’élaboration d’un concept nouveau de la responsabilité s’impose pour sortir du vide éthique face au caractère inédit du pouvoir que l’homme a sur son prochain et sur la société. »

Mawuto Roger AFAN, op, « Quelle responsabilité pour l’avenir de l’Afrique ? » in Christianisme et humanisme en Afrique

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GRILLE DE LECTURE

Le philosophe et théologien Mawuto Roger AFAN propose l’élaboration d’un concept nouveau de la responsabilité pour l’avenir de l’Afrique. C’est une nécessité impliquée par le constat de l’incapacité de l’éthique traditionnelle à répondre à l’urgence de la situation et à l’ampleur des problèmes actuels de l’Afrique. La problématique de la responsabilité comme principe moral n’est pas un effet des contraintes économique, sociale et politique. Elle est plutôt induite par la manifestation de la liberté de l’homme face à ces contraintes.

Au cours de leur existence, les Africains rencontrent au quotidien des problèmes qui obligent la conscience morale à rechercher de nouvelles voies de réalisation de l’homme. Celles-ci ne doivent ni se contenter de trouver des réponses aux questions actuelles soulevées par le progrès, ni s’opposer à l’évolution de la société. Selon Mawuto Roger AFAN, les problèmes que vit le continent africain et qui appellent à une adaptation de notre réflexion morale sont de plusieurs ordres.

Il y a premièrement l’extension considérable des processus que l’économie et de la politique mettent en route et les souffrances que ces mutations engendrent. Dans ce sens, l’on pourrait faire état du phénomène envahissant de la mondialisation et ses conséquences. Deuxièmement, il y a le caractère cumulatif des coups de force politiques. L’on a encore en mémoire les derniers développements de l’actualité politique au Niger avec un référendum obtenu au forceps. Troisièmement, nous pouvons mentionner le discrédit jeté sur le discours moral et la non-responsabilité généralisée constatée.

Ces problèmes devaient inciter à un sursaut de créativité, d’après Mawuto Roger AFAN, face au vide éthique criant et au caractère problématique du pouvoir de l’homme par rapport à l’objectif de son propre vouloir.  Or il constate que l’éthique traditionnelle, qu’elle se rattache au courant téléologique d’Aristote ou qu’elle se situe dans la perspective déontologique de Kant, est incapable de répondre à l’urgence de la situation et à l’ampleur des problèmes actuels de l’Afrique. Au lieu d’aider les Africains à affronter l’horizon indéterminé de leur avenir menacé et incertain, la vision de la responsabilité que promeut l’éthique traditionnelle est plutôt tournée vers le passé.

D’où l’appel à l’élaboration d’un concept nouveau de l’éthique. Le principe de précaution oblige aujourd’hui à une réflexion anticipative. Même si l’avenir est indéfinissable et non indentifiable par définition, même s’il échappe à un savoir prévisionnel, le présent, en tant qu’expression immédiate de l’agir de l’homme, induit cet avenir. Le nouveau concept d’une éthique de la responsabilité ne doit donc pas perdre de vue « la priorité de l’obligation d’exister de l’homme et le devoir de veiller à ce que l’humanité puisse encore exercer son obligation d’être une humanité véritable. » (Christianisme et humanisme en Afrique, p. 339.)

La nécessaire solidarité avec le destin de l’homme est une responsabilité communautaire mais non réciproque puisque les hommes de ce lointain demain ne sont pas encore nés. Ainsi la complexité de l’existence humaine et chrétienne et le déploiement différencié de la responsabilité doivent conduire à envisager l’action sur deux plans : sur le plan décisionnel, l’éthique doit intégrer les impératifs de justice sociale et d’authenticité personnelle. Elle doit cerner l’action en tant que celle-ci se présente comme l’actualisation des possibilités concrètes de la liberté dont dispose l’homme ici et maintenant. Aussi, notre responsabilité doit dépasser l’immédiateté temporelle et la proximité spatiale et rester constamment vigilante face aux possibilités destructrices de la violence contemporaine.

Sur le plan prophétique, Mawuto Roger AFAN estime que pour atteindre la vérité de l’homme et servir efficacement le projet de bonté morale, la responsabilité doit se déployer dans la considération de l’analyse critique de l’histoire. Le sens prophétique apparaît comme le nécessaire instrument pour détecter les moments opportuns d’agir, ainsi que pour créer des possibilités nouvelles d’accomplissement intégral de l’homme. La responsabilité historique et prophétique s’exercera sous la poussée de l’Evangile et de son Esprit. Et seul deviendra comportement humain universel ce que les hommes de bonne volonté feront émerger comme idéal par des paroles et des gestes prophétiques.

>>> Réflexion sur la biodiversité (éthique du futur de Hans Jonas)

>>> Paul Ricoeur et le concept de temps

Emmanuel Sena AVONYO, op

enestamail@lacademos.org

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE

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Quatrième travail d’Hercule

Se recueillir pour s’accueillir, se dévoiler, se rencontrer. Cher compagnon, ce chemin de choix est un chemin de croix. Heureusement, c’est aussi et nécessairement un chemin d’humanité. Il est bon de s’en souvenir tandis que nous laissons Hercule rappeler notre condition à ses devoirs. C’est avec cette disposition d’esprit que nous lisons le quatrième travail de notre héros : “4° prise de la biche de Cérynie : cette biche magique, qui avait des cornes d’or et des pieds d’airain, fut poursuivie une année durant par Héraclès, mais en vain. Enfin, le héros réussit à blesser l’animal d’une de ses flèches et, le plaçant sur ses épaules, le rapporta vivant à Eurysthée” Le décor est planté. L’habitude de laisser l’histoire faire corps avec toi va bientôt montrer sa vigueur : c’est ainsi que l’on apprend à lire le signe entre les lignes. Rabelais dirait “briser l’os pour en sucer la substantifique moëlle”. Médite, cher ami! Mejnour, prince d’Orient, fils de Liberté te salue!

LE BILLET DE MEJNOUR, CONTEMPLATION

Mejnour ben HUR, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 08 novembre

« Un silence d’adoration est la seule louange qui convienne finalement au parfait, à l’Etre plein, terre vivante où germent et d’où fleurissent toutes choses ».

SERTILLANGES, A.–D.  Saint Thomas d’Aquin

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GRILLE DE LECTURE

Dans le quotidien factuel de son existence, l’homme se découvre ‘‘co-existant’’ du réel. Ce qui veut dire qu’il est et partage son être-là avec le réel. En ce sens, le réel se définit comme la chose présente qui se met en évidence[1]. Une évidence qui rentre en dialogue avec l’homme et le conduit au pied de la question : « Pourquoi y a-t-il donc quelque chose et non pas plutôt rien »[2]. Au cœur de cette question, se dresse la prétention rationnelle de courir le risque de questionner jusqu’au bout, d’épuiser l’inépuisable de cette question par le dévoilement de ce qu’elle exige de demander[3].

L’homme a bien conscience que le réel qu’il est et qu’il rencontre dans une unité diversifiée est l’ici d’un ailleurs, le député de ce qui supporte la vie, la façonne et lui donne son contenu. Cette réalité est provisoirement fixée dans ce que la tradition métaphysique a nommé l’Etre en tant qu’Etre. Il (l’Etre) est pensée pure qui se prend pour objet de pensée, qui meut sans être mû et qui meut par amour selon Aristote.

Situé donc dans la proximité comblante de cet Etre, l’homme cherche à prendre ce qui le prend. Il veut en rendre compte par le biais du langage humain. Dans cette dynamique, il tente d’entrer dans le sens (sinnan sinnen). L’homme veut en réalité rendre hommage à ce qui le fait être. Il aperçoit cet hommage comme une vocation dans la mesure où il se découvre berger de l’Etre. Il est le berger en ce sens qu’il est la terre de noblesse qui se laisse revendiquer par l’Etre pour dire sa vérité. Aussi recourt-il à la parole pour rendre témoignage à cette vérité, parole qui est son mode d’être propre. Ainsi rend-il grâce et hommage à l’Etre par le biais de la parole qui se fait concept et énoncé.

Or dans le sillage de cette liturgie d’action de grâce, il s’avère fort malheureusement que l’homme rend hommage à l’Etre sans l’Etre. Car ce qu’il a découvert et qu’il veut célébrer s’est déjà retiré. En fait, il est de la quiddité de l’Etre de retenir sa vérité. Une retenue qui est la guise première de sa déclosion. A cet effet, le signe premier de la retenue est l’A-lèthéia. Selon Heidegger, l’Etre lui-même se dérobe en sa vérité, il s’y abrite et s’héberge lui-même dans cet abri[4]. Fort de ce fait, il en résulte que la dite ‘‘sage’’ ne se laisse pas capturer par un énoncé et exige de nous silence et écoute. Un silence qui n’est évidemment pas un mutisme mais, un silence qui se transmue en écoute et en obéissance.

Par le silence en effet, l’homme loue véritablement l’Etre. C’est-à-dire qu’il alloue le silence au déploiement de l’Etre. Dès lors l’on comprend pourquoi « un silence d’adoration est la seule louange qui convienne finalement au parfait, à l’être plein, terre vivante où germent et  fleurissent toutes choses ». Au total, l’homme pour témoigner de l’Etre doit s’adonner à la méditation qui est l’abandon à ce qui mérite qu’on l’interroge. « Par le silence de l’adoration vient au jour la parole. Cette parole qui est la fleur de la bouche. En elle fleurit la terre à la rencontre de la floraison du ciel »[5].

Klaourou Elvis Aubin

e.klaourou@yahoo.fr

Pensée du 07 novembre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE

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[1] Martin HEIDEGGER, Essais et conférences, trad. André Préau, Paris, tel Gallimard, 1958, p. 62.

[2] Martin HEIDEGGER, Introduction à la philosophie, trad. , Paris, Gallimard, 1, p. 13.

[3] Ibidem, p. 20.

[4] Martin Heidegger, Chemin qui ne mène nulle part, trad. Wofgang BROKMEIR, Paris, Gallimard, 1962, p. 369.

[5] Acheminement vers la parole, trad. Jean Beaufret, Wofgang BROKMEIR, François Fédier, Paris, Gallimard, 1959, p. 191.

Contemplation

Hercule capture vivant un sanglier ! Gageure que de réaliser ce travail. Heureusement, il y a la neige, il y a le moyen d’épuiser l’animal, de le forcer à ralentir sa course. Il importe de le recueillir. Et pour recueillir ce que l’on cherche, il y lieu de se recueillir soi-même. L’invitation d’Hercule en ce jour est une leçon d’intériorité. Le héros te propose, cher compagnon, de t’asseoir dans l’instant présent, d’y faire silence pour te construire un espace d’éternité. N’est-ce pas ce dont nous avons le plus besoin, nous qui vivons à l’ère de la vitesse efficace et des défis qui tuent ?

Se recueillir, se concentrer, rassembler ses forces, contempler, réfléchir. Autant d’actions qui, bien menées, conduites à leur terme ultime, procurent l’extase et le ravissement, le transport et la béatitude, mais aussi la peur des faibles, la fuite des pusillanimes (Eurysthée se réfugie dans un tonneau à la vue du sanglier). Contempler, n’est-ce pas ce que font le prêtre et le poète, l’artiste et le philosophe, l’Homme lorsque, “assis au bord du gouffre, il scrute l’abîme du désespoir, du mal et du doute, puis tourne son regard vers le ciel et retrouve le chemin de l’azur et de la rédemption, par l’amour qui est, au bout du compte, sa seule religion” (Leili Anvar)? Cher compagnon, Hercule, en capturant le sanglier, t’invite à visiter l’intérieur de ta terre. Et comme c’est un exercice solitaire, le fils de la Liberté t’y abandonne. Mejnour te salue!

LE BILLET DE MEJNOUR, TROISIEME TRAVAIL

Mejnour ben HUR, mejnourbh@gmail.com

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